La Colle noire et la mine de Cap Garonne. Dominant la rade de Toulon et les plages du Pradet, le massif de La Colle Noire est un joyau naturel du département du Var. Encore préservé du tourisme de masse, il offre une immersion exceptionnelle dans les paysages méditerranéens, entre forêts, crêtes panoramiques et falaises plongeant vers la mer. À ses pieds, le célèbre Cap Garonne complète cette découverte par ses richesses géologiques et sa biodiversité littorale.
Voici un guide complet pour découvrir ce massif emblématique et ses espèces remarquables.
La Colle noire : un massif protégé
Culminant à 294 mètres d’altitude, la Colle Noire sépare les communes du Pradet et de Carqueiranne. Ses versants abrupts, couverts de maquis dense, contrastent avec les pinèdes claires des zones plus accessibles.
Depuis les crêtes, la vue s’étend sur la rade de Toulon, les îles d’Hyères et parfois jusqu’au massif des Maures. L’ambiance est typiquement méditerranéenne : sols secs, senteurs de résine, chant des cigales en été et lumière éclatante presque toute l’année.
Des mesures de protection pour préserver un patrimoine naturel exceptionnel
Le massif de la Colle Noire et le littoral du Var bénéficient de plusieurs dispositifs de protection destinés à préserver la richesse de leurs milieux naturels. Une partie des terrains du Cap Garonne appartient ainsi au Conservatoire du littoral. Cet établissement public est chargé d’acquérir et de protéger durablement les espaces côtiers remarquables. Sa mission vise à garantir la préservation des paysages, de la biodiversité et l’accès du public dans le respect des équilibres écologiques.
Le site est également intégré au réseau Natura 2000. Ce programme européen identifie et protège les habitats et espèces d’intérêt communautaire. Cette désignation implique la mise en œuvre de mesures de gestion adaptées afin de concilier activités humaines et conservation de la faune, de la flore et des milieux naturels.
Enfin, à l’échelle régionale, la proximité du Parc national de Port-Cros renforce la cohérence écologique du territoire. Bien que la Colle Noire ne soit pas située dans le cœur du parc, elle s’inscrit dans un ensemble littoral méditerranéen où les politiques de protection, de sensibilisation et de gestion durable contribuent à maintenir un patrimoine naturel d’une grande valeur biologique.

Une flore typiquement méditerranéenne
Sur les pentes ensoleillées de la Colle Noire, dans le département du Var, s’épanouit une végétation typiquement méditerranéenne, façonnée par la sécheresse estivale, les vents marins et des sols souvent pauvres et pierreux. Le maquis y domine largement, formant une mosaïque dense et parfumée où le chêne vert constitue l’essence structurante. À ses côtés, le pin d’Alep colonise les secteurs plus ouverts, profitant des terrains secs et des anciennes zones incendiées.
Sous cette strate arborée se développe un cortège d’arbustes persistants parfaitement adaptés au climat local : l’arbousier, reconnaissable à son écorce rougeâtre et à ses fruits sphériques, côtoie le lentisque aux feuilles coriaces et les cistes, dont les fleurs blanches ou rosées illuminent le massif au printemps. Le romarin, le thym et d’autres plantes aromatiques libèrent leurs huiles essentielles sous la chaleur, participant à l’identité olfactive si caractéristique des collines provençales.
Sur les crêtes ventées et les affleurements rocheux, la végétation se fait plus rase. De petites pelouses sèches d’intérêt écologique accueillent une flore spécialisée, capable de résister à l’aridité et aux embruns venus du littoral voisin du Cap Garonne. Cette diversité végétale, étagée selon l’exposition et la nature du sol, confère à la Colle Noire une richesse botanique remarquable et un rôle essentiel dans l’équilibre écologique du littoral varois.

Des espèces remarquables
Le massif de la Colle noir abrite une faune remarquable. On peut y observer notamment le rare lézard ocellé. D’un point de vue ornithologique, le maquis est une zone privilégiée pour observer les fauvettes méditerranéennes. On peut y rencontrer toute l’année la fauvette mélanocéphale et la fauvette pitchou auxquelles vint s’ajouter au printemps la fauvette passerinette. Les zones de falaises accueillent le faucon pèlerin et le monticole bleu.
Les botanistes seront aussi charmés par ces jolies pelouses à orchidées. Dès la fin du mois de février fleurit la première orchidée de l’année : la barlia de Robert. Au mois de mars-avril, c’est au tour des ophrys puis des sérapias. Pour admirer les fleurs, il est donc préférable de choisir le printemps pour découvrir le massif. C’est aussi à cette période que les sites seront en fleurs.
Randonner à la Colle noire

Plusieurs circuits de randonnée permettent de découvrir le massif de la Colle noire : le circuit de la Gavaresse (4,5 km), le circuit de Cap Garonne (3km), le circuit de la Colle noire (7,5 km) et le petit sentier de découverte (1,2 km). Le plus complet est le circuit de la Colle noire qui permet de traverser les différents types de milieux. Si vous n’avez pas beaucoup de temps je vous conseille le circuit de Cap Garonne par lequel vous verrez les paysages les plus sympas. Avec des enfants en bas âge, je vous conseille de combiner le sentier de découverte avec la visite de la mine. Mon fils de 5 ans a adoré !
Le circuit de la Colle noire
Balisage bleu
Ascent/Descent: | Distance: 7.27 km |
Où se garer pour découvrir la Colle noire ?
Le circuit est une boucle et on peut la commencer de plusieurs endroits. Vous avez différents parkings : La Guillaumière au nord et la Navicelle, la Gavaresse, le Bau rouge (petit), Le Pas des Gardéens (grand parking avec accès à un belvédère sur les falaises), et le parking du musée de la mine, d'où je suis partie pour vous présenter cet itinéraire.

Montée au fortin
Depuis le parking de la mine, le sentier grimpe en pente douce à flanc de colline au milieu des chênes-lièges.

On finit par sortir du sous-bois pour grimper sur la côte exposée sud. C'est une belle zone pour les fauvette méditerranéennes et les reptiles. Soyez attentif, à la belle saison il n'est pas rare de voir un circaète survoler la zone. La vue sur le cap se dégager et on peut admirer un panorama des monts toulonnais aux îles d'Hyères.

Le fortin de Gavaresse, sentinelle historique
Le sentie débouche alors sur le fortin de Gavaresse. Édifié au XIXᵉ siècle dans le contexte du renforcement du système défensif de la rade de Toulon, il s’intègre au réseau de fortifications protégeant l’un des principaux arsenaux militaires français. Sa position stratégique permettait de surveiller les approches maritimes et de contrôler toute tentative d’intrusion le long de ce secteur du littoral varois.
Bâti en pierre locale et partiellement intégré au relief, le fortin se fond aujourd’hui dans la végétation méditerranéenne. Pins d’Alep et chênes verts ont progressivement reconquis ses abords, offrant au visiteur un contraste saisissant entre patrimoine militaire et nature sauvage. Depuis ses abords, le panorama s’ouvre sur la rade et les falaises du Var, faisant de ce site un point d’intérêt très appréciable surtout avec un peu de soleil !

Piste forestière

Depuis le fortin, l'itinéraire suite la piste C 117 en direction de la Navicelle. Le milieu est plus boisé et orienté nord. Les mésanges huppées sont assez fréquentes ici. La vue se tourne cette fois-ci vers le Coudon et la vaste plaine agricole qui s'étend entre La Garde et La Crau.

Avant d'arriver au parking, la piste tourne en épingle pour redescendre en direction de la côte. On traverse un long sous-bois en limite des propriétés privées pour rejoindre le sentier littoral que l'on suit jusqu'au Pas de Gardéens.
Le Pas des Gardéens

Arrivés au parking, prenez le temps de quitter l'itinéraire pour gagner le belvédère qui surplombe les falaises. C'est probablement la plus belle vue sur les falaises du Cap de Carqueiranne. Cela peut aussi être intéressant de revenir avec une longue-vue pour chercher les oiseaux dans les falaises et jeter un coup d'oeil en mer. Vous aurez peut-être la chance d'apercevoir quelques puffins au large, un cormoran huppé ou même des grands dauphins.

Le sentier du littoral
Nous revenons sur l'itinéraire pour longer les falaises au milieu du maquis. C'est la partie du parcours la plus vertigineuse. Tenez bien la main des plus petits. Le cadre est splendide et permet d'avoir de jolis points de vue sur la mer et les falaises. Tendez l'oreille pour tenter de repérer le discret monticole bleu. Cette espèce affectionne particulièrement les milieux rupestres.

Pour terminer la boucle vous avez deux options : soit suivre le balisage bleu jusqu'au bout qui finit par rejoindre le sentier de découverte, soit couper par le sentier littoral (balisage jaune). Si vous restez sur le sentier littoral, vous passerez devant une coupe géologique témoignant de la crise permien trias.
La crise Permien Trias

Sur les grés permiens rouges de l'ère primaire, on retrouve les conglomérats du Trias (ère secondaire). Ce passage s'est fait il y a 250 millions d'années. Cet événement majeur, considéré comme la plus grande extinction de masse de l’histoire de la Terre, a vu disparaître près de 90 % des espèces marines et une grande partie des espèces terrestres.
Les formations sédimentaires visibles autour du cap s’inscrivent dans ce contexte géologique ancien : elles traduisent les bouleversements environnementaux liés à d’intenses épisodes volcaniques, à des variations climatiques brutales et à des modifications profondes des écosystèmes marins. La lecture des roches du Cap Garonne permet ainsi de replacer ce site varois dans une histoire planétaire marquée par l’une des plus grandes crises du vivant.
Retour au parking

Tous les sentiers finissent par se rejoindre au niveau de la galerie sud de la mine où se tiennent encore d'anciens bâtiments, et nous voilà de retour, la boucle est bouclée ! Prenez le temps de regarder les roches sur les murets, vous pourrez voir des filons de cuivre.

L'itinéraire découverte
L'itinéraire de découverte permet de découvrir facilement et en mode accéléré les principaux points d'intérêts de Cap Garonne. Idéal avec des enfants ! Le parcours est agrémenté de panneaux pédagogiques présentant l'histoire, la faune et la flore du site.

Le sentier porte le nom de Jean-François Joube, passionné de géologie et acteur engagé dans la valorisation scientifique du Cap Garonne. On y découvre notamment les traces de l’ancienne exploitation du cuivre, qui a marqué durablement le relief et la toponymie locale.

Les affleurements visibles le long du chemin illustrent la complexité géologique du massif : roches sédimentaires, filons minéralisés et structures tectoniques témoignent d’une histoire vieille de plusieurs centaines de millions d’années. Cette lecture du paysage permet de mieux comprendre la formation du littoral varois et les grands bouleversements géologiques qui l’ont façonné.

Le parcours permet de traverser également de beaux espaces de maquis et offre de jolis points de vue sur les falaises.

A visiter : La mine de Cap Garonne
La fin du parcours pédagogique passe devant l'entrée de la mine de Cap Garonne. Ce peut être l'occasion de la visiter. Comptez 20 mn pour cette excursion.
Nichée sur les hauteurs du Cap Garonne, la mine de Cap Garonne constitue en effet l’un des sites minéralogiques les plus remarquables du sud de la France. À la fois exceptionnel par la diversité de ses minéraux et emblématique de l’histoire industrielle locale, ce site offre ainsi une lecture passionnante de plusieurs centaines de millions d’années d’histoire géologique. Alors mettez votre casque et suivez moi !

Une formation géologique ancienne et complexe
Le gisement de Cap Garonne s’inscrit en effet dans un contexte géologique hérité des grands bouleversements tectoniques qui ont affecté la Provence. Les roches visibles sur le site sont principalement d’âge permien (environ 250 à 300 millions d’années). Elles se sont formées dans un environnement continental marqué par un climat aride et par une importante activité tectonique liée à l’ouverture de bassins d’effondrement.
La circulation de fluides hydrothermaux riches en métaux à travers les fractures de ces roches a favorisé la concentration de minerais, notamment de cuivre. Ces solutions minéralisantes ont précipité dans les fissures, formant des filons spectaculaires. Le site est ainsi aujourd’hui mondialement reconnu pour la qualité de ses minéraux secondaires de cuivre : malachite, azurite, brochantite ou encore linarite, qui attirent collectionneurs et scientifiques.

L’altération progressive des minerais primaires sous l’effet de l’oxydation a donné ainsi naissance à ces cristallisations colorées, visibles dans les galeries. Ce phénomène illustre donc parfaitement les processus géochimiques qui transforment un gisement au fil du temps.
Une exploitation marquante au XIXᵉ siècle

Si des traces d’exploitation ancienne sont évoquées dès l’Antiquité, c’est surtout au XIXᵉ siècle que la mine connaît son apogée. L’essor industriel et les besoins croissants en cuivre — utilisé notamment pour la construction navale et les installations électriques — stimulent l’activité extractive.
Les galeries sont creusées à flanc de falaise, parfois dans des conditions difficiles. Le minerai extrait est ensuite transporté et traité, contribuant à l’économie locale. L’exploitation se poursuit par phases successives jusqu’au début du XXᵉ siècle, avant un abandon progressif en raison de la baisse de rentabilité et de la concurrence internationale.

Un patrimoine scientifique et culturel préservé
Aujourd’hui, la mine est valorisée à travers le Musée de la Mine de Cap Garonne, installé directement sur le site. Les visiteurs peuvent ainsi parcourir une partie des galeries et découvrir à la fois l’histoire des mineurs, les techniques d’extraction et la richesse minéralogique exceptionnelle du gisement.

💡Astuce : si vous n'avez pas le temps de visiter la mine, prenez le temps d'admirer les éboulements et les entrées de galeries visibles également depuis le sentier.

Conseils pour préserver le site
La Colle Noire et le Cap Garonne sont des espaces sensibles :
- Rester sur les sentiers balisés
- Tenir les chiens en laisse
- Ne pas cueillir les plantes
- Respecter les périodes de risque incendie
La préservation de ces milieux garantit la survie des espèces qui y trouvent refuge.
Conclusion : un massif incontournable dans le Var
Entre mer et maquis, la Colle Noire et le Cap Garonne constituent l’un des ensembles naturels les plus intéressants du Var. Moins connu que d’autres sites provençaux, ce massif offre pourtant une richesse écologique et paysagère remarquable.
Pour qui souhaite observer la faune méditerranéenne, découvrir une flore adaptée aux milieux secs ou simplement profiter d’une randonnée panoramique face à la mer, la Colle Noire est une destination incontournable du littoral varois.