Le vallon des Carmes : un petit paradis au cœur de la Provence verte. Classé en espace naturel sensible, cette succession de cascades dans un écrin de verdure est un véritable joyau provençal. Cette mosaïque de milieux accueille une flore diversifiée et une faune discrète, souvent inféodée aux zones fraîches et ombragées. À cela s’ajoute un patrimoine historique et culturel remarquable, avec les vestiges d’anciens moulins et tanneries, témoins de l’activité humaine passée.

Itinéraire
Ascent/Descent:
181 m 181 m
Distance:
2.28 km
Conseils pour découvrir le vallon des Carmes

🅿️ Parking : Vous pouvez vous garer sur le grand parking au coeur du village. Attention c'est une zone bleue limitée à 2h. Suffisant pour la balade.
📏 Distance : 2,5 km
⛰️ Dénivelé : 200 m
⏱️ Durée : 2h
⚠️ Ne sortez pas du sentier balisé, les milieux sont extrêmement fragiles.
💡 Conseil : privilégier une visite le matin en semaine au printemps pour éviter l'affluence

Le vallon des Carmes : un espace naturel sensible

🔎 Qu'est-ce qu'un espace naturel sensible ?

Un espace naturel sensible (ENS) est un territoire reconnu pour la richesse de sa biodiversité, la qualité de ses paysages ou la présence d’habitats et d’espèces remarquables, parfois menacés. Mis en place et géré principalement par les départements en France, ce dispositif vise à protéger ces milieux tout en les rendant accessibles au public de manière encadrée. Les ENS jouent ainsi un double rôle : préserver les équilibres écologiques (zones humides, forêts, landes, littoral…) et sensibiliser les visiteurs à l’environnement à travers des aménagements pédagogiques et une gestion durable.

Fermé pendant plusieurs années pour des raisons de sécurité, le vallon des Carmes est de nouveau ouvert au public. Il est cependant impératif de respecter la réglementation pour préserver ce site fragile.

Carte vallon des carmes
Le gouffre aux Epines

Vendredi 3 avril, nous profitons d'une belle journée ensoleillée en semaine pour partir à la découverte de ce site magique. Nous nous garons au coeur du village et montons à travers les ruelles en suivant les panneaux indiquant l'accès au vallon. Il faut seulement 15 mn pour arriver à l'entrée du site, matérialisée par un portail et des panneaux d'information. Un sentier pénètre dans cet oasis au pied des falaises de tuf.

Nous commençons notre découverte par la cascade du gouffre aux épines. On y accède par un petit gué qui conduit à un ponton face à la chute d'eau.

Vallon des carmes

Le tuf est une roche calcaire poreuse formée par la précipitation du carbonate de calcium contenu dans des eaux riches en minéraux, généralement au niveau de sources, de cascades ou de ruisseaux. Lorsque l’eau circule, elle libère du dioxyde de carbone, ce qui entraîne le dépôt progressif de calcaire sur les mousses, les végétaux et les petits obstacles. Ce processus, lent mais continu, crée des concrétions aux formes variées, parfois en cascades ou en vasques. Très léger et friable, le tuf est caractéristique des milieux humides et joue un rôle écologique important en offrant des habitats spécifiques à de nombreuses espèces végétales et animales.

Sentier le long des ruisseaux

Nous revenons sur nos pas pour regagner le sentier principal. Nous longeons le ruisseau où il est possible d'observer le cincle plongeur ainsi que la bergeronnette des ruisseaux. La végétation dense abrite et la belle ripisylve qui se déploie au-dessus de nous sont le refuge de nombreuses espèces comme le rougegorge familier, le pic vert ou encore le troglodyte mignon. Bientôt, résonnera le chant puissant du rossignol philomèle. Il n'y a plus que quelques jours à patienter pour que ce migrateur regagne ses sites de nidification.

Ripisylve de Barjols

Les pluies abondantes de l'hiver ont gorgé le site en eau et l'eau ruissèle en tous sens le long des falaises créant une ambiance quasi-tropicale. J'ai l'impression, l'espace d'un instant, d'être de retour dans le Pacifique sud et l'image des trous bleus du Vanuatu ou des île des Loyauté me reviennent en mémoire. Mais c'est le chant d'un pouillot véloce qui me tire de ma rêverie. Nous sommes bien dans le Paléarctique.

Un dernier gué permet de grimper une petite pente aménagée en escaliers. Direction l'étage suivant où nous attend un autre spectacle.

La cascade des Carmes

Le sentier débouche sur un ponton face à la célèbre cascade des Carmes. Il faut avouer que le site est vraiment envoûtant. L'eau entre le turquoise et le vert contraste avec les nuances oranges des falaises. Par chance, aujourd'hui il n'y a personne (ce qui est très rare !) et c'est en toute sérénité que je profite de ce cadre.

Cette cascade constitue ainsi un exemple typique de système de cascade pétrifiante active. Elles est liée à la dynamique de dépôts carbonatés. L’eau, issue de sources karstiques riches en bicarbonates de calcium, subit un dégazage du CO₂ au contact de l’air et sous l’effet de l’agitation. Ce processus physico-chimique entraîne alors la précipitation de carbonate de calcium (CaCO₃). Il forme ainsi progressivement du tuf. Ce dépôt s’effectue préférentiellement sur des supports biologiques, notamment les bryophytes (mousses), qui jouent un rôle essentiel en tant que substrat et catalyseur de la calcification.

Il en résulte une structure en édifices poreux et stratifiés, en constante évolution, où alternent micro-barrages, vasques et draperies calcaires. Ce type d’habitat, relevant des formations à tuf des eaux courantes, est considéré comme d’intérêt patrimonial en Europe. Sur le plan écologique, la cascade génère un microclimat hygrométrique stable, favorisant une flore spécialisée (mousses calcicoles, hépatiques, fougères comme Adiantum capillus-veneris) et une faune inféodée aux eaux fraîches et bien oxygénées.

La sensibilité de ces formations à la perturbation (piétinement, modification du régime hydrique) en fait un milieu particulièrement vulnérable nécessitant une gestion conservatoire adaptée.

La grotte et le couvent des Carmes

Nous poursuivons la balade en direction du couvent. Nous croisons le sentier qui part vers la droite en direction de la croix du Castellas. Mais nous n'avons pas le temps aujourd'hui pour cet itinéraire. Ce sera pour une prochaine. Nous poursuivons donc en direction du couvent.

La grotte et le couvent des Carmes forment un ensemble patrimonial étroitement lié au fonctionnement hydrogéologique du vallon. La grotte correspond à une cavité d’origine karstique, creusée dans les formations calcaires par la circulation d’eaux chargées en dioxyde de carbone. Ce processus de dissolution, caractéristique des milieux karstiques, a façonné des galeries et des abris naturels où l’humidité reste constante, créant un microclimat particulier favorable à certaines espèces cavernicoles et hygrophiles.

À proximité immédiate, le couvent des Carmes, fondé au XVIIe siècle, s’inscrit dans ce contexte naturel en tirant parti de la ressource en eau abondante. Les religieux ont exploité les sources et les aménagements hydrauliques pour leurs besoins quotidiens, mais aussi pour des activités artisanales locales, notamment les tanneries et moulins qui ont fait la réputation de Barjols.

Un refuge pour les chiroptères

Les cavités et les milieux forestiers humides constituent des habitats favorables à plusieurs espèces de chauves-souris, ou chiroptères. Bien que les inventaires précis puissent varier, on retrouve typiquement dans ce type de contexte méditerranéen et karstique des espèces comme le Petit rhinolophe, très lié aux cavités souterraines et aux bâtiments anciens, ou encore le Grand rhinolophe, qui utilise les grottes comme gîtes de reproduction ou d’hibernation.

Les milieux boisés et les lisières du vallon accueillent également des espèces du genre Myotis, comme le Murin de Daubenton. Il est souvent associé aux cours d’eau. Il chasse les insectes à la surface. On peut aussi citer des espèces plus ubiquistes comme la Pipistrelle commune, fréquemment observée en chasse au crépuscule le long des ruisseaux et des clairières.

Ces espèces sont toutes protégées en France et particulièrement sensibles aux dérangements, notamment dans les gîtes souterrains. La combinaison de cavités, d’eau permanente et d’une forte densité d’insectes fait du vallon des Carmes un habitat particulièrement favorable à ces mammifères nocturnes.

La grotte de l'Ermitage

Nous terminons le parcours en dessous de la route de Draguignan. On accède à un joli point de vue sur le ruisseau qui s'écoule en formant de profondes vasques.

Retour au village : Barjols le village aux 30 fontaines

Nous revenons sur nos pas et repassons au-dessus de la cascade des Carmes.

Difficile de résister à l'envie de refaire des images !

Mais il est temps de regagner le village et nous en profitons pour le visiter. Le village de Barjols entretient un lien exceptionnel avec l’eau, qui constitue l’un des fondements de son identité historique et paysagère. Surnommé le « village aux 30 fontaines », Barjols est alimenté par de nombreuses sources karstiques issues du plateau environnant, dont les eaux abondantes ont permis l’installation d’un réseau dense de fontaines, lavoirs et canaux à travers le bourg.

Barjols en Provence verte

Cette richesse hydrique s’explique par la nature calcaire du sous-sol, favorable à la circulation et au stockage des eaux souterraines. Ces eaux émergent sous forme de résurgences, souvent riches en carbonate de calcium, participant localement à la formation de tuf. Historiquement, cette ressource a été exploitée pour alimenter moulins, tanneries et ateliers, faisant de Barjols un centre industriel important dès le Moyen Âge.

Aujourd’hui encore, l’omniprésence de l’eau façonne le microclimat urbain, favorise une végétation luxuriante et confère au village un caractère unique, où patrimoine naturel et héritage humain sont étroitement imbriqués.

🔎 Pour en aller plus loin, découvrez mon article sur les plus belles cascades du Var

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