Observer les oiseaux au Creek salé de Pouembout. A la sortie du village de Pouembout, une piste conduit à la mise à l’eau de Creek salé. Elle est particulièrement intéressante pour les ornithos. Le site rappelle à bien des égards les ambiances camarguaises. La meilleure période pour le birdwatching est l’été austral entre le mois de novembre à la fin février. Quelques limicoles du Paléarctique viennent ici pour fuir l’hiver de l’hémisphère Nord.
Les zones agricoles
Nous traversons tout d’abord des zones de vastes prairies dévouées à l’élevage. Ces milieux dégradés attirent des espèces introduites. On y rencontre les martins tristes, appelés ici merles de moluque, les bengalis et les capucins donacoles.
Ces espaces ouverts sont le terrain de chasse de prédilection pour les rapaces. Milans siffleurs et busards de Gould sont nombreux à survoler ce territoire. Il est également possible d’observer l’Autour australien perché à l’affût sur un piquet ou un arbre. La nuit tombée, c’est au tour des chouettes effraies de se poster sur les poteaux électriques à l’affût de leur proie.
Milan siffleur
Le milan siffleur (Haliastur sphenurus) est l’un des rapaces les plus communs d’Australie et du sud du Pacifique. Il est présent notamment en Nouvelle-Calédonie. Il est facilement reconnaissable à sa silhouette élancée et à sa longue queue légèrement arrondie. Ce rapace de taille moyenne mesure environ 50 à 60 cm de long pour une envergure pouvant dépasser 140 cm. Son plumage brun chaud, parfois légèrement roussâtre, contraste avec la tête plus claire.
Le nom de « milan siffleur » provient de son cri caractéristique, un sifflement aigu et plaintif que l’on entend souvent lorsqu’il plane au-dessus des paysages ouverts. Opportuniste, il se nourrit d’une grande variété de proies : petits vertébrés, insectes, poissons morts ou charognes. Cette capacité d’adaptation lui permet d’occuper des milieux très variés. Il fréquente notamment les savanes, les zones agricoles, les mangroves et les abords des rivières.
En Nouvelle-Calédonie, le milan siffleur est souvent observé planant au-dessus des plaines de la côte ouest. Il est présent dans les savanes autour de Pouembout et de Bourail ou le long des routes . Il profite des courants ascendants pour rechercher de la nourriture. Son vol élégant et ses cris caractéristiques en font l’un des rapaces les plus visibles et les plus familiers du paysage calédonien.
Busard de Gould
Le busard de Gould (Circus approximans), également appelé busard du Pacifique, est l’un des principaux rapaces diurnes présents en Nouvelle-Calédonie. Ce rapace élancé mesure environ 50 à 60 cm de longueur pour une envergure pouvant atteindre 120 cm. Comme chez de nombreux busards, la femelle est généralement plus grande que le mâle. Le plumage est brun sombre avec des taches plus claires. L’oiseau présente souvent une bande blanchâtre caractéristique au niveau du croupion visible en vol.
Le busard de Gould se reconnaît facilement à son vol bas et lent, lorsqu’il rase la végétation en effectuant de larges cercles à la recherche de proies. Il chasse principalement de petits vertébrés : rongeurs, lézards, oiseaux, mais aussi de gros insectes. Opportuniste, il peut également consommer des carcasses ou des animaux blessés.
En Nouvelle-Calédonie, il fréquente surtout les milieux ouverts, comme les savanes, les zones agricoles ou les marais. On l’observe régulièrement dans les plaines et les paysages herbeux de la côte ouest. C’est le cas autour de Pouembout et dans les grandes étendues de savane de la Grande Terre.
Les vasières et prés salés
La piste finit par aboutir à des zones de vasières et de près salés. Ces espaces attirent les limicoles fuyant l’hiver de l’hémisphère nord. On peut observer au courant du mois de février de beaux effectifs de pluviers fauves, tounepierres à collier, bécasseaux à cou roux, bécasseaux à queue pointue, barges rousses, courlis corlieu, parfois même un chevalier guignette !
Bécasseau à queue pointue
Le bécasseau à queue pointue (Calidris acuminata) est un petit limicole migrateur qui parcourt chaque année des milliers de kilomètres entre ses zones de reproduction arctiques et ses quartiers d’hivernage dans l’hémisphère sud. Il niche principalement dans les régions de toundra de Sibérie et migre ensuite vers l’Australie et les îles du Pacifique, où il peut être observé notamment en Nouvelle-Calédonie pendant la saison non reproductrice.
Ce bécasseau mesure environ 18 à 22 cm de long pour une envergure d’environ 40 cm. Il se reconnaît à sa silhouette élancée, à son plumage brun finement strié et surtout à sa queue pointue, qui lui vaut son nom. En plumage internuptial, il présente des tons brun-gris plus discrets, tandis que le plumage nuptial montre des teintes plus roussâtres avec des motifs marqués sur la poitrine.
Le bécasseau à queue pointue fréquente surtout les zones humides côtières : vasières, lagunes, marais salants et estuaires. En Nouvelle-Calédonie, on peut l’observer sur certaines zones littorales du lagon et dans les marais côtiers où il se nourrit de petits invertébrés, de vers et de crustacés qu’il capture en sondant la vase avec son bec fin.
Pluvier fauve
Le pluvier fauve (Pluvialis fulva) est un limicole migrateur qui parcourt chaque année d’immenses distances entre ses zones de reproduction arctiques et ses quartiers d’hivernage dans les régions tropicales du Pacifique. Il niche principalement dans la toundra de Sibérie et d’Alaska, puis migre vers l’Asie du Sud-Est, l’Australie et plusieurs îles du Pacifique, où il est régulièrement observé en Nouvelle-Calédonie.
Ce pluvier mesure environ 23 à 26 cm de long pour une envergure proche de 60 cm. En plumage nuptial, il est particulièrement spectaculaire : le dessous du corps est noir profond tandis que le dos présente un plumage doré moucheté. En dehors de la période de reproduction, son plumage devient plus discret, brun grisâtre avec de fines taches dorées qui lui assurent un excellent camouflage dans les milieux ouverts.
Le pluvier fauve fréquente une grande variété d’habitats côtiers et ouverts. En Nouvelle-Calédonie, on peut l’observer dans les prairies littorales, les vasières, les marais et parfois les pelouses proches du littoral. Il se nourrit principalement d’insectes, de petits crustacés et d’autres invertébrés qu’il capture en marchant rapidement sur le sol, s’arrêtant régulièrement pour repérer ses proies.
Pendant l’hivernage austral, l’espèce se montre souvent en petits groupes, parfois mêlée à d’autres limicoles migrateurs. Sa présence illustre le rôle essentiel des zones humides et des littoraux de Nouvelle-Calédonie comme halte ou zone d’hivernage pour de nombreux oiseaux migrateurs du Pacifique.
Vanneau soldat
D’autres, en revanche, comme le vanneau soldat sont en provenance de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande et peuvent être observés tout au long de l’année. Le vanneau soldat (Vanellus miles), également appelé vanneau masqué, est un limicole terrestre reconnaissable à son apparence distinctive et à son comportement très bruyant. Originaire d’Australie et de Nouvelle-Guinée, il est aujourd’hui bien établi en Nouvelle-Calédonie où il s’est installé au cours du XXᵉ siècle.
Cet oiseau mesure environ 35 à 38 cm de long pour une envergure d’environ 80 cm. Il se distingue par sa tête noire et blanche contrastée, son masque jaune vif autour des yeux et ses longues pattes jaunâtres. Le corps est brun sur le dessus et blanc sur le dessous. Une particularité notable de l’espèce est la présence d’un éperon jaune sur l’aile, utilisé pour se défendre.
Le vanneau soldat fréquente surtout les milieux ouverts : prairies, pâturages, terrains agricoles, bords de routes ou zones humides peu profondes. En Nouvelle-Calédonie, il est souvent observé dans les plaines de la côte ouest, notamment dans les paysages agricoles autour de Pouembout.
Très territorial, il devient particulièrement agressif pendant la période de reproduction. Les adultes n’hésitent pas à pousser des cris puissants et à effectuer des vols d’intimidation pour défendre leur nid installé à même le sol.
La mangrove
Au bout de la piste, nous arrivons au point de mise à l’eau au milieu de la mangrove. Ici commence un nouveau voyage, celui vers le lagon. Le canot file sur les eaux calmes de la rivière. Les yeux aguerris des locaux repèrent les vasières et hauts-fonts qu’il faut connaître pour éviter de s’envaser. Mais c’est dans un autre article que je vous raconterai ces escapades marines.
Les hirondelles messagères virevoltent autour du ponton sous lequel elles nichent. De nombreuses espèces inféodées aux zones humides sont peuvent être observées ici : aigrettes à face blanche, bihoreau cannelle, cormoran pie … Mais également le photogénique martin-chasseur sacré.
C’est en fin de journée que vous profiterez des meilleures lumières, tandis que les pistes rouges s’embrasent dans le soleil déclinant. Au loin, le plateau de Tia domine la plaine de Pouembout, serein et imposant.





































































































