A la recherche du pluvier guignard au sommet du Mont Lozère. Au sommet du mont Lozère, le paysage change. Les forêts disparaissent peu à peu, laissant place aux vastes landes d’altitude, aux pelouses rases et aux chaos granitiques. C’est dans ces paysages ouverts que je suis venue chercher un oiseau aussi discret que fascinant : le pluvier guignard.
Chaque année, au moment de sa migration, quelques individus font halte dans les montagnes françaises. Le trouver demande de la patience, un œil attentif et surtout une bonne connaissance de son habitat. Mais lorsque sa silhouette apparaît enfin au milieu des landes, la longue recherche prend tout son sens.
- Le mont Lozère, un territoire sauvage au cœur des Cévennes
- Le pluvier guignard, un visiteur de passage
- Pourquoi est-il si difficile à trouver ?
- À quoi ressemble le pluvier guignard ?
- Mon carnet de terrain
- Une escale sur la route de la migration
- Observer sans déranger
- Le mont Lozère, un formidable terrain d’observation
- Conseils pour rechercher le pluvier guignard au mont Lozère
Le mont Lozère, un territoire sauvage au cœur des Cévennes

Avec ses 1 699 mètres d’altitude, le mont Lozère constitue le point culminant des Cévennes. Ses paysages d’altitude ont une physionomie bien particulière : de grandes étendues ouvertes, des pelouses montagnardes, des landes et des blocs de granite façonnés par les conditions climatiques.
L’impression de grands espaces est saisissante. Ici, peu d’arbres pour barrer l’horizon et une végétation relativement basse qui permet de parcourir du regard les pentes et les plateaux. C’est justement ce type de milieu que recherche le pluvier guignard lors de ses haltes migratoires.
Le pluvier guignard, un visiteur de passage

Le pluvier guignard (Eudromias morinellus) est un petit limicole qui possède une particularité étonnante : contrairement à beaucoup d’oiseaux que l’on associe spontanément aux zones humides, il peut être observé très loin de la mer, dans des milieux ouverts de montagne.
Son cycle de vie est particulièrement remarquable. Il se reproduit dans les régions arctiques et subarctiques de l’Eurasie, puis entreprend chaque année une longue migration vers ses quartiers d’hivernage situés notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
Au cours de ces déplacements, certains individus font étape dans les massifs montagneux européens. Le mont Lozère peut ainsi devenir, pendant quelques jours seulement, une escale pour ces voyageurs au long cours.
Pourquoi est-il si difficile à trouver ?

C’est probablement ce qui rend sa recherche aussi passionnante. Le pluvier guignard fréquente des milieux ouverts et présente un plumage qui se fond remarquablement bien dans son environnement. À distance, sa silhouette peut facilement être confondue avec celle d’un autre petit oiseau. Bien que peu farouche, il n’est pas toujours facile de le trouver !
Il ne faut donc pas seulement chercher « un oiseau ». Il faut chercher une silhouette, une démarche, un comportement et un habitat. Sur les vastes plateaux du mont Lozère, les distances sont importantes. Un oiseau posé au sol peut être extrêmement difficile à repérer, même lorsqu’il se trouve relativement près.
La meilleure stratégie consiste alors à avancer lentement, à scruter méthodiquement les secteurs favorables et à utiliser des jumelles ou une longue-vue. Et surtout : accepter de chercher longtemps.
À quoi ressemble le pluvier guignard ?
Le pluvier guignard est un limicole de petite taille, assez compact, avec une tête relativement ronde et un bec court.
Son plumage varie selon la saison et l’âge de l’oiseau. En plumage nuptial, les adultes présentent des couleurs beaucoup plus contrastées, avec notamment une poitrine sombre bordée de blanc et un ventre orangé chez la femelle. Mais les individus observés pendant la migration peuvent également présenter un plumage beaucoup plus discret. C’est d’ailleurs une espèce chez laquelle la femelle est généralement plus vivement colorée que le mâle en période de reproduction.
Un détail particulièrement intéressant chez cette espèce : c’est principalement le mâle qui assure l’incubation et les soins aux jeunes, tandis que les femelles peuvent se reproduire avec plusieurs partenaires. Une organisation familiale assez inhabituelle chez les oiseaux !
Mon carnet de terrain
C’est à la fin du mois d’août que ce petit limicole fait halte dans nos contrées. Pour changer des coussouls de Crau où j’ai coutume de l’observer chaque année, je décide de changer de paysage pour ces jolies steppes d’altitudes. J’arrive sur place dans l’après-midi du 28 août et monte directement en direction du sommet. Le soleil est au beau fixe et la végétation brûlée par les semaines de canicule. Ce jour-là, je parcours les hauteurs du mont Lozère avec une idée en tête : trouver ce petit voyageur.

Je scrute les landes, les pelouses et les replats. Chaque petit oiseau aperçu au loin mérite un coup d’œil dans les jumelles. Les traquets motteux sont nombreux et me causeront quelques petits sursauts.

Enfin, je finis par poser mes jumelles sur un petit groupe d’une dizaine d’individus. Ils sont dissimulés dans la végétation et bien cachés ! Mais au fur et à mesure que le soleil baisse sur l’horizon, ils s’activent et se déplacent à découvert. De temps en temps le petit groupe s’envole pour se poser quelques mètres plus loin.

Le soleil frôle désormais l’horizon et le paysage s’embrase. Voilà les lumières que j’étais venue chercher ! Un vrai spectacle, particulièrement émouvant !


Le lendemain soir je retourne sur place. Il ne reste que trois oiseaux que je mettrai du temps à trouver. Une partie du groupe a-t-elle profité de la nuit étoilée pour poursuivre son voyage ? Sont-ils posés un peu plus loin dans les vastes prairies lozériennes ? La quantité ne fait pas toujours la qualité de l’observation et je profite pleinement à nouveau des ambiances magiques du coucher de soleil.

Après avoir passé du temps à parcourir ce vaste plateau à sa recherche, l’émotion vient moins de la proximité de l’animal que de ce qu’il représente : un oiseau venu de très loin, qui ne fait ici qu’une courte pause avant de poursuivre son voyage.

Une escale sur la route de la migration
Observer un pluvier guignard au mont Lozère, c’est finalement assister à une toute petite étape d’un voyage beaucoup plus vaste. Quelques jours auparavant, l’oiseau pouvait se trouver dans une autre région. Quelques jours plus tard, il aura peut-être déjà repris sa route.
Cette dimension migratoire change complètement la manière d’observer l’animal.
Il ne s’agit pas d’une espèce installée durablement dans les Cévennes. Le mont Lozère constitue une halte temporaire, une étape dans un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Et cette halte dépend de la qualité des milieux disponibles.
Observer sans déranger

Comme pour toutes les espèces sensibles, la recherche du pluvier guignard doit se faire avec précaution. L’objectif n’est pas de s’approcher au maximum, mais de permettre une observation sans modifier le comportement de l’oiseau.
Les espaces ouverts donnent parfois une fausse impression de sécurité : parce que l’on peut voir loin, on peut être tenté de marcher directement vers l’oiseau. Il vaut mieux rester à distance, utiliser des jumelles ou une longue-vue et éviter de poursuivre un individu qui s’éloigne.
Pour un oiseau en halte migratoire, économiser son énergie est essentiel. Une belle observation est celle qui laisse l’oiseau parfaitement indifférent.
Le mont Lozère, un formidable terrain d’observation
La recherche du pluvier guignard n’est finalement qu’une manière parmi d’autres de découvrir les richesses naturalistes du mont Lozère.
Les paysages d’altitude abritent une biodiversité adaptée à des conditions parfois difficiles : oiseaux montagnards, rapaces, papillons, reptiles, plantes des pelouses et des landes… Le plus intéressant est peut-être de venir ici sans savoir exactement ce que l’on va rencontrer.
Car en montagne, comme ailleurs, observer la nature commence souvent par apprendre à regarder.
Et parfois, au détour d’une longue-vue, un petit oiseau migrateur venu du Grand Nord rappelle que ces paysages cévenols sont connectés à des territoires situés à plusieurs milliers de kilomètres.
Conseils pour rechercher le pluvier guignard au mont Lozère

La présence du pluvier guignard est saisonnière et irrégulière. Il ne faut donc jamais considérer sa présence comme garantie.
Pour maximiser ses chances :
- privilégier les périodes de migration ;
- rechercher les secteurs ouverts d’altitude ;
- avancer lentement et observer méthodiquement ;
- utiliser des jumelles et, idéalement, une longue-vue ;
- apprendre à reconnaître sa silhouette et sa démarche ;
- rester à distance des oiseaux ;
- éviter de traverser inutilement les secteurs où des oiseaux se nourrissent ou se reposent ;
- se renseigner auprès des observateurs locaux ou des associations naturalistes pour connaître les observations récentes.
La patience reste probablement le meilleur outil du naturaliste.
À retenir
Espèce : Pluvier guignard (Eudromias morinellus)
Milieu recherché : pelouses, landes et milieux ouverts d’altitude
Présence au mont Lozère : migrateur de passage
Particularité : une reproduction au cours de laquelle le mâle assure principalement l’incubation et les soins aux jeunes
Difficulté d’observation : élevée, notamment en raison de son camouflage et de sa présence temporaire
Matériel conseillé : jumelles et longue-vue

