Le vallon de Mary, randonnée au milieu des sommets de l’Ubaye

Le vallon de Mary, randonnée au milieu des sommets de l’Ubaye. Au fond de la Haute-Ubaye, le hameau de Maurin constitue le point de départ d’une magnifique randonnée au cœur du massif du Chambeyron. L’itinéraire que j’ai choisi permet de découvrir successivement le vallon de Mary, les lacs de Marinet, le col de Marinet puis le col de Mary, avant de redescendre vers Maljasset.

Cette boucle offre une remarquable diversité de paysages : forêts de mélèzes, alpages, torrents, reliefs glaciaires, lacs d’altitude et grands sommets de Haute-Ubaye. Mais au-delà de la randonnée, c’est aussi un itinéraire particulièrement intéressant pour observer la faune et la flore alpines et comprendre comment l’eau, les glaciers et les activités humaines ont façonné ces paysages.

Itinéraire

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Distance
16,64 km
Elevation gain
+901 m
Elevation loss
−902 m
Max elevation
2 799 m
Waypoints
0
Elevation profile

Départ de Maljasset, au cœur de la Haute-Ubaye

La randonnée débute à Maljasset, petit hameau de la commune de Saint-Paul-sur-Ubaye, situé à près de 1 900 mètres d’altitude.

Ici, la haute montagne est déjà omniprésente. Les sommets ferment la vallée et le torrent de l’Ubaye accompagne les premières minutes de marche. Le sentier commence par suivre le vallon de Mary. La montée est progressive et permet de s’élever tranquillement au-dessus de la vallée.

Les premiers kilomètres traversent notamment des secteurs boisés de mélèzes avant que le paysage ne s’ouvre progressivement sur les alpages. C’est une partie de l’itinéraire où il faut prendre le temps de regarder autour de soi : les pentes herbeuses sont favorables à l’observation des marmottes et les reliefs peuvent être parcourus du regard à la recherche des grands rapaces.

5 septembre 2026, nous partons au petit matin tandis que le soleil commence à éclairer le haut des pentes, laissant encore le fond de la vallée dans l’ombre.

En cette fin d’été, les marmottes sont en pleine phase d’alimentation. Pour certaines, ce sera d’ailleurs leur première hibernation.

Remonter le vallon de Mary

Le vallon de Mary constitue l’une des grandes ambiances de cette randonnée. Le sentier suit progressivement le torrent et remonte entre les versants du massif. À mesure que l’altitude augmente, les arbres deviennent plus rares et la végétation laisse progressivement place aux pelouses alpines et aux zones rocheuses. Quelques pipits spioncelles poussent leurs cris stridents. Au milieu des rochers, les traquets motteux et rougequeues noirs se placent à tour de rôle en évidence.

Les anciennes bergeries rappellent que ces espaces sont encore associés au pastoralisme. Au loin, un important troupeau traverse les alpages, suivi d’une bergère accompagnée de ses chiens de défense.

Cette transition entre forêt, alpages et haute montagne est particulièrement intéressante d’un point de vue naturaliste. Chaque étage altitudinal possède ses propres conditions de vie et donc ses propres espèces.

Le sentier passe au pied de l’imposante aiguille de Pierre-André qui culmine à 2812m, une muraille très appréciée des grimpeurs.

Les lacs de Marinet : le premier grand objectif de la randonnée

Après avoir remonté le vallon de Mary, l’itinéraire prend progressivement de la hauteur en direction des lacs de Marinet. Le paysage devient alors de plus en plus minéral. Au loin, un chamois broute tranquillement dans les éboulis avec son jeune. L’aiguille Pierre-André semble nous surveiller, comme le gardien intraitable de ce sanctuaire.

Les deux lacs, installés dans des cuvettes façonnées par les anciens glaciers, apparaissent au milieu d’un décor spectaculaire de roches et de sommets. Nous arrivons tout d’abord au petit lac du Marinet. Il ne reste pas beaucoup d’eau, très vert et végétalisé.

Le second lac est plus grand et d’un bleu profond. Deux lacs au caractère bien différent :

L’arrivée aux lacs constitue un véritable changement d’ambiance. Après les paysages d’alpages du vallon de Mary, on entre dans un environnement de haute montagne où l’eau et la roche dominent. C’est également un endroit idéal pour faire une pause et observer le paysage.

Lire le paysage : l’empreinte des glaciers

Les lacs de Marinet ne sont pas simplement de beaux plans d’eau. Ils racontent une partie de l’histoire géologique de la Haute-Ubaye. Les glaciers ont profondément modelé les vallées et les reliefs du massif. Les cuvettes occupées aujourd’hui par les lacs, les moraines et les formes arrondies du relief témoignent de cette ancienne présence glaciaire.

Autour des lacs, la végétation est plus rase et adaptée aux conditions difficiles de l’altitude. Observer ce paysage permet donc de comprendre pourquoi certaines espèces peuvent vivre ici et pourquoi elles sont absentes des secteurs plus bas.

Du lac au col de Marinet

Depuis les lacs, l’itinéraire poursuit son ascension vers le col de Marinet, situé à environ 2 787 mètres. Nous traversons un grand pierrier. Il est maintenant près de midi et les thermiques favorisent le passage des grands rapaces. Un aigle royal passe haut dans le ciel. Un peu plus loin c’est au tour d’un gypaète barbu de filer au-dessus des sommets autour desquels tournoie un groupe de chocard à bec jaune.

C’est probablement la partie la plus montagnarde de la randonnée. Le sentier s’élève dans un environnement de plus en plus minéral et les derniers arbres ont depuis longtemps disparu. C’est exactement ces paysages que j’affectionne dans les Alpes du Sud. Alors que nous arrivons au col, je prends le temps d’admirer ce panorama sublime et les sommets de Haute-Ubaye.

À cette altitude, la météo peut changer rapidement. Même au cœur de l’été, le vent, le froid ou les nuages peuvent rendre les conditions très différentes de celles rencontrées quelques heures plus tôt dans la vallée. Le vent est d’ailleurs fort et froid et nous contraint de nous mettre à l’abri pour manger. Au loin, la silhouette de deux bouquetins de détache sur les crêtes de la Roche noire.

Les plantes semblent avoir fui ces espaces rocheux et austères. Pourtant, c’est ici que pousse une petite plante colorée : la linaire des Alpes.

Du col de Marinet au col de Mary

Après avoir atteint le col de Marinet, l’itinéraire change complètement de rythme. Il n’est plus question de monter : le sentier rejoint progressivement le col de Mary, situé à environ 2 640 mètres. Cette portion offre une magnifique lecture du relief.

Le paysage minéral laisse progressivement place à des secteurs où la végétation reprend ses droits. Les sommets et les crêtes constituent également un décor particulièrement intéressant pour l’observation des rapaces. C’est d’ailleurs ici que la montagne nous réserve une belle surprise : un gypaète barbu. Ce charognard majestueux apparaît soudainement à faible altitude. C’est l’occasion rêvée de faire quelques images du roi des cimes.

Le gypaète barbu, un retour dans les Alpes du Sud

Autrefois présent dans les Alpes, le gypaète barbu avait disparu du massif au début du XXe siècle, victime notamment des persécutions et de la raréfaction de ses ressources alimentaires. Sa réintroduction dans les Alpes a débuté en 1986 grâce à un programme international de conservation. Depuis, des oiseaux relâchés ou nés en captivité ont progressivement recolonisé les massifs alpins.

Dans les Alpes du Sud, son retour reste particulièrement symbolique : observer aujourd’hui sa silhouette immense planer au-dessus des vallées témoigne de plusieurs décennies d’efforts de conservation et de la capacité de certaines espèces à retrouver leur place dans les écosystèmes alpins.

Il passe au-dessus de nos têtes avant de disparaître de nouveau dans la montagne. Un moment inoubliable.

Le col de Mary : une ancienne frontière

Le col de Mary, également appelé col Maurin, se situe à environ 2 640 mètres d’altitude. Il constitue un ancien passage entre la France et l’Italie.

Une borne frontière gravée dans la roche rappelle cette histoire. Elle date de 1825, période durant laquelle cette partie des Alpes marquait la frontière entre le royaume de France et le royaume de Piémont-Sardaigne. Le col offre également un très beau panorama sur les montagnes environnantes.

Après cette succession de paysages d’altitude, il est temps de commencer la descente vers le vallon de Mary.

Redescendre vers Maljasset par le vallon de Mary

Depuis le col de Mary, le sentier redescend progressivement vers le vallon. La descente permet de retrouver peu à peu les paysages rencontrés à l’aller : les pelouses alpines, les bergeries puis les secteurs boisés.

Le changement d’altitude permet aussi de retrouver progressivement une végétation plus abondante.

Cette dernière partie de la randonnée est l’occasion de regarder une nouvelle fois les pentes et les falaises. La lumière a changé et je prends le temps de faire quelques images des marmottes, véritables stars locales.

Le retour vers Maljasset boucle ainsi une journée particulièrement riche en découvertes.

Observer la faune dans le vallon de Mary et autour des lacs

Cette randonnée traverse plusieurs habitats successifs, ce qui en fait un itinéraire intéressant pour une sortie naturaliste.

Marmottes

Les marmottes sont particulièrement associées aux pelouses alpines et aux secteurs d’alpage. Leur présence peut être détectée avant même de les voir : un sifflement caractéristique peut signaler un individu qui vient de repérer un danger.

Les marmottes, bientôt prêtes pour l’hiver

À la fin de l’été, les marmottes consacrent une grande partie de leur temps à s’alimenter pour constituer leurs réserves de graisse avant l’hibernation. Elles peuvent alors sembler particulièrement actives, alternant longues périodes de pâturage et séances de repos au soleil. Selon l’altitude et les conditions météorologiques, l’hibernation débute généralement entre fin septembre et octobre, parfois plus tôt en haute montagne. Elles resteront alors plusieurs mois dans leur terrier, jusqu’au retour du printemps, vivant sur les réserves accumulées durant la belle saison.

Il est important de ne pas les nourrir : leur régime naturel leur permet de constituer seules les réserves nécessaires à leur survie.

Chamois et bouquetins

Les versants rocheux et les pentes escarpées constituent des habitats favorables aux ongulés de montagne. Les chamois sont particulièrement bien adaptés aux reliefs accidentés. Le bouquetin des Alpes, lui aussi présent dans les massifs alpins, peut être recherché dans les secteurs rocheux.

Une paire de jumelles est indispensable pour observer correctement ces animaux sans chercher à s’en approcher.

Les grands rapaces

La Haute-Ubaye est également un territoire intéressant pour les grands rapaces.

En levant régulièrement les yeux vers les crêtes, on peut rechercher les silhouettes de l’aigle royal, du vautour fauve ou du gypaète barbu. Nous avons d’ailleurs eu la chance d’observer les 3 espèces aujourd’hui. Le gypaète est particulièrement spectaculaire lorsqu’il évolue au-dessus des vallées. Sa silhouette relativement fine, ses ailes longues et sa queue en losange permettent de le distinguer des autres grands rapaces lorsqu’il est suffisamment proche.

Une randonnée exigeante dans un environnement préservé

Cette boucle est une véritable randonnée de haute montagne.

Avec près de 16 kilomètres et environ 900 mètres de dénivelé positif, elle nécessite une bonne condition physique et une certaine expérience de la randonnée en altitude.

L’altitude maximale, proche de 2 800 mètres, constitue également un élément à prendre en compte.

Le départ matinal est particulièrement conseillé. Il permet de profiter de températures plus agréables à la montée et de conserver une marge de sécurité en cas de changement météorologique.

Il faut également prévoir :

  • suffisamment d’eau ;
  • des vêtements chauds et imperméables ;
  • une protection solaire ;
  • de bonnes chaussures de randonnée ;
  • une carte ou une application GPS ;
  • des jumelles pour l’observation de la faune.

En haute montagne, la météo doit toujours être vérifiée avant le départ.

Quand faire la randonnée des lacs de Marinet ?

La période la plus favorable se situe généralement durant la saison estivale, lorsque l’enneigement permet l’accès aux cols.

Cependant, les conditions peuvent varier fortement d’une année à l’autre.

En début de saison, la neige peut encore être présente sur les parties les plus élevées. Les passages proches des cols doivent alors être abordés avec prudence.

L’été offre quant à lui une période particulièrement intéressante pour observer la flore alpine et la faune.

Le début de l’automne apporte une autre ambiance, avec les premières couleurs des mélèzes et une lumière souvent magnifique sur les sommets.

Mes conseils pour une approche naturaliste

Cette randonnée se prête particulièrement bien à une approche différente de la simple recherche de performance. Plutôt que de marcher rapidement jusqu’aux lacs, je conseille de prendre le temps de scanner les versants avec des jumelles. Les animaux sont souvent beaucoup plus faciles à observer à distance qu’en cherchant à s’en approcher.

Il faut également apprendre à regarder les indices : terriers de marmottes, traces, coulées, silhouettes sur les crêtes, cris d’alarme ou mouvements dans les éboulis. La montagne devient alors un immense terrain de lecture.

Et c’est probablement ce qui rend cette randonnée si intéressante : on ne se contente pas de traverser un beau paysage. On apprend progressivement à comprendre ce qui y vit et pourquoi.

Une belle immersion dans la Haute-Ubaye

De Maurin aux lacs de Marinet, puis du col de Marinet au col de Mary, cette randonnée offre une magnifique immersion dans les paysages de la Haute-Ubaye.

La succession des milieux est l’un de ses grands intérêts : forêt de mélèzes, alpages, torrents, lacs glaciaires, éboulis et crêtes de haute montagne.

Pour moi, c’est aussi une randonnée qui illustre parfaitement ce que j’aime dans l’observation naturaliste : partir marcher sans savoir exactement ce que l’on rencontrera, prendre le temps de regarder et essayer de comprendre le paysage avant même de chercher une espèce.

En montagne, le plus intéressant n’est pas toujours ce que l’on voit immédiatement. Il faut parfois simplement apprendre à regarder.

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