Randonnée au Mourré d’Agnis. Situé sur la commune de Mazaugues, au cœur du Parc naturel régional de la Sainte-Baume, le Mourre d’Agnis est un petit sommet boisé qui domine les paysages sauvages de l’arrière-pays varois. Cette randonnée permet de découvrir un territoire encore préservé, entre forêts méditerranéennes, reliefs calcaires et plateaux ponctués d’anciennes traces d’activités humaines.
Le sentier serpente à travers les bois de chênes et de pins avant d’atteindre les hauteurs du Mourre d’Agnis, d’où l’on profite d’un panorama exceptionnel sur la Provence et les reliefs du massif de la Sainte-Baume.
Itinéraire
Ascent/Descent: | Distance: 16.86 km |
Conseils pratiques

🅿️ : Point de départ au parking le long de la D64
📈: + 760 m
📏: 17 km
⚠️ : Le sentier pour redescendre du plateau n'est pas toujours très bien balisée et assez raide. Déconseillée pour les enfants.
⏱️: 5h
Pour en savoir plus, consultez le site du Parc naturel régional de la Sainte-Baume
Ascension au milieu de la forêt de chênes pubescents
La première partie du parcours serpente au milieu de la forêt, royaume des loups et des chevreuils. La végétation du massif est particulièrement variée en raison de la fraîcheur du site et de sa forte pluviométrie. On alterne entre milieux typiquement méditerranéens et des espèces que l'on rencontre généralement plus au nord comme l'if ou le pin sylvestre. Cette diversité a d'ailleurs justifié le classement en ZNIEFF de ce massif.
Parmi les espèces de plante emblématique, notons la présence de l'aliboufier. Le massif de la Sainte-Baume constitue en effet la seule station française de cette espèce. Vous pourrez ainsi l'observer dans un autre secteur du parc : la forêt des Morières.
Sur les crêtes
Nous finissons par arriver sur le plateau où la vue se dégage sur toute la Provence, de la mer au sud et les monts toulonnais jusqu'à la Sainte-Victoire et les sommets alpins au nord. Vers l'Ouest, on peut suive des yeux le déroulé de la crête qui se prolonge vers le massif de la Sainte-Baume.
Le plateau d'Agnis est le plus vaste plateau surélevé de basse Provence et s'étend sur 35 km2. Un beau terrain de jeu ! Intéressant entre mars et avril pour l'observation des papillons, il accueille également de nombreuses espèces d'oiseaux comme le circaète ou en hiver l'accenteur alpin. Il constitue une zone de chasse pour des espèces emblématiques comme le rare Aigle de Bonelli. Prenez le temps de scruter les falaises, vous pourrez peut-être apercevoir quelques chamois.

Le sentier bien marqué longe la crête offrant de nombreux points de vue sur les rochers aux formes parfois étranges, témoins de la complexité géologique de ce massif calcaire. On passe ainsi à proximité d'un terrain marneux au faciès caractéristique, comme la marque d'identité du massif.

Le Mourré d'Agnis
On finit par arriver au Mourré d'Agnis qui culmine à 866 m. Littéralement le "rocher de l'agneau", ce nom est le témoin de l'importance de l'activité pastorale dans la région. On crois d'ailleurs d'anciennes fermes et bergeries sur le trajet. Cette tradition est d'ailleurs toujours d'actualité et il peut arriver de croiser des troupeaux accompagnés de leur chiens de protection. C'est ici, sur ce petit sommet, que se dresse une construction en pierres sèches. Il s'agirait d'une des pyramides de Cassini utilisées pour la triangulation géodésique de la France au XVIIIème siècle.

Descente vers la plaine
A partir de la pyramide, le sentier est moins bien marqué mais toujours présent. Il finit par descendre le long d'une pente raide et glissante. Le passage est certes court mais c'est le seul délicat de l'itinéraire.

La pente finit par s'adoucir et traverse un petit bois de conifères. Dans cette partie ombragée, quelques mésanges noires poussent leur chant. Espèce commune en montagne, elle se fait en revanche plus rare dans le Var mais trouve dans cette zone fraîche des conditions propices. C'est aussi ici que des anémones hépatiques ont également trouvé refuge.
L’Anémone hépatique
Petite plante vivace discrète mais remarquable des sous-bois européens. Elle fleurit très tôt au printemps, parfois dès la fin de l’hiver, lorsque ses délicates fleurs bleu violacé – plus rarement blanches ou rosées – émergent au-dessus d’un tapis de feuilles trilobées évoquant la forme d’un foie, à l’origine de son nom. Cette espèce affectionne les forêts fraîches et les sols calcaires, où elle pousse à l’ombre des arbres dans les hêtraies, chênaies ou forêts mixtes. En Provence, l’anémone hépatique reste assez localisée et se rencontre surtout dans les massifs forestiers bien préservés, notamment dans le Parc naturel régional de la Sainte-Baume ou dans certains secteurs montagneux des Préalpes. Sa floraison précoce en fait l’une des premières messagères du printemps dans les sous-bois provençaux.

La plaine
On finit par déboucher sur une vaste prairie sillonée par des ruisseaux alimentant des abreuvoirs. C'est en effet au pied de ce plateau que naissent de nombreuses sources comme celles du Caramy et de l'Issole. D'anciennes ruines ombragées par les figuiers depuis longtemps oubliés rappellent au promeneur les activités agricoles passées.



La piste devient large et bien marquée. Nous marchons jusqu'à la cabane pastorale de Mazaugues devant laquelle une table de pique-nique a été installée.

Nous sommes au carrefour de plusieurs sentiers. D'ici on peut rejoindre le massif de la Sainte-Baume ou redescendre à Mazaugues. C'est l'option que nous choisissons, une boucle de 17 km c'est déjà bien !
La végétation sur les roches acides
La piste traverse des versants ensoleillés où se développe une végétation que l'on rencontre plutôt dans les milieux de maquis : cistes cotonneux, arbousiers ... Les roches dolomitiques su site sont en effet acides et propices à ces plantes.

La piste offre de jolis points de vue dégagés sur le massif. Cela permet de se donner une idée de ce que nous avons traversé ce matin. Cela fait une sacrée trotte quand même !

Alors que nous avons eu un hiver froid, le soleil fait enfin son retour. Nous sommes fin février, et enfin, les papillons se montrent. Quelques citrons de Provence, espèce sédentaire, profitent comme nous de ces rayons de soleil tant attendus.

Arrivée à Mazaugues.
Nous finissons par retrouver la civilisation. Une route goudronnée qui longe des villas avant d'arriver à la départementale que nous devons suivre jusqu'au village. Mazaugues possède une histoire originale liée à l’exploitation de la glace naturelle. Dès le XVIIᵉ siècle et surtout aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, les conditions climatiques fraîches du plateau et l’abondance de sources ont favorisé la construction de nombreuses glacières, de vastes puits de pierre destinés à conserver la glace récoltée en hiver.
Lorsque les températures chutaient, l’eau gelée dans des bassins était découpée en blocs puis stockée dans ces glacières, isolées par de la paille et de la végétation. La glace ainsi conservée pouvait être gardée plusieurs mois avant d’être transportée vers les villes de Provence, notamment vers Toulon et Marseille, où elle servait à rafraîchir les aliments, préparer des boissons ou répondre aux besoins médicaux.
Aujourd’hui encore, plusieurs de ces glacières sont visibles autour de Mazaugues et témoignent de cette activité autrefois essentielle. Elles constituent un patrimoine rural remarquable, rappelant une époque où la glace, bien avant l’invention des réfrigérateurs, était une ressource précieuse exploitée dans les montagnes de la Sainte-Baume.

Depuis le village, on récupère le GR qui monte en direction du château médiéval datant du XIIème siècle et classé en espace naturel sensible. Nous voilà de retour au parking. La boucle est bouclée ! Pour continuer la balade, je vous invite à lire mon article TOP 10 dans le parc naturel régional de la Sainte-Baume