Escapade nature le long de la baie d’Audierne. Située à l’extrémité ouest du Finistère, entre la pointe du Raz et la pointe de Penmarc’h, la baie d’Audierne constitue l’un des ensembles naturels les plus riches de Bretagne pour l’observation des oiseaux. Long ruban littoral alternant plages, dunes, étangs, marais et lagunes, elle offre une mosaïque d’habitats particulièrement favorable à une grande diversité d’espèces, tout au long de l’année. La baie d’Audierne s’étend entre la pointe du Raz à l’ouest et la pointe de Penmarc’h à l’est. Elle forme un vaste arc littoral ouvert sur l’océan Atlantique, long d’environ 30 kilomètres, caractérisé par une alternance de plages sableuses, de dunes et de zones humides arrière-littorales.
Contrairement à une baie fermée, la baie d’Audierne est un littoral rectiligne et exposé. Elle est ainsi soumise à une forte dynamique marine (houle, vents dominants d’ouest), ce qui explique la rareté des ports naturels et la présence d’un cordon dunaire continu.
Une diversité de milieux propice à l’avifaune
La baie d’Audierne se caractérise par la juxtaposition de milieux complémentaires :
- estran sableux et vasières en bord de mer,
- cordons dunaires,
- zones humides arrière-littorales (étangs, marais, prairies humides),
- plans d’eau doux et saumâtres.
Ces habitats accueillent ainsi à la fois des oiseaux nicheurs, des migrateurs de passage et des espèces hivernantes, faisant de la baie un site d’importance majeure sur les voies migratoires atlantiques.
Le cordon dunaire littoral

Le littoral est constitué d’un cordon dunaire quasi continu, parfois large de plusieurs centaines de mètres. Il protège alors les zones humides situées en arrière. Ces dunes jouent donc un rôle fondamental de barrière naturelle contre les intrusions marines. Elles constituent ainsi un habitat essentiel pour certaines espèces d’oiseaux nicheurs ou migrateurs. Ces dunes sont un bon spot pour chercher les pluviers guignards à la fin du mois d’août. J’y passerai le 16 août, un petit peu trop tôt !
Les étangs et zones humides arrière-littorales
En retrait du littoral se trouve également l’un des éléments majeurs du site : un chapelet d’étangs, lagunes et marais, vestiges d’anciens marais littoraux isolés de la mer par les dunes.
Parmi les principaux sites d’intérêt ornithologique :
- Étang de Trunvel : vaste plan d’eau douce à saumâtre, réputé pour l’hivernage des anatidés et la migration des limicoles.
- Étang de Kergalan : zone humide plus discrète, favorable aux oiseaux d’eau et aux passereaux paludicoles.
- Étang de Nérizellec : site important pour les oiseaux migrateurs, notamment au printemps et à l’automne.
- Étang de Kéristenvet : intéressant pour l’observation des hérons, aigrettes et espèces discrètes des roselières.
Ces zones humides s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares, faisant de la baie l’un des plus grands ensembles humides littoraux de Bretagne.
L’estran et la plage
La plage de la baie d’Audierne forme un estran sableux large, soumis à de fortes variations selon les marées. À marée basse, l’estran devient une zone d’alimentation majeure pour les limicoles (bécasseaux, pluviers, barges), tandis qu’à marée haute, les oiseaux se replient vers les étangs et zones calmes de l’arrière-pays.
Points d’observation remarquables
Plusieurs secteurs permettent une lecture fine du site :
- Secteur de Tréogat – Trunvel : cœur ornithologique de la baie, très riche en oiseaux d’eau.
- Secteur de Plovan et Penhors : dunes, plage et zones humides proches, intéressantes pour les migrations.
- Secteur de la Torche – Pors Carn (limite est) : observation d’oiseaux marins et migrateurs côtiers.
- Secteur de la baie côté pointe du Raz : conditions favorables à l’observation d’oiseaux pélagiques par mer agitée.
Un camp de baguage ouvert au public
Chaque année, un camp de baguage ornithologique est installé dans la baie d’Audierne, généralement à l’automne, période clé de la migration postnuptiale. Il se tient le plus souvent dans le secteur des zones humides de Trunvel – Tréogat, au cœur des principaux sites de halte migratoire. Ce camp est ouvert au public : il est possible de s’y rendre à certaines dates pour observer le travail des bagueurs, échanger avec eux et mieux comprendre les objectifs scientifiques du baguage. Les visiteurs peuvent assister, dans le respect des règles et des oiseaux, aux opérations de capture, de mesure et de relâcher. Les dates exactes varient chaque année en fonction des conditions météo et de l’organisation, et sont généralement communiquées par les associations naturalistes locales ou les gestionnaires du site.
La pointe de la Torche
Située à l’extrémité orientale de la baie d’Audierne, la pointe de la Torche est un promontoire rocheux emblématique du Pays Bigouden, exposé directement aux flux océaniques. Ce site marque une zone de transition majeure entre le littoral sableux de la baie et la côte rocheuse plus découpée, ce qui en fait un point stratégique pour l’observation des oiseaux. Lors des migrations, la pointe agit comme un véritable entonnoir, concentrant les oiseaux côtiers et marins longeant le rivage, tandis que par conditions de vent favorable ou de tempête, elle devient un excellent poste pour l’observation d’oiseaux pélagiques (fous de Bassan, labbes, sternes, puffins). Les landes rases, les cultures environnantes et les zones humides proches complètent l’intérêt ornithologique du site, accueillant passereaux migrateurs et rapaces en transit. Très fréquentée, la pointe de la Torche reste un site sensible où l’observation doit se faire à distance et dans le respect des milieux naturels.

Se garer à la pointe de La Torche
La pointe rocheuse
Un sentier depuis le parking permet de faire une petite boucle sur la pointe. La marée est en train de monter et les oiseaux sont nombreux sur les rochers. Des groupes de mouettes mélanocéphales, dont certaines baguées, se reposent au soleil. Parmi elles, quelques sternes caugeks se sont glissées.

Plus loin c’est une aigrette garzette qui est à l’affût d’un crabe ou autre proie à se mettre sous le bec.

Les mouettes rieuses elles aussi sont nombreuses et se sont rassemblées au bord de la plage là où les vagues rabattent les proies. C’est aussi cette zone qu’ont choisi les limicoles. La migration post-nuptiale a en effet commencé pour les bécasseaux. La pointe de la Torche et la baie d’Audierne constituent ainsi un site privilégié pour leur halte migratoire.





Le bout de la pointe est un bon spot pour poster le longue-vue et observer en direction du large. Aujourd’hui, quelques fous de Bassan croisent au loin ainsi qu’un labbe parasite. Le panorama permet de plus d’apprécier toute la baie sui s’étend en direction de la Pointe du Raz.
Le long des dunes

Après avoir profité de la pointe, je reviens sur mes pas et continue la balade le long de la plage. Si les premiers mètres sont très fréquentés, l’ambiance devient plus calme au fur et à mesure que je m’éloigne du parking. Les dunes sont un milieu particulièrement fragiles et nécessitent des mesures de protection. Des cordons permettent ainsi de limiter le passage et de rappeler qu’il s’agit d’espaces sensibles.
Une colonie d’hirondelles de rivage a d’ailleurs élu domicile ici. La reproduction n’est pas encore terminée et les jeunes se tiennent à l’entrée des cavités, bec grand ouvert ! Les adultes, eux, ne cessent leurs allers-retours.

L’hirondelle de rivage
L’Hirondelle de rivage (Riparia riparia) est un petit oiseau migrateur de la famille des hirondelles, reconnaissable à son plumage brun sur le dos, blanc crème sur le ventre et à sa large bande pectorale sombre. Spécialiste des habitats ouverts près de l’eau, elle niche dans des talus sableux, berges de rivières ou carrières, où elle creuse des terriers pour ses nids. Insectivore aérienne, elle se nourrit principalement de moucherons, d’éphémères et de petits diptères, capturés en vol. Migratrice transsaharienne, l’Hirondelle de rivage passe l’hiver en Afrique subsaharienne et revient en Europe au printemps pour se reproduire. En Bretagne, elle est rare et localisée, sa reproduction étant strictement liée aux sites sablo-vaseux intacts, ce qui en fait une espèce sensible aux dérangements et à la dégradation des habitats.


La baie d’Audierne : unique site de reproduction du Guêpier d’Europe en Bretagne
En baie d’Audierne, la nidification du Guêpier d’Europe (Merops apiaster) concerne des effectifs très réduits, caractéristiques d’une population en limite nord-ouest de son aire de reproduction. Les suivis menés montrent une forte variabilité interannuelle, avec généralement un à quelques couples nicheurs, rarement plus de 3 à 5 couples selon les années. Certaines saisons peuvent même être marquées par l’absence totale de reproduction, liée aux conditions climatiques, à la disponibilité des sites de nidification ou au succès des migrations. Cette faiblesse numérique, combinée à la spécialisation écologique de l’espèce et à sa sensibilité au dérangement, confère à la population de la baie d’Audierne un enjeu de conservation majeur à l’échelle régionale. Le suivi scientifique régulier permet d’évaluer la dynamique de cette population marginale et d’adapter les mesures de protection des sites de nidification.
La plage de Treogat
La plage de Tréogat s’inscrit au cœur de la baie d’Audierne, en arrière immédiat du cordon dunaire qui sépare l’océan des vastes zones humides de Trunvel. Longue et rectiligne, cette plage sableuse exposée à la houle atlantique forme, à marée basse, un estran large et riche en invertébrés, constituant une zone d’alimentation essentielle pour de nombreux limicoles tels que bécasseaux, pluviers et barges. À marée haute, les oiseaux se replient vers les dunes et surtout vers les étangs arrière-littoraux, soulignant la complémentarité écologique du site. Moins fréquentée que d’autres plages touristiques, la plage de Tréogat joue un rôle clé comme zone de repos et de transit pour l’avifaune migratrice, et mérite une attention particulière afin de limiter le dérangement, notamment en période de migration et d’hivernage.
Se garer
Faire une pause sur le pont
Avant de gagner la plage, faites une pause sur le pont pour observer les roselières. C’est un bon spot pour les rousserolles et les phragmites. Avec un peu de chance vous pourriez même tomber sur un phragmite aquatique.

La plage : site de reproduction et de repos pour les oiseaux
Le gravelot à collier interrompu
Lorsque vous arrivez sur la plage, ne vous attardez pas sur les zones sommitales recouvertes de galets. C’est en effet le site de reproduction privilégié pour le gravelot à collier interrompu. Particulièrement cryptique, son nid passe inaperçu et vous pourriez marcher dessus sans vous en apercevoir. Il se contente en effet de creuser une petite cuvette entourée de petit cailloux. Lorsqu’il se sent menacé, l’oiseau lui-même s’aplatit pour devenir invisible. Mieux vaut donc s’éloigner pour les laisser en paix.

Le bord de mer
La plage est quant à elle la zone privilégiée pour les reposoirs de laridés. Moins fréquentée que d’autre plages de la baie , Treogat est donc intéressante pour l’observation des laridés. Le 17 août j’arpente ainsi la plage et poste ma longue-vue pour scruter les goélands. Je ne tombe que sur les espèces classiques : goélands argentés, bruns, marins et mouettes rieuses. Un bon exercice pour s’entraîner à l’identification !

Quelques sternes se joignent à la troupe et décollent régulièrement pour faire des aller-retours entre la mer et les étangs en particuliers les sternes pierregarins qui alimentent encore leurs jeunes. Quelques sternes caugeks sillonnent également la zone et filent au-dessus des vagues. Je passe ici un long moment à admirer ce spectacle.

L’étang de Trunvel
Depuis le parking on suit le sentier vers la gauche et permet d’avoir un point de vue sur l’étang de Trunvel. Pensez à prendre des jumelles et une longue-vue car les observations sont lointaines.
La réserve biologique de l’étang de Trunvel constitue l’un des cœurs écologiques de la baie d’Audierne. Situé en arrière du cordon dunaire, cet étang d’eau douce à tendance saumâtre s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares et fait partie d’un vaste complexe de zones humides protégées. Il joue un rôle majeur comme site de halte migratoire, d’hivernage et de reproduction pour de nombreuses espèces d’oiseaux. Les roselières, prairies humides et plans d’eau ouverts offrent des habitats complémentaires, favorables aux anatidés, limicoles, hérons, passereaux paludicoles et rapaces en chasse. La réserve est également un site de référence pour le suivi scientifique, notamment grâce au camp de baguage annuel, et illustre l’importance de la gestion et de la restauration des zones humides littorales.

Le site accueille une avifaune riche, dont plusieurs espèces emblématiques des zones humides littorales bretonnes. Parmi les oiseaux d’eau les plus remarquables figurent la Spatule blanche, régulièrement observée en halte migratoire, ainsi que de nombreux canards hivernants comme le Canard souchet, le Canard siffleur ou le Canard pilet. Les roselières abritent des espèces plus discrètes telles que le Bruant des roseaux, la Rousserolle effarvatte ou le Phragmite des joncs. Les vasières et berges sont fréquentées par des limicoles (Bécasseaux, Chevaliers, Barges) lors des migrations. Côté rapaces, le Busard des roseaux est l’un des symboles du site, patrouillant régulièrement au-dessus des marais.
La baie d’Audierne : un site incontournable pour un naturaliste de passage en Bretagne
La baie d’Audierne se révèle ainsi comme un site naturel d’une richesse exceptionnelle, où se conjuguent plages, dunes, étangs et marais pour offrir des conditions idéales à l’observation des oiseaux et à la conservation de milieux humides uniques en Bretagne. Des espèces emblématiques, telles que le Guêpier d’Europe, l’Hirondelle de rivage, les limicoles migrateurs ou les anatidés hivernants, y trouvent un refuge indispensable. Que ce soit pour la recherche scientifique, le suivi des populations ou simplement pour l’émerveillement des observateurs, la baie illustre l’importance de préserver et protéger ces habitats sensibles. Respecter ces espaces, suivre les sentiers balisés et participer aux actions de sensibilisation permet à chacun de contribuer à la sauvegarde de cet écosystème fragile et remarquable.