Brame du cerf au col de Turini

Observer le brame du cerf au col de Turini : une immersion sauvage dans le Mercantour

Observer le brame du cerf au col de Turini : une immersion sauvage dans le Mercantour. À l’automne, lorsque les forêts du Mercantour commencent à prendre leurs couleurs dorées, un son rauque et profond résonne dans les montagnes : le brame du cerf élaphe.

Le col de Turini, dans les Alpes-Maritimes, constitue l’un des secteurs intéressants pour partir à l’écoute de ce grand cervidé. Depuis le col, la route qui mène à Camp d’Argent puis à l’Authion traverse des paysages de montagne particulièrement sauvages et offre de nombreuses possibilités d’observation de la faune.

Mais ici, le brame ne se résume pas à essayer d’apercevoir un grand cerf au milieu des arbres. C’est avant tout une expérience d’écoute, d’immersion et de compréhension du comportement animal.

Le col de Turini, porte d’entrée vers l’Authion

Situé à environ 1 600 mètres d’altitude, le col de Turini relie les vallées de la Vésubie et de la Bévéra. Il est notamment célèbre pour ses lacets et son rôle historique dans le Rallye Monte-Carlo. Pour le naturaliste, le col constitue surtout une porte d’entrée vers le massif de l’Authion et le cœur du Parc national du Mercantour.

Depuis le col, la RD 68 permet de monter en direction de Camp d’Argent, puis de poursuivre vers la baisse de Tueis et l’Authion. Le circuit de l’Authion forme une boucle routière d’environ 8,9 km, accessible aux véhicules pendant la période d’ouverture de la route, généralement de mai à octobre.

La route traverse progressivement différents milieux : forêts, alpages, pelouses d’altitude et paysages ouverts. À mesure que l’on gagne de l’altitude, les panoramas deviennent spectaculaires, avec une vue sur les vallées de la Roya, de la Bévéra et de la Vésubie.

Le massif de l’Authion, qui dépasse les 2 000 mètres d’altitude, possède également une forte valeur historique. Fortifications, redoutes, anciennes casernes et autres vestiges militaires témoignent de l’importance stratégique de ce territoire frontalier.

Une route particulièrement intéressante pour observer la faune

La route du col de Turini à l’Authion est intéressante pour une balade naturaliste car elle permet de changer rapidement de milieu et d’altitude. C’est d’ailleurs depuis la route que j’ai pris la plupart de mes photos de cerfs. Pas besoin donc de pénétrer dans la forêt en faisant fuir les animaux.

Cerf élaphe dans le Mercantour

Le cerf est aujourd’hui présent dans l’ensemble des vallées du Parc national du Mercantour, avec des densités particulièrement importantes dans la Tinée, le Haut Var et l’Ubaye.

Le brame du cerf : qu’est-ce que c’est ?

Le brame correspond à la période des amours du cerf élaphe (Cervus elaphus), mais le terme désigne également le cri guttural caractéristique émis par le mâle durant cette période.

Dans les Alpes, le rut se déroule principalement de la mi-septembre à la mi-octobre, avec un pic qui peut intervenir au début du mois d’octobre en montagne. L’intensité du brame varie toutefois selon les conditions météorologiques, la densité des animaux et le déroulement de la saison de reproduction.

Le mâle utilise son brame pour plusieurs raisons :

  • attirer les femelles ;
  • affirmer sa présence ;
  • impressionner ses concurrents ;
  • défendre son groupe de femelles.

Lorsque deux mâles se retrouvent en compétition, l’affrontement peut aller jusqu’au combat. Les deux animaux se défient, se jaugent puis peuvent engager leurs bois dans des affrontements parfois violents.

Le cerf est alors particulièrement impressionnant : il redresse la tête, tend son cou et pousse ce cri puissant qui peut se propager très loin dans la montagne.

Le brame s’écoute plus qu’il ne se regarde

C’est probablement le meilleur conseil à garder en tête lorsque l’on part observer le brame.

Il est beaucoup plus facile d’entendre un cerf que de le voir.

Les animaux restent souvent dissimulés dans la végétation et rejoignent rapidement le couvert forestier lorsqu’ils détectent une présence humaine. Le brame est particulièrement actif au crépuscule, pendant la nuit et à l’aube, même si des animaux peuvent également bramer en journée lorsque la densité est importante.

Une sortie réussie n’est donc pas nécessairement celle où l’on repart avec une photographie de cerf. Parfois, le moment le plus fort sera simplement celui où, immobile dans la pénombre, on entend plusieurs mâles se répondre d’une vallée à l’autre.

Le cerf élaphe dans le Mercantour : une histoire de réintroduction

Brame du cerf

Le cerf élaphe n’a pas toujours été présent dans les montagnes du Mercantour.

Les populations actuelles sont issues de plusieurs opérations de réintroduction réalisées au cours du XXe siècle. Le Parc national indique notamment la réintroduction de 6 animaux en Moyenne Tinée en 1959-1960, de 8 animaux dans le Haut Var en 1966 et de 5 animaux en Haute-Bévéra en 1973 et 1995.

Ces noyaux initiaux ont ensuite été renforcés par d’autres lâchers, notamment en Vésubie et en Basse et Moyenne Tinée en 2002, ainsi que du côté italien entre 1990 et 2000.

Progressivement, les populations se sont développées et le cerf est aujourd’hui présent dans toutes les vallées du Parc national du Mercantour. Les densités restent cependant variables selon les secteurs. L’atlas de la biodiversité du Mercantour recense aujourd’hui des observations de cerf élaphe dans 45 communes du territoire, avec des données allant jusqu’en 2026. Ces données d’observation ne constituent toutefois pas un recensement exhaustif de la population.

Cette histoire est intéressante à garder en tête lorsque l’on écoute le brame au Turini : le spectacle auquel on assiste aujourd’hui est aussi le résultat de plusieurs décennies de recolonisation des massifs par l’espèce.

Où écouter le brame autour du col de Turini ?

Il n’existe pas de « spot » garanti où l’on serait certain de voir un cerf. Et c’est justement ce qui fait l’intérêt d’une sortie naturaliste.

Depuis le col de Turini, on peut suivre la route en direction de Camp d’Argent, puis poursuivre vers la baisse de Tueis et l’Authion. Le circuit de l’Authion permet de parcourir une boucle d’environ 9 km à travers le massif. C’est d’ailleurs depuis cette route que j’ai fait mes films et mes photos.

À l’automne, les secteurs de lisière, les zones ouvertes et les versants boisés peuvent être particulièrement intéressants pour l’écoute du brame.

Il faut cependant éviter de rechercher les animaux en quittant les itinéraires autorisés. Une place de brame est un espace particulièrement sensible : les cerfs et les biches y concentrent une grande partie de leur activité reproductive.

Si vous êtes prêts à partir marcher, je vous conseille d’emprunter depuis les cabanes vieilles, le GR en direction de la vallée des Merveilles. Postez-vous au bout de 30mn de marche à la baisse de St-Veran. Pensez à prendre une longue-vue pour scanner les alpages. Avec un peu de chance, vous pourrez observer les groupes de biches et les cerfs à découvert.

L’objectif n’est donc pas de pénétrer dans la forêt pour trouver les animaux, mais de se placer discrètement à distance et de laisser les cerfs venir à nous, au moins acoustiquement.

Pourquoi participer à une sortie guidée pour observer le brame ?

Une sortie accompagnée par un guide naturaliste ou un garde-moniteur du Parc national apporte une véritable plus-value.

Tout d’abord, un professionnel connaît le comportement du cerf et sait interpréter ce que l’on entend : un brame isolé, plusieurs mâles qui se répondent, un déplacement dans la végétation, un changement d’activité…

Mais l’intérêt ne se limite pas à trouver les animaux. Une sortie guidée permet aussi de mieux comprendre le fonctionnement de la forêt, les relations entre mâles et femelles, les indices de présence, les traces, les frottis sur les arbres ou encore les souilles fréquentées par les cerfs.

Surtout, elle permet de découvrir le brame sans augmenter la pression exercée sur les animaux.

Le Parc national du Mercantour organise d’ailleurs certaines années des sorties accompagnées à l’Authion. En 2026, une sortie « Quand résonne le brame » était notamment proposée au départ de Camp d’Argent, avec un garde-moniteur du Parc national. Pour une première expérience, c’est probablement l’une des meilleures façons d’aborder le brame : on apprend à écouter avant même de chercher à observer.

Mon carnet de terrain

Sortie guidée avec Orgaya

Le 26 septembre2026, je me rends pour la première fois avec mon fils au col de Turini. Pour l’occasion j’ai opté pour une visite guidée avec Orgaya pour découvrir ce site de façon plus précise et éviter de déranger les animaux. Nous avions RDV à 15h au camp d’argent et avons emprunté le GR qui traverse la forêt. Dès le début de la balade, les cerfs ont bramé et l’ambiance était géniale. Mais les cerfs ne sont pas les seules espèces à animer cette sortie et nous avons été accompagnés par les cris de pic noir et de bec-croisé des sapins.

Le guide nous a donné également de nombreuses informations sur les plantes mais aussi sur les traces. Mon fils était enchanté. Nous avons ainsi marché tranquillement jusqu’aux pâturages pour tenter une observation visuelle. Nous avons fini par apercevoir des biches, mais pas de cerfs. Les entendre bramer reste cependant un spectacle inoubliable.

La nuit a fini par tomber et nous avons pris notre pique-nique au clair de lune avant de revenir à pieds tranquillement par la route.

Enfin les cerfs en vue

Le 2 octobre, je retourne au col de Turini cette fois-ci sans enfant. La brume a totalement envahi le paysage. En fin d’après-midi, nous empruntons la route de l’Authion et nous nous garons au bord de la route peu après la croisement. Des cerfs brament en tous sens ! C’est vraiment impressionnant ! Pour éviter de les déranger, je spote depuis le bord de la route et finis par apercevoir un cerf sur les hauteurs avec un groupe de biches. Malheureusement, des observateurs moins scrupuleux finissent par grimper la colline et repoussent les animaux dans les bois.

Je finis par observer d’autres animaux en contre-bas. Malheureusement il y a très peu de lumière, assez pour une belle observation, mais pas pour les photos. La nuit tombe tandis que le brame continue de résonner dans la forêt.

L’aube au col de Turini

Au petit matin je retourne au même endroit et le spectacle reprend. Les cerfs sont toujours nombreux à bramer. L’un d’entre eux finit par sortir de la forêt et reste de longues minutes à découvert au-dessus de la route. Il brame au milieu de quelques biches, qui semblent assez indifférentes à son manège. Quel spectacle ! C’est une première pour moi qui rêvais depuis longtemps d’observer le brame du cerf. Tout simplement mythique.

Observer le brame sans déranger les cerfs

La période du rut est un moment essentiel dans la vie des cerfs. Les animaux sont particulièrement actifs et sensibles au dérangement.

Le Parc national du Mercantour recommande plusieurs règles simples.

  • Garder ses distances : Même s’il est impressionnant de voir un cerf de près, il ne faut jamais chercher à réduire la distance avec lui. Un mâle en rut peut par ailleurs se montrer agressif.
  • Rester sur les itinéraires autorisés : Il est essentiel de ne pas pénétrer dans les zones forestières ou les secteurs où les animaux se réfugient. Le Parc recommande de rester sur les chemins, pistes et routes ouverts à la circulation pédestre ou motorisée selon la réglementation en vigueur.
  • Ne jamais éclairer les animaux : Une lampe frontale est utile pour se déplacer en sécurité, mais elle ne doit pas servir à rechercher ou éclairer un cerf. Une lumière rouge peut être utilisée pour cheminer, mais l’animal doit rester dans l’obscurité.
  • Rester silencieux : Évitez les conversations, les déplacements répétés et les bruits inutiles. Le vent joue également un rôle important : lorsque cela est possible, mieux vaut éviter de se placer sous le vent des animaux afin que votre odeur ne soit pas transportée vers eux.
  • Pas de chien : Les chiens peuvent perturber fortement les animaux sauvages, particulièrement pendant cette période sensible. Dans le cœur du Parc national, la réglementation doit par ailleurs être respectée.

Quel matériel pour une sortie brame au Turini ?

Pas besoin d’un équipement extravagant pour profiter de cette expérience.

Je conseille :

  • des jumelles, indispensables pour observer à distance ;
  • des vêtements chauds et plusieurs couches ;
  • des chaussures de randonnée ;
  • une lampe frontale, idéalement avec lumière rouge pour les déplacements ;
  • une petite lampe classique uniquement pour la sécurité si nécessaire ;
  • de l’eau et éventuellement un pique-nique ;
  • un téléphone ou un appareil photo si vous souhaitez garder un souvenir, mais sans que la photographie devienne l’objectif principal.

Le Parc national recommande également vêtements chauds, chaussures de marche, gourde, lampe frontale à lumière rouge, jumelles et pique-nique pour ses sorties accompagnées.

Et surtout : prévoyez plus chaud que vous ne le pensez. Une soirée d’octobre à près de 2 000 mètres peut être très fraîche, particulièrement lorsque l’on reste immobile à l’écoute.

La boucle de l’Authion : prolonger la sortie naturaliste

Si vous venez au col de Turini, il serait dommage de limiter votre découverte à la seule observation du brame.

La route permet de rejoindre Camp d’Argent, puis la baisse de Tueis et le massif de l’Authion. La boucle routière de l’Authion traverse un paysage spectaculaire à près de 2 000 mètres d’altitude.

La route passe notamment à proximité de Cabanes Vieilles, avant de remonter vers les anciens ouvrages militaires et de rejoindre la baisse de Tueis. Le circuit fait environ 8,9 km.

C’est un secteur où l’on peut facilement combiner plusieurs approches : randonnée, observation de la faune, découverte des paysages et lecture du patrimoine historique.

L’Authion est d’ailleurs considéré par le Parc national comme un site remarquable à la fois pour ses intérêts écologiques, paysagers, historiques et patrimoniaux.

Quand venir observer le brame au col de Turini ?

La période la plus intéressante se situe généralement entre mi-septembre et mi-octobre, avec une activité souvent particulièrement forte au début du mois d’octobre en montagne.

Mais il n’existe pas de date magique.

La météo, la température, le vent, la présence des femelles et la dynamique de reproduction influencent fortement l’activité des cerfs.

Les meilleurs moments de la journée

Privilégiez :

🌅 L’aube
Les cerfs peuvent encore être actifs après une nuit de brame.

🌄 Le crépuscule
C’est généralement l’un des meilleurs moments pour entendre les mâles.

🌙 Le début de soirée
La forêt et les alpages prennent une toute autre dimension lorsque les premiers brames commencent à résonner.

Une sortie au brame est donc aussi une expérience particulière parce qu’elle nous oblige à changer notre manière habituelle d’observer la nature.

On ne cherche plus seulement à regarder.

On écoute.

Le brame du cerf : une expérience naturaliste avant d’être une rencontre

Observer le brame au col de Turini, c’est finalement accepter de ne pas tout voir. On peut marcher plusieurs centaines de mètres sans apercevoir le moindre animal, puis entendre soudain un premier brame. Un autre lui répond. Puis un troisième, plus loin. La forêt devient alors une immense scène sonore. Et parfois, au détour d’une clairière, une silhouette apparaît : une biche, un jeune cerf ou, avec un peu de chance, un grand mâle portant ses bois. C’est cette incertitude qui fait toute la magie du brame.

Le meilleur souvenir n’est pas forcément la photographie du cerf. C’est parfois simplement le moment où, dans la nuit qui tombe sur l’Authion, on réalise que toute la montagne semble résonner.

À retenir

📍 Où ? Col de Turini, Camp d’Argent et massif de l’Authion, dans les Alpes-Maritimes.

🦌 Espèce recherchée : cerf élaphe (Cervus elaphus).

📅 Quand ? Principalement de mi-septembre à mi-octobre.

🌅 Meilleur moment : aube et crépuscule, avec une activité également importante en soirée et durant la nuit.

👂 À retenir : le brame s’écoute souvent davantage qu’il ne s’observe.

🥾 Accès : depuis le col de Turini, la RD 68 permet de rejoindre Camp d’Argent puis l’Authion ; la boucle routière de l’Authion fait environ 8,9 km.

⚠️ Règle essentielle : rester à distance, ne pas sortir des itinéraires autorisés, ne pas éclairer les animaux et rester silencieux.

🌿 Conseil naturaliste : pour une première découverte, privilégier une sortie encadrée par un guide naturaliste ou le Parc national du Mercantour.

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