Cime du Diable depuis le Camp d’Argent : une nuit en bivouac au cœur du Mercantour

Cime du Diable depuis le Camp d’Argent : une nuit en bivouac au cœur du Mercantour. Partir en randonnée dans le Mercantour, c’est découvrir une montagne qui change de visage au fil des heures. Au début de l’automne, les alpages prennent des teintes dorées, les chamois sont encore accompagnés de leurs cabris et, dans les vallées, le brame du cerf annonce la saison des amours.

Depuis le Camp d’Argent, dans le secteur de l’Authion, nous prenons la direction de la cime du Diable, à 2 685 mètres d’altitude. L’objectif est de profiter des paysages d’altitude, d’observer la faune sauvage et de passer la nuit en bivouac près du lac du Diable, avant de reprendre le chemin du parking au petit matin.

Une randonnée itinérante qui permet de découvrir le Mercantour autrement, en prenant le temps d’observer les paysages et d’écouter la montagne lorsque les derniers randonneurs ont quitté les sentiers.

Mon itinéraire

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Distance
17,14 km
Elevation gain
+1 282 m
Elevation loss
−1 272 m
Max elevation
2 620 m
Waypoints
0
Elevation profile

Pour connaître la réglementation pour le bivouac dans le parc national du Mercantour n’hésitez pas à consulter mon article Bivouac dans le Mercantour.

Départ du Camp d’Argent : rejoindre les montagnes de l’Authion

Le Camp d’Argent, situé au-dessus du col de Turini, constitue un point de départ intéressant pour explorer les reliefs de l’Authion. La route permet de rejoindre rapidement un environnement montagnard, avec de vastes panoramas sur les sommets environnants.

Au départ, les paysages sont encore marqués par les pelouses d’altitude et les reliefs arrondis. Les espaces ouverts offrent une bonne visibilité et permettent de prendre le temps de scruter les pentes à la recherche d’animaux.

Au début de l’automne, la montagne change progressivement de couleurs. Les herbes jaunissent, les lumières deviennent plus douces et les premières fraîcheurs matinales rappellent que l’été touche à sa fin. C’est une saison particulièrement intéressante pour la randonnée naturaliste. Les températures peuvent encore être agréables en journée, mais les conditions changent rapidement en altitude. Une bonne préparation reste indispensable, surtout lorsque l’on prévoit de dormir dehors.

Le brame du cerf : une autre ambiance automnale dans le Mercantour

L’automne est également la saison du brame du cerf élaphe (Cervus elaphus). Nous arrivons sur le site au petit matin et profitons de l’ambiance. Nous nous postons au bord de la route pour observer les cerfs. J’ai d’ailleurs consacré un article au brame du cerf au col de Turini.

Brame du cerf au col de Turini

À cette période, les mâles émettent de puissants cris pour signaler leur présence, attirer les femelles et rivaliser avec leurs concurrents. Leur voix rauque résonne dans les vallées, particulièrement à l’aube et au crépuscule. Le brame commence généralement en septembre et peut se prolonger en octobre, avec des variations selon l’altitude, les conditions météorologiques et les populations locales. Mais avec cette brume matinale, l’ambiance est vraiment excellente ! Les cerfs sont très actifs et nous avons la chance d’en observer plusieurs.

Pour profiter du brame sans déranger les animaux, il est préférable de rester à distance, de ne pas chercher à attirer les mâles et de privilégier une écoute silencieuse.

Les forts de l’Authion et la redoute des Trois Communes : un départ chargé d’histoire

Avant même de s’immerger dans les paysages sauvages du Mercantour, le secteur du Camp d’Argent invite à découvrir un patrimoine militaire remarquable. Le massif de l’Authion, qui domine les vallées de la Vésubie et de la Roya, occupe en effet une position stratégique à proximité de la frontière italienne. Ses crêtes portent encore les traces des combats de juin 1945, lorsque les troupes françaises affrontèrent les forces allemandes et italiennes retranchées dans les fortifications du massif.

Au fil du parcours, on découvre plusieurs ouvrages militaires, dont la redoute des Trois Communes, une fortification construite au XIXe siècle à la jonction des territoires historiques de La Bollène-Vésubie, Breil-sur-Roya et Saorge.

Ces vestiges témoignent de l’importance militaire de l’Authion, dont les sommets permettaient de contrôler les voies de passage entre le littoral et les vallées alpines. Aujourd’hui, ces fortifications se fondent dans un paysage de crêtes herbeuses et de reliefs boisés.

A travers les Alpages

La première partie de l’itinéraire traverse de vastes alpages encore parcourus par les troupeaux. Mais les moutons ne sont pas les seuls herbivores à affectionner ces zones. Ici aussi les cerfs sont nombreux. Le ciel nuageux joue peut-être. Mais il est déjà 11h du matin et les cerfs continuent de bramer. Je vous conseille de vous positionner à la baisse de Saint-Véran et scanner les pâturages aux jumelles pour observer les hardes ou des cerfs bramer dans les clairières. J’ai ainsi pu observer plusieurs dizaines d’individus.

C’est aussi une bonne zone pour observer les rapaces. Un faucon crécerelle vol en stationnaire à la recherche des ses proies. Profitant des thermiques, plusieurs vautours fauves longent les crêtes avant de prendre de l’altitude. Ils sont suivis un peu plus tard par un aigle royal.

Nous pique-niquons dans cette zone avant d’attaquer la véritable ascension, tout en observant quelques cerfs passer à proximité des bergeries.

Un groupe de chocard à bec jaune auxquels se mêlent quelques craves tournoient autour des rochers. Ils se posent dans les pelouses et décollent à la moindre alerte, rompant le silence de la montagne de leurs cris stridents.

Chocard à bec jaune au col de Turini

Au cœur des paysages minéraux : le chamois, le roi des cimes

En prenant de l’altitude, les paysages évoluent progressivement. Les pelouses laissent davantage de place aux pentes rocheuses et aux éboulis. Le relief devient plus marqué et les vues s’élargissent sur les montagnes du Mercantour. Les cerfs ne grimpent pas jusqu’ici et cèdent la place à un autre ongulé : le roi de la montagne, le chamois. Ils sont nombreux à arpenter ces crêtes.

Le début de l’automne est une période privilégiée pour rechercher les chamois (Rupicapra rupicapra) dans les reliefs du Mercantour. Les femelles évoluent encore avec les cabris nés au printemps. Les jeunes sont déjà capables de se déplacer sur des terrains escarpés et suivent leur mère dans les pentes herbeuses et rocheuses.

Pour les repérer, il faut examiner attentivement les ruptures de pente, les replats et les zones de transition entre les pelouses et les rochers. Un groupe peut rester immobile longtemps, parfaitement camouflé dans le paysage.

Les jumelles permettent de distinguer les silhouettes et, parfois, d’observer les interactions entre les individus. Les cabris restent attentifs aux déplacements de leur mère et peuvent se livrer à des courses ou à des jeux. Ces scènes sont particulièrement intéressantes pour comprendre le comportement de cette espèce emblématique des Alpes.

Chamois au pied de la cime du diable

Il faut néanmoins rester discret et conserver une distance suffisante. Si les animaux interrompent leur activité pour surveiller les randonneurs ou commencent à s’éloigner, mieux vaut reculer plutôt que chercher à obtenir une observation plus rapprochée.

Ascension de la cime du diable

Nous finissons par arriver en fin d’après-midi aux lacs du diable et certains sont à sec. Ici aussi les chamois sont nombreux tandis que la brume commence à envahir le paysage.

Nous attaquons malgré tout l’ascension mais il est clair que ce n’est pas ce soir que nous profiterons d’un beau coucher de soleil. La cime du Diable culmine à 2 685 mètres. Elle constitue un bel objectif pour découvrir les paysages de haute montagne des Alpes-Maritimes. Enfin, il paraît !C’est aussi une bonne zone pour observer les lagopèdes alpins. Mais pour ce soir la brume nous envahit. Una ambiance quasi mystique !

Il est temps de redescendre et nous tombons nez à nez sur une femelle chamois avec son jeune.

Une nuit en bivouac près du lac du Diable

Nous revenons près du lac. Il est 19h. C’est l’heure d’installer le campement ! Nous sommes en effet dans le parc national du Mercantour. Il y a donc des règles strictes à respecter pour le bivouac. Après les heures de marche, le bivouac offre une autre manière de vivre la montagne. Le rythme ralentit, la lumière décline. La brume se dégage par endroit. Au loin, sur les crêtes, se dessine la silhouette d’un chamois.

Près du lac du Diable, l’ambiance change avec la tombée de la nuit. Le calme s’installe progressivement et le paysage se transforme sous les dernières lumières du jour. Dormir en montagne permet de profiter de moments que l’on ne connaît pas lors d’une randonnée classique : les couleurs du crépuscule, le silence des hauteurs et la sensation d’être au cœur d’un environnement sauvage.

La nuit demande toutefois une préparation adaptée. En altitude, les températures peuvent descendre rapidement, même lorsque la journée a été douce. Un sac de couchage adapté aux températures prévues, un matelas isolant et des vêtements chauds sont indispensables.

Le bivouac doit aussi être préparé dans le respect des milieux naturels. Dans le cœur du parc national du Mercantour, il est réglementé : il est autorisé entre 19 heures et 9 heures, à plus d’une heure de marche du dernier accès automobile ou des limites du cœur du parc. Pour en savoir plus sur les règles du bivouac n’hésite pas à consulter mon article sur le sujet. Des restrictions supplémentaires s’appliquent dans certains secteurs, notamment dans la zone réglementée des gravures des Merveilles et de Fontanalba. Il est d’ailleurs possible de continuer vers la vallée des Merveilles à seulement 1h de marche du lac du diable. Un site exceptionnel à découvrir ! Pour en savoir plus c’est ici : Deux jours de marche dans le Mercantour

Avant de choisir son emplacement près du lac du Diable, il est donc essentiel de vérifier la réglementation applicable précisément à cet endroit. Il faut également éviter les zones fragiles, ne laisser aucun déchet et ne pas déranger la faune.

Le retour au petit matin : retrouver le chemin du Camp d’Argent

Au petit matin, la montagne retrouve progressivement ses couleurs. La lumière apparaît sur les crêtes et les reliefs se détachent peu à peu dans l’air frais. C’est un moment privilégié pour observer le paysage sous un autre angle. Les nuages se sont enfin dissipés et nous pouvons profiter d’un nouvel éclairage sur les lacs.

Après avoir replié le bivouac et vérifié que rien n’a été laissé sur place, il est temps de reprendre le chemin du retour vers le parking du Camp d’Argent.

Nous croisons à nouveau de nombreux chamois. Je prends le temps de prendre de nombreuses photos. Quel privilège de pouvoir profiter de ce cadre en toute solitude ! C’est l’avantage du bivouac !

Cette descente marque la fin d’une parenthèse en altitude. En une nuit, la randonnée permet de découvrir plusieurs ambiances : les grands espaces ouverts, les pentes rocheuses, le lac au crépuscule et la montagne qui s’éveille au lever du jour.

Au-delà du sommet, c’est cette succession de paysages et de moments qui rend l’expérience mémorable.

Conseils pratiques pour préparer cette randonnée

Période conseillée : la fin de l’été et le début de l’automne offrent de belles possibilités, sous réserve de conditions météorologiques favorables. Les premières chutes de neige peuvent compliquer l’itinéraire en altitude.

Équipement : chaussures de randonnée, vêtements chauds, veste imperméable, carte ou trace GPS fiable, eau, nourriture, jumelles et matériel de bivouac adapté aux températures nocturnes.

Météo : consultez les prévisions en montagne avant le départ. Les orages, le vent, le brouillard et les chutes de température peuvent rendre les passages d’altitude dangereux.

Faune : observez les chamois à distance et privilégiez l’écoute silencieuse du brame. Aucune rencontre avec les animaux n’est garantie.

Bivouac : vérifiez les règles applicables au lieu choisi, installez-vous uniquement pendant les horaires autorisés et repartez sans laisser de trace.

Une randonnée naturaliste pour découvrir le Mercantour autrement

La cime du Diable, les paysages d’altitude et le lac du Diable composent un cadre propice à une escapade naturaliste au début de l’automne.

En prenant le temps de marcher, d’observer les chamois et de découvrir les différentes ambiances de la montagne, cette randonnée rappelle que l’expérience ne se résume pas à atteindre un sommet.

Le bivouac prolonge cette immersion et permet de découvrir le paysage au moment où la lumière change et où la montagne retrouve son calme.

Dans le Mercantour, il suffit parfois de s’arrêter quelques minutes, de regarder les pentes aux jumelles ou d’écouter les sons lointains de la vallée pour mesurer toute la richesse de ces espaces naturels.

Une invitation à randonner autrement : observer, comprendre et prendre le temps de découvrir le vivant.

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