Au cœur des immenses forêts et des milliers d’îles du lac Saimaa, en Finlande orientale, vit l’un des mammifères les plus rares d’Europe : le phoque annelé du Saimaa (Pusa saimensis). Endémique de ce vaste lac d’origine glaciaire, cette espèce emblématique attire chaque année de nombreux naturalistes et photographes animaliers venus tenter d’apercevoir ce discret habitant des eaux finlandaises. Observer un phoque annelé du Saimaa dans son environnement naturel constitue une expérience unique, au sein de paysages parmi les plus sauvages d’Europe du Nord.
Où observer le phoque annelé du lac Saimaa ? Découvrez la meilleure période pour l’apercevoir, les plus beaux sites d’observation en Finlande et le parc national de Linnansaari, refuge de cette espèce unique.
- Le phoque annelé du Saimaa, un trésor de la biodiversité finlandaise
- Quelle est la meilleure période pour observer le phoque du Saimaa ?
- Où observer le phoque annelé du Saimaa ?
- Le parc national de Linnansaari : le meilleur site pour observer le phoque du Saimaa
- Une observation responsable au service de la conservation
- Mon carnet naturaliste
- 13 mai : Arrivée au bord du Saimaa
- 14 mai : première journée sur le lac
- Après-midi en kayak
- Un couple de plongeon arctique pour le retour.
- Retour à la cabane
- 15 mai : réveil au milieu des oiseaux
- Deuxième sortie d’observation des phoques depuis Oravi
- Des castors canadiens en Finlande ou l’histoire d’une erreur scientifique
- Une autre espèce américaine sur le lac Saimaa : le vison d’Amérique
- Les observations de phoque s’enchaînent !
- Les jeunes phoques du Saimaa : une période cruciale pour leur survie
- Les tanières artificielles : une solution innovante pour sauver le phoque du Saimaa
- Un dernier phoque pour terminer la sortie
- 16 mai : jour de pluie, randonnée en forêt
- 17 mai : dernière matinée au fil de l’eau
- L’île de Linnansaari, une immersion au cœur du lac Saimaa
- Conseils pratiques
Le phoque annelé du Saimaa, un trésor de la biodiversité finlandaise
Le phoque annelé du Saimaa est une espèce exceptionnelle. Isolé dans le lac Saimaa depuis la fin de la dernière période glaciaire il y a près de 10 000 ans, il a évolué indépendamment des autres phoques annelés jusqu’à devenir une espèce distincte. Aujourd’hui, il ne subsiste qu’environ 530 individus, ce qui en fait l’un des phoques les plus menacés au monde.
Mesurant entre 1,3 et 1,5 mètre pour un poids pouvant atteindre 90 kilogrammes, il se reconnaît à sa robe sombre ornée d’anneaux clairs caractéristiques. Chaque individu possède un motif unique, comparable à une empreinte digitale.
Le lac Saimaa constitue son unique habitat. Ce gigantesque labyrinthe aquatique, composé de milliers d’îles, de baies et de chenaux, lui offre des zones de repos, de reproduction et d’alimentation particulièrement favorables. Le phoque se nourrit principalement de petits poissons tels que les perches, gardons et éperlans.

Quelle est la meilleure période pour observer le phoque du Saimaa ?
La période idéale pour observer les phoques annelés du Saimaa s’étend de la mi-mai à la fin juin.
Après la fonte des glaces, les phoques remontent fréquemment sur les rochers pour effectuer leur mue annuelle. Durant cette phase, ils passent de longues heures allongés au soleil afin de renouveler leur pelage. Cette habitude les rend beaucoup plus visibles qu’à d’autres moments de l’année. Les cinq semaines suivant la disparition de la glace sont généralement considérées comme les meilleures pour les observations.
En été et en automne, les phoques demeurent présents mais deviennent plus difficiles à repérer. Ils passent alors l’essentiel de leur temps dans l’eau et ne font que de brèves apparitions à la surface pour respirer.
L’hiver offre également un intérêt naturaliste particulier puisque les femelles mettent bas dans des tanières creusées sous la neige, mais ces zones sont strictement protégées afin de préserver la reproduction de l’espèce.

Où observer le phoque annelé du Saimaa ?
Le lac Saimaa couvre plus de 4 000 km² et les phoques sont dispersés sur plusieurs secteurs. Cependant, certaines zones offrent des probabilités d’observation nettement supérieures.
Les régions de Puumala, Rantasalmi, Oravi et Savonlinna figurent parmi les meilleurs secteurs pour les excursions naturalistes. Les observations se réalisent généralement lors de sorties guidées en bateau ou en canoë, conduites par des guides locaux qui connaissent les zones de repos utilisées par les phoques tout en respectant les règles de protection de l’espèce.
L’observation demande souvent de la patience. Malgré l’augmentation récente de la population, le phoque annelé du Saimaa reste un animal discret qui évite naturellement la présence humaine. Une sortie guidée augmente considérablement les chances d’en apercevoir un.
Le parc national de Linnansaari : le meilleur site pour observer le phoque du Saimaa

Parmi les nombreux espaces naturels du lac Saimaa, le parc national de Linnansaari est sans doute le site le plus réputé pour l’observation du phoque annelé. C’est d’ailleurs ce site que j’ai chois pour cette escapade scandinave de 5 jours. Je suis restée sur place pour me donner un maximum de chance pour observer ce phoque mythique. Cette stratégie s’est avérée finalement payante !
Créé en 1956, ce parc national couvre un vaste archipel d’îles boisées, d’îlots rocheux et de chenaux protégés. Il abrite l’une des principales populations de phoques du Saimaa ainsi que plusieurs zones de reproduction particulièrement importantes pour la conservation de l’espèce.
Les paysages y sont remarquables : falaises de granit polies par les glaciers, forêts boréales, eaux cristallines et milliers d’îles inhabitées composent un décor sauvage exceptionnel.
Le secteur d’Oravi constitue la principale porte d’entrée du parc. De nombreuses excursions naturalistes sont organisées au printemps et au début de l’été. Les sorties en bateau électrique ou en canoë permettent d’explorer silencieusement les baies et les îlots où les phoques viennent régulièrement se reposer sur les rochers exposés au soleil.
Outre le phoque annelé, Linnansaari accueille une faune remarquable comprenant le balbuzard pêcheur, le plongeon arctique, le tétras lyre ainsi que de nombreuses espèces de canards et de passereaux forestiers.
Pour les amoureux de nature sauvage, le parc national de Linnansaari représente ainsi l’un des meilleurs endroits d’Europe pour observer un mammifère rare dans un environnement préservé, tout en découvrant les paysages emblématiques de la Finlande lacustre.
Une observation responsable au service de la conservation
Le phoque annelé du Saimaa demeure une espèce fragile dont la survie dépend largement des efforts de protection engagés depuis plusieurs décennies. Lors de toute excursion, il est essentiel de respecter les distances d’observation, d’éviter les nuisances sonores et de privilégier les opérateurs engagés dans un tourisme responsable.
Observer ce mammifère exceptionnel dans les eaux du lac Saimaa constitue bien plus qu’une simple rencontre animalière : c’est l’occasion de découvrir l’une des plus belles réussites de conservation de la nature en Europe du Nord et de contribuer à la préservation d’un patrimoine naturel unique au monde.
Mon carnet naturaliste
13 mai : Arrivée au bord du Saimaa
Nous profitons du long week-end du 13 au 17 mai pour partir observer le phoque du lac Saimaa pendant sa période de mue. Arrivée vers midi à Helsinki, nous récupérons la voiture de location à l’aéroport et traçons vers Savonlinna. Nous avons réserver une cabane de pêche avec sauna au bord du lac à 15 mn d’Oravi.
Juste avant d’arriver, nous faisons une halte dans les zones agricoles qui bordent le lac. C’est ici que plusieurs centaines de bernaches nonnettes a choisi de faire une pause sur leur longue route pour l’arctique. La période de migration en effet bat son plein et les bruyants groupes de bernaches filant haut dans le ciel accompagneront tout le séjour. Ambiance sonore garantie !


Parmi elles, je repère 3 oies rieuses. Quelques grues passent également à l’horizon. Les vanneaux huppés quant à eux veillent sur leur nichée et houspillent les corneilles qui tentes de s’approcher. Bref, le voyage commence bien !

Après avoir fait quelques images nous gagnons notre gîte où nous attend notre hôte. Coup de foudre immédiat pour ce havre de paix avec sauna et vue imprenable sur le lac.

Mais l’heure n’est pas à la méditation ! Nous sommes impatients de pagayer sur ce lac mythique. Nous gonflons notre kayak qui passe facilement en soute lors du vol. Il ne nous faut pas plus de 10 mn pour nous retrouver sur le lac. Le petit tour dans la baie nous permet d’observer un couple de plongeon arctique tandis qu’un cygne chanteur passe au loin.
La journée se termine dans le sauna puis repas sur la terrasse extérieure. Une bécasse des bois tournoie au-dessus de nous en chantant.
14 mai : première journée sur le lac
C’est malheureusement sous un ciel bien gris que nous nous levons. Quelques averses voilent de temps à autre le lac. Nous gagnons Oravi d’où partent les excursions sur le lac. Nous avons en effet réservé deux sorties pour optimiser nos chances d’observer le phoque dans de bonnes conditions (et nous avons bien fait !). C’est avec un peu d’avance que nous arrivons à Oravi pour profiter du cadre. Tout est organisé par la structure Oravi Village qui propose les logements, le bivouac sur l’île principale du parc, les sorties en bateau ou encore la location de kayak. La météo peu clément contraint de décaler la sortie et ce n’est qu’en fon de matinée que nous embarquons. Malheureusement la météo ne s’est guère améliorer et c’est en partie sous la pluie que le lac se dévoile. Prévoyez donc des vêtement de pluie et de quoi protéger votre matériel.
Le groupe est réduit et la découverte agréable. A l’approche des îlots, le pilote ralentit. C’est ici que commence le domaine su phoque Saimaa. Un balbuzard pêcheur, oiseau emblématique du parc national, regagne son aire. Mais la lumière n’est pas vraiment propice pour les photos.

Je finis par repérer assez loin un phoque nageant tranquillement dans les eaux calmes du lac. (Et oui les jumelles stabilisées ça aide quand même !). Mais il reste à bonne distance et le guide n’insiste pas. Il sait que les phoques dans l’eau peuvent se faire bien discrets. C’est d’ailleurs pour cette raison que les mois de mai et de juin sont les plus propices. C’est le moment de l’année où les phoques passent le plus de temps sur les rochers. Mais ils n’aiment ni la pluie ni le vent … Ils s’exposent moins lorsque la météo est mauvaise. Cela risque d’être un peu plus compliqué d’en trouver ! Finalement un phoque est repéré sur des rochers. La pluie s’intensifie et la lumière n’est vraiment pas propice pour l’image. Ce n’est pas bien grave, il faut parfois laisser l’appareil de côté pour profiter du moment.

La balade s’achève avec un goûter sur un îlot. retour vers 13h à Oravi.
Après-midi en kayak

La météo l’avait bien annoncé … Une éclaircie était prévue en fin de matinée. Elle s’est finalement décalée au début d’après-midi. Ce n’est pas bien grave et nous profitons pour mettre le kayak à l’eau. Nous prenons la direction de l’île de Linnansaari, coeur du parc national. Comptez environ 1h pour parcourir les 4,5 km. Les ambiances sont magiques. Des balbuzards nous survolent à plusieurs reprises. Un mâle de garrot à œil d’or décolle à l’approche du kayak tandis que des harles bièvres tentent de se dissimuler en bordure de la roselière.

A l’abri entre les îlots, l’eau est particulièrement calme. D’ailleurs, un léger mouvement en dessous de la surface trahit la présence d’un phoque. Seules ses narines affleurent avant de disparaître. Sa tête finit par ressortir un peu plus loin. Tout simplement magique ! Je suis l’animal aux jumelles qui prend la direction de la côte. Il finit par grimper sur un rocher et c’est parti pour une observation extraordinaire. Seuls, notre kayak silencieux, nous restons à distance respectable de l’animal pour ne pas le déranger. (oui j’ai embarqué mon 100/400 sur le kayak dans un sac étanche … peu de risque sur une eau aussi calme)

Il finit par s’endormir, prenant différentes postures sur « son » rocher. Oui, les phoques annelés sont fidèles d’année en année à leurs rochers ce qui permet d’ailleurs aux guides d’assurer les observations pendant la période de mue.

La petite étiquette jaune que vous voyez sur sa queue sur la photo est une bague. En effet, tous les phoques du lac Saimaa sont bagués ce qui permet de suivre la dynamique de la population. Par ailleurs, le pelage de chaque phoque est unique et les motifs permettent également de les distinguer individuellement. Le phoque est paisible, ouvrant de temps en temps un oeil au cri d’un pic noir. Nous le laissons à sa sieste. Nous avons pas mal à pagayer pour rentrer !
Un couple de plongeon arctique pour le retour.

Les lumières s’adoucissent. Le silence n’est rompu que par les vols de bernaches ou le chant sourd d’un butor dissimulé dans la roselière. Un couple de plongeon arctique passe à proximité de l’embarcation, ne semblant même pas y prêter attention. Un nouveau moment suspendu … Je crois que le lac Saimaa fait partie des paysages qui m’auront le plus émue au fil de mes balades naturalistes.

Retour à la cabane
Retour au port d’Oravi peu fréquenté en cette période de l’année. Le kayak est vite dégonflé et rangé, et nous voilà sur la route pour rejoindre notre cabane. Quelques arrêts permettent encore d’observer des grues cendrées, cygnes et bécasses. J’avais oublié à quel point les ambiances de la Taïga sont exceptionnelles.

Alors que le soleil se couche, nous gagnons notre gîte. Pour terminer notre journée parfaite, le lac nous offre un dernier spectacle sous une lumière presque irréelle. L’eau, tel un miroir, n’est troublé que par le passage d’un sterne arctique, frôlant de son aile la surface.

15 mai : réveil au milieu des oiseaux
C’est sous un beau ciel dégagé que nous nous réveillons. Il n’est même pas 6h mais les oiseaux s’activent déjà depuis longtemps autour de la cabane. Les pouillots fitis sont omniprésents de même que les grives litornes. Un couple de gobemouche noir s’installe. Le mâle semble avoir choisi l’un des nombreux nichoirs installés dans le jardin. La femelle quant à elle balade aux alentours.


Aujourd’hui encore, nous avons réservé une sortie depuis Oravi. Mais avant de gagner le port, nous faisons un petit détour par les pistes en forêts en espérant observer la faune locale. Ces espaces accueillent en effet de nombreuses espèces comme l’élan, le lynx et même le loup … Nous nous contenterons ce matin d’une bécasse des bois en bordure de la route.

Deuxième sortie d’observation des phoques depuis Oravi
Cette fois-ci la météo est bien plus clémente et c’est confiants et sereins que nous embarquons. Nous avons la tête encore pleine des images de la veille en kayak. A partir de maintenant, tout est bonus … Mais nous ne savions pas encore à quoi nous devions nous attendre !

Ce n’est pas le même guide que la veille et il choisit un autre itinéraire qui permet de faire le tour de l’île de Linnansaari. Dès les premiers îlots il déclare : c’est ici que tout commence … d’ailleurs, nous ne tardons pas apercevoir la silhouette d’un phoque au sommet d’un rocher. Le bateau ralentit mais le phoque semble déjà montrer quelques signes d’inquiétude. Nous ne nous attardons donc pas et filons sur de nouvelles zones autour de l’île principale. Je vous en dis plus sur cette île un peu plus loin.

Au fil de l’eau nous découvrons des baies cachées et observons de nombreuses espèces : goéland cendré, 1 goéland brun, harle bièvre, chevalier guignette, 1 sarcelle d’hiver, colverts, plongeons arctiques, bernaches nonnettes, bernache du Canada, 1 harle huppé, cygnes chanteurs, balbuzards …

Le parc national nous dévoile une mince partie de sa biodiversité. Il arrive d’observer un ours ou un élan traverser à la nage. Le lac accueille également la loutre et le castor … Notre guide nous montre d’ailleurs une hutte. Mais il ne s’agit pas du castor européen … mais du castor canadien ! Voici l’anecdote …
Des castors canadiens en Finlande ou l’histoire d’une erreur scientifique
L’histoire du castor canadien dans la région du lac Saimaa est particulièrement intéressante car elle illustre une introduction involontaire qui a profondément modifié la faune finlandaise.
Dans les années 1930, le castor d’Europe (Castor fiber) avait disparu de Finlande à la suite d’une chasse intensive. Afin de rétablir l’espèce, plusieurs opérations de réintroduction furent menées. En 1937, sept castors originaires d’Amérique du Nord furent relâchés en Finlande, car les scientifiques de l’époque considéraient encore le castor canadien (Castor canadensis) et le castor d’Europe comme une seule et même espèce. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que l’on découvrit qu’il s’agissait de deux espèces distinctes, incapables de s’hybrider.
Le castor canadien s’est remarquablement adapté aux paysages lacustres de la Finlande orientale et notamment au bassin du lac Saimaa. Sa population a rapidement progressé, tandis que celle du castor d’Europe demeurait beaucoup plus limitée. Aujourd’hui encore, une grande partie des castors observés dans la région du Saimaa appartiennent à l’espèce nord-américaine.
Une particularité du lac Saimaa est que de nombreux castors y ont adopté un comportement différent de celui observé dans les petits cours d’eau. Les vastes étendues lacustres rendent souvent inutile la construction de barrages. Les animaux creusent alors des terriers dans les berges ou établissent leurs huttes sur les rives du lac, profitant directement du niveau d’eau naturel.

Une autre espèce américaine sur le lac Saimaa : le vison d’Amérique
Le vison d’Amérique (Neogale vison, anciennement Mustela vison) constitue un autre exemple d’espèce nord-américaine introduite en Finlande, mais son histoire est beaucoup moins positive que celle du castor canadien.
Le vison d’Amérique a été importé en Europe au cours du XXᵉ siècle pour l’élevage de fourrure. En Finlande, de nombreux individus se sont échappés ou ont été relâchés accidentellement à partir des élevages dès les années 1920-1950. Très adaptable, ce petit prédateur semi-aquatique a rapidement colonisé les lacs, rivières, zones humides et archipels du pays, y compris la région du lac Saimaa.
Contrairement au castor canadien, dont l’impact écologique reste relativement limité, le vison d’Amérique est considéré comme une espèce invasive. Excellent nageur et redoutable prédateur, il exerce une forte pression sur la faune locale, notamment sur les oiseaux nichant au sol, les canards, les limicoles, les amphibiens et certains petits mammifères. Dans les archipels finlandais, il est responsable du déclin de plusieurs espèces d’oiseaux marins dont les nids étaient auparavant relativement protégés des prédateurs terrestres.
Dans le bassin du lac Saimaa, sa présence représente également une menace potentielle pour certaines espèces rares. Les gestionnaires des espaces naturels, notamment dans le secteur du parc national de Linnansaari, mènent régulièrement des programmes de contrôle des populations de visons afin de préserver les oiseaux nicheurs et les écosystèmes insulaires.
Nous en croisons d’ailleurs un, nageant pour gagner la rive avant de disparaître rapidement.

Les observations de phoque s’enchaînent !
Nous contournons l’île et poursuivons la navigation au milieu des îlots qui dessinent un véritable labyrinthe. Je scrute chaque rocher et finis par repérer très loin la silhouette qui ressemble bien à un phoque. Je ne lâche pas la forme des yeux qui finit par se gratter. Merci les jumelles stabilisées ! Je le signale au guide, mais c’est encore loin. Il jette un coup d’œil sans trop y croire … A cette distance là, cela pourrait être un rocher … On finit par approcher. C’était bien un phoque, mais le guide n’en avait jamais vu sur ce rocher.

Nous continuons notre route. Alors que le navire commence à bifurquer pour amorcer sa route de retour, je repère un nouveau phoque. A nouveau, je le signale, le guide scrute mais ne vois rien. Je finis par prendre une photo et lui montre. Effectivement ! Mais c’est un jeune de l’année au pelage différent de celui des adultes. Il semble même bicolore, une face blanche, une face noire.

Les jeunes phoques du Saimaa : une période cruciale pour leur survie
La reproduction du phoque annelé du Saimaa a lieu en plein hiver. Entre février et mars, la femelle met généralement au monde un unique petit dans une tanière creusée sous la neige accumulée sur les rives ou les îlots du lac gelé. À la naissance, le jeune mesure environ 60 à 70 cm pour un poids de 4 à 5 kg. Il est recouvert d’un épais pelage blanc, appelé lanugo, qui lui assure une excellente isolation thermique face aux rigoureuses conditions hivernales finlandaises.
Durant les premières semaines de sa vie, le phoqueau reste à l’abri dans sa tanière tandis que sa mère l’allaite avec un lait particulièrement riche en matières grasses. Cette alimentation lui permet de grandir rapidement et d’accumuler les réserves énergétiques nécessaires à son autonomie. Le sevrage intervient généralement entre 7 et 10 semaines après la naissance, souvent au moment de la fonte des neiges et de la disparition de la glace. À cette période, le jeune a déjà commencé à perdre son pelage blanc et apprend progressivement à capturer ses premières proies. Après le sevrage, il devient totalement indépendant et doit rapidement maîtriser les techniques de chasse qui assureront sa survie dans les eaux du lac Saimaa. Cette étape est particulièrement délicate, ce qui explique que la protection des zones de reproduction constitue l’un des enjeux majeurs de la conservation de cette espèce rare.
Notre petit jeune est donc déjà indépendant !

Les tanières artificielles : une solution innovante pour sauver le phoque du Saimaa
La survie du phoque annelé du Saimaa dépend étroitement de la présence de neige et de glace durant l’hiver. Les femelles mettent bas dans des tanières creusées sous les congères accumulées sur les rives et les îlots du lac gelé. Ces abris naturels protègent les nouveau-nés du froid, des prédateurs et des intempéries pendant leurs premières semaines de vie.
Cependant, le réchauffement climatique entraîne des hivers de plus en plus doux en Finlande orientale. Les chutes de neige sont moins abondantes et la couverture neigeuse devient parfois insuffisante pour permettre la construction de tanières naturelles. Face à cette menace, les gestionnaires du lac Saimaa ont développé une méthode originale consistant à créer des congères artificielles. Chaque hiver, des bénévoles et des agents de conservation transportent ou amoncellent manuellement de grandes quantités de neige sur des sites favorables à la reproduction des phoques. Les femelles peuvent ensuite creuser leurs tanières dans ces amas de neige comme elles le feraient dans des conditions naturelles.

Cette technique, mise en œuvre depuis le début des années 2010, a connu un succès remarquable. De nombreuses femelles utilisent désormais ces congères artificielles pour mettre bas et élever leurs petits. Lors des hivers particulièrement pauvres en neige, elles jouent même un rôle essentiel dans le maintien du succès reproducteur de l’espèce. Les tanières artificielles sont aujourd’hui considérées comme l’une des mesures de conservation les plus emblématiques du programme de sauvegarde du phoque annelé du Saimaa et illustrent la capacité des gestionnaires à s’adapter aux effets du changement climatique pour protéger l’un des mammifères les plus rares d’Europe.
Un dernier phoque pour terminer la sortie
La sortie a été si remplie que la pause goûter se fait dans le bateau. Mais je repère encore très loin un dernier phoque. Cette fois-ci le guide ne prend plus la peine de vérifier et nous terminons l’excursion avec cette observation de ce quatrième phoque.

16 mai : jour de pluie, randonnée en forêt
Ce matin, il pleut. La météo n’est pas vraiment propice au kayak. Nous en profitons pour visiter le château de Savonlinna. Le site est joli et mérite d’y consacrer une matinée. L’après-midi nous partons marcher en forêt. Il y a peu de sentiers sur cette partie de la côte du Saimaa. Mais nous trouvons une jolie boucle entre lacs et tourbières. Voici l’itinéraire.
Ascent/Descent: | Distance: 5.56 km |
Avant de nous garer, une femelle de tétras lyre décolle de la piste pour se percher en évidence.

Le sentier traverse la forêt. Les passereaux s'activent : pinsons, tarins des aulnes, pic épeiche ... Nous grimpons sur une crête surplombant des lacs de part et d'autre.

Une femelle de garrot à œil d'or traverse un petit lac avant de disparaître dans la végétation.

La boucle est agréable et ne présente aucune difficulté. Avant de regagner le parking, nous arrivons au bord d'un lac et d'une petite cabane de pêcheur. Des petits coins de paradis qui appellent à la contemplation.

Alors que nous reprenons la piste nous retombons sur une femelle de tétras lyre. Un mâle roucoule dans les arbres mais impossible de le repérer !

17 mai : dernière matinée au fil de l'eau
Nous nous levons à l'aube pour profiter de notre dernière matinée au bord du Saimaa. Le ciel est encore gris mais ne tarde pas à se dégager avec les premiers rayons de soleil. Nous partons à Oravi et remettons le kayak à l'eau. A cette heure matinale nous sommes seuls avec les oiseaux. Un dernier tour au milieu des cygnes et des autres oiseaux. Nous en prenons plein la vue et profitons jusqu'au dernier instant avant de repartir pour Helsinki.

L’île de Linnansaari, une immersion au cœur du lac Saimaa
Située au centre du parc national de Linnansaari, l’île de Linnansaari est la plus grande île de cet archipel protégé et l’une des destinations nature les plus prisées de Finlande. D’une superficie d’environ 10 km², elle offre un remarquable condensé des paysages du lac Saimaa avec ses forêts boréales, ses affleurements rocheux, ses baies paisibles et ses points de vue sur le labyrinthe d’îles qui caractérise la région.
L’île est parcourue par plusieurs sentiers de randonnée, dont la boucle principale de Linnansaari, longue d’environ 7 kilomètres. Accessible à la plupart des marcheurs, elle permet de découvrir les principaux habitats naturels du parc tout en rejoignant le point de vue de Linnavuori, une ancienne fortification datant de l’âge du Fer qui domine le lac. Les randonneurs peuvent également emprunter des itinéraires plus courts ou prolonger leur exploration grâce aux sentiers secondaires qui sillonnent l’île.
Pour profiter pleinement de l’ambiance sauvage des lieux, il est possible de passer la nuit sur l’île. Plusieurs aires de bivouac gratuites sont aménagées dans le respect des traditions finlandaises de plein air, avec des emplacements pour tentes, des foyers et des toilettes sèches. Des refuges ouverts aux randonneurs sont également disponibles à certains endroits du parc. Vous pouvez organiser votre bivouac avec Oravi village.
L’accès à l’île se fait principalement depuis le village d’Oravi. Pendant la saison touristique, des navettes fluviales relient régulièrement Oravi à l’île en une quinzaine de minutes. Elles n'étaient cependant pas disponibles en mai. Le centre d'Oravi village peut néanmoins déposer en bateau les personnes ayant réservé un logement sur l'île. Les visiteurs peuvent également rejoindre Linnansaari en canoë, en kayak ou en bateau privé.
Conseils pratiques
Où dormir au parc national de Linnansaari ?
Le parc national de Linnansaari offre plusieurs possibilités d'hébergement selon le niveau de confort recherché. Pour une immersion totale dans la nature finlandaise, plusieurs aires de bivouac gratuites sont aménagées sur l'île principale et dans différentes parties du parc. Elles disposent généralement d'emplacements pour tentes, de foyers, de tables de pique-nique et de toilettes sèches. Quelques refuges ouverts aux randonneurs permettent également de passer la nuit à l'abri, selon le principe finlandais de libre accès aux espaces naturels.

Les visiteurs souhaitant davantage de confort peuvent séjourner dans le village d'Oravi, principale porte d'entrée du parc national. Situé à seulement quelques minutes en bateau de Linnansaari, Oravi propose des chambres d'hôtes, des appartements et des chalets traditionnels en bois au bord du lac. Le village constitue également le point de départ des navettes fluviales, des excursions d'observation du phoque annelé du Saimaa et des locations de canoës ou de kayaks.
À une trentaine de kilomètres du parc, la région de Rantasalmi offre un choix plus large d'hébergements, allant des hôtels aux cottages typiquement finlandais équipés de sauna. Passer quelques nuits dans la région permet de profiter pleinement des randonnées, des excursions en bateau et des longues soirées estivales caractéristiques du lac Saimaa.

Conseil : entre mai et août, période idéale pour observer le phoque annelé du Saimaa, il est recommandé de réserver son hébergement plusieurs semaines à l'avance, les capacités d'accueil restant relativement limitées dans cette région préservée de Finlande.
Kayak ou excursion guidée : quelle est la meilleure option pour observer les phoques du lac Saimaa ?
Découvrir le lac Saimaa en kayak est sans aucun doute l'une des plus belles expériences de nature que l'on puisse vivre en Finlande. Glisser silencieusement entre les îles, longer les rivages boisés et explorer les criques isolées procure un véritable sentiment d'immersion dans l'un des plus grands espaces sauvages d'Europe du Nord. Cependant, lorsqu'il s'agit d'observer le phoque annelé du Saimaa, le kayak n'est pas forcément la solution la plus efficace.
Avec une superficie de près de 4 400 km² et plus de 13 000 îles, îlots et récifs, le lac Saimaa forme un immense labyrinthe aquatique où les phoques disposent d'innombrables zones de repos. Même dans les secteurs les plus réputés, comme le parc national de Linnansaari, les animaux peuvent se trouver à plusieurs kilomètres de votre itinéraire. Une sortie en kayak offre donc avant tout une formidable découverte des paysages du lac, l'observation d'un phoque restant largement tributaire de la chance.
Mon expérience

Lors de mon séjour à Oravi, j'ai participé à deux excursions guidées consacrées à la recherche du phoque annelé du Saimaa. La première m'a permis d'observer un individu reposant sur un rocher. Le lendemain, une seconde sortie particulièrement réussie nous a offert l'observation de quatre phoques différents. Ces expériences ont confirmé tout l'intérêt des excursions guidées, les guides locaux connaissant parfaitement les secteurs fréquentés par les animaux et les zones où ils viennent se reposer pendant leur mue.
Le même jour, je suis parti explorer l'archipel à bord de mon propre kayak. Alors que je pagayais entre les îlots de Linnansaari, j'ai aperçu un phoque nageant à la surface. En gardant une distance respectueuse et sans jamais chercher à l'approcher, j'ai eu la chance de le voir se diriger tranquillement vers un rocher où il est venu s'installer pour se reposer. Observer cet animal évoluer librement dans son environnement naturel, dans le silence du lac et sans perturber son comportement, fut un moment véritablement magique. Une rencontre privilégiée qui restera l'un des plus beaux souvenirs de ce voyage en Finlande.

Cette observation exceptionnelle ne doit toutefois pas faire oublier la réalité : elle relevait largement d'un coup de chance. Sur un lac aussi immense que le Saimaa, même les naturalistes les plus expérimentés peuvent passer plusieurs jours sans apercevoir de phoque. Pour les visiteurs dont l'objectif principal est d'observer cette espèce emblématique, les excursions guidées demeurent donc la meilleure option. Le kayak constitue quant à lui un complément idéal pour découvrir les paysages grandioses du parc national de Linnansaari et, parfois, vivre une rencontre inoubliable avec l'un des mammifères les plus rares d'Europe.
Réservez votre excursion d'observation des phoques
Quel matériel emporter pour observer les phoques du lac Saimaa ?

L'observation du phoque annelé du Saimaa nécessite avant tout de la patience... mais aussi un équipement adapté. L'accessoire le plus important est sans conteste une paire de jumelles. Les phoques se reposent souvent sur des rochers éloignés des embarcations et des sentiers afin d'éviter tout dérangement. Pour profiter pleinement de l'observation tout en respectant les distances recommandées, des jumelles de bonne qualité sont donc indispensables.
Lors de mon séjour à Linnansaari, j'ai particulièrement apprécié l'utilisation de jumelles stabilisées. Que ce soit depuis un bateau d'excursion ou depuis un kayak, les mouvements permanents de l'embarcation rendent parfois l'observation difficile avec des jumelles classiques. La stabilisation permet de conserver une image nette et confortable, même avec un grossissement important. Elle facilite également l'identification des animaux lorsqu'ils émergent brièvement à la surface avant de replonger.
Pour en savoir plus je vous invite à lire mon article bien choisir sa paire de jumelles.
Pour les photographes, un téléobjectif d'au moins 400 mm est recommandé. Il permet de réaliser des images de qualité sans s'approcher des animaux. Toutefois, il est important de rappeler que l'observation doit toujours primer sur la photographie. Respecter les distances de sécurité et éviter toute perturbation du comportement des phoques contribue directement à la protection de cette espèce rare et emblématique du lac Saimaa.
À ne pas oublier :
- Une paire de jumelles (idéalement stabilisées).
- Des vêtements coupe-vent, même en été.
- Une protection étanche pour le matériel photo ou optique.
- Une casquette et de la crème solaire pour les longues sorties sur le lac.
- Un téléobjectif pour les amateurs de photographie animalière.
Avec le bon équipement, chaque sortie devient une occasion de profiter pleinement des paysages du Saimaa et, peut-être, d'apercevoir l'un de ses habitants les plus emblématiques.