Les zones steppiques de la province de Lérida, situées dans la plaine intérieure de la Catalogne, constituent un écosystème unique en Méditerranée occidentale, caractérisé par des prairies semi-arides, cultures céréalières extensives et friches ponctuelles. Ces milieux ouverts offrent un habitat privilégié pour une avifaune spécialisée et parfois rare, dont la présence est intimement liée à la continuité écologique et à la faible intensité des pratiques agricoles.

Parmi les espèces emblématiques, on peut citer le faucon crécerellette (Falco naumanni), le cochevis huppé (Galerida cristata), le pipit rousseline (Anthus campestris), la caille des blés (Coturnix coturnix), ainsi que l’outarde canepetière (Tetrax tetrax), dont les populations locales comptent parmi les plus significatives de Catalogne. Ces zones steppiques, bien que fragiles, représentent un réservoir de biodiversité essentiel, offrant aux ornithologues avertis des observations privilégiées de nicheurs et de migrateurs dans un cadre agricole préservé.

Mon carnet de voyage autour de Lérida

24 février. Après avoir quitter le delta de l’Ebre, nous arrivons dans la région de plaine au sud de Lérida. Cette zone dessine un triangle entre Torrebesses, Castelldans et Torres de Segre. L’intensification de l’agriculture a nettement modifié les milieux, mais il reste quelques lambeaux de steppes originelles. Il est possible d’y observer le Ganga cata et le Ganga unibande, les différentes espèces d’alouettes dont la calandre et le Sirli de Dupont. A l’Ouest, s’étend l’embalse de Utxesa bordée de roselières.

Castelldans
Castelldans
Les petites routes au sud de Castelldans

Nous parcourons les petites routes au sud de Castelldans. Un groupe de grues survole la plaine. Un couple de crave, perché sur un cabanon, surveille le paysage balayé par le vent. Le Cochevis huppé est omniprésent.

Cochevis huppé - Castelldans
Cochevis huppé – Castelldans

Au petit matin, le vent s’est un peu calmé et nous prospectons la piste qui permet de joindre Castelldans à Aspa. Un Aigle royal immature est posté sur les blocs rocheux.

Aigle royal - Castelldans
Aigle royal – Castelldans

Dans les petites gorges au pied du village perché, il est possible d’observer le Traquet rieur, mais nous ne le trouvons pas. En revanche, nous repérons un mâle de Monticole bleu.

Alfès
Alfès
Sunyer

Nous poussons jusqu’à Sunyer. Ici, nous traversons de vastes champs de céréales. Un groupe d’une quarantaine d’Outardes canepetières décolle pour se reposer un peu plus loin. Seule leur tête dépasse de la végétation.

Artesa de Lleida
Artesa de Lleida
Outardes canepetières
Outardes canepetières

Dans le même champ, deux craves à bec rouge s’alimentent en compagnie d’importants groupes d’Alouettes des champs et calandres, Linottes mélodieuses et Chardonnerets élégants.

Crave à bec rouge
Crave à bec rouge
Sunyer
Sunyer

Des vergers succèdent aux céréales. La terre, fraichement retournée entre les rangées d’arbre attire les Milans royaux à la recherche de micro-mammifères.

Sunyer
Sunyer
Milan royal - Sunyer
Milan royal – Sunyer

Nous finissons notre tour par l’embalse. Une piste interdite à la circulation permet de longer la retenue et d’accéder aux différents observatoires. 4 Busards des roseaux se livrent à une partie de chasse. Peu d’espèces notables, les classiques des zones humides : Héron cendré, Grande Aigrette, Grèbe huppé, Cygne tuberculé …

Après le repas, nous quittons la Catalogne : direction l’Aragon et le site de Los Monegros.

Espèces observées dans les plaines de Lleida : Grue cendrée 30, Tarier pâtre, Cochevis huppé, Alouette calandre, Alouette des champs, Pipit farlouse, Linotte mélodieuse, Verdier d’Europe, Bruant proyer, Bruant des roseaux, Bouscarle de Cetti, Pic vert, Crave à bec rouge, Corneille noire, Pie bavarde, Bergeronnette grise, Grive musicienne, Merle noir, Étourneau sansonnet, Moineau domestique, Outarde canepetière 40, Busard des roseaux 7, Aigle royal 1, Milan royal 10, Buse variable 1, Faucon crécerelle 2, Fauvette mélanocéphale, Huppe fasciée, Poule d’eau, Héron cendré 2, Grande Aigrette 2, Cygne tuberculé 3, Grèbe huppé 1, Martin pêcheur 1, Colvert, Tourterelle turque, Pigeon ramier, Cigogne 100, Goéland leucophée, Monticole bleu 2, Mésange charbonnière, Grand Cormoran 10.

Mes photos autour de Lérida
Présentation des habitats et du statut écologique

Les steppes de Lérida se caractérisent par des paysages ouverts et fragmentés, où alternent champs cultivés, jachères, haies et petits bosquets. Ces mosaïques créent des micro-habitats favorables à la nidification et à l’alimentation des espèces steppiques. Bien que certaines zones soient en exploitation agricole, elles sont intégrées dans le réseau Natura 2000, garantissant la protection des espèces et habitats menacés, notamment l’outarde canepetière, le faucon crécerellette et le cochevis huppé.

Espèces emblématiques à observer
Oiseaux nicheurs et steppiques
  • Faucon crécerellette (Falco naumanni) : présent de mars à septembre, niche dans les bâtiments et champs ouverts, chasse insectes et petits vertébrés.
  • Outarde canepetière (Tetrax tetrax) : niche sur les jachères et prairies sèches, observée surtout avril–juin.
  • Cochevis huppé (Galerida cristata) et pipit rousseline (Anthus campestris) : utilisent les zones à herbe rase pour nidifier.
  • Caille des blés (Coturnix coturnix) : discrète, détectable par ses chants au lever du jour.
  • Alouette calandrelle et pipit farlouse : fréquentes dans les cultures extensives et friches, visibles toute l’année.
Un bon spot pour observer les gangas

Les zones steppiques autour de Lérida accueillent effectivement deux espèces de ganga, toutes deux emblématiques des steppes méditerranéennes et d’Europe occidentale : la ganga unibande (Pterocles orientalis) et la ganga cata (Pterocles alchata)

Observation
  • Période idéale : avril–juin pour la nidification, mars et juillet pour les observations périphériques et les vols.
  • Comportement : discrètes et difficiles à approcher, mieux observées à longue distance avec jumelles ou longue-vue.
  • Zones : plaine de Lérida autour de Raimat, Alcarràs, Soses et petites friches agricoles semi-arides.
Ganga cata (Pterocles alchata)
Ganga cata – Pterocles alchata – Crau (13)

La ganga cata est la plus fréquente et régulière dans les steppes de Lérida. Elle niche dans les sols pierreux ou sablonneux, souvent en périphérie des champs de céréales et sur des terrains semi-arides peu végétalisés. Elle forme généralement de petites colonies clairsemées et reste discrète en journée, se révélant surtout lors des vols de nourrissage matinaux et crépusculaires. Sa période de nidification s’étend d’avril à juillet, et elle produit 2 à 3 œufs par couvée, incubés par les deux parents. Les effectifs locaux sont relativement stables mais restent modestes, avec plusieurs dizaines de couples recensés selon les relevés récents.

Ganga unibande (Pterocles orientalis)

La ganga unibande est plus rare et localisée dans la région de Lérida. Elle fréquente les mêmes habitats ouverts que la ganga cata, mais elle préfère les terrains plus ouverts et les sols légèrement sableux. Sa nidification est similaire, avec œufs déposés dans de petites dépressions au sol. Cette espèce est sensible aux perturbations humaines et aux changements dans l’usage agricole, ce qui rend ses populations très fragmentées. En Catalogne, elle est considérée comme vulnérable, avec seulement quelques dizaines de couples observés de manière régulière.

Migration et hivernage

Certaines friches et parcelles céréalières accueillent également des passages migratoires et des oiseaux hivernants comme les pipits et les cailles, offrant des opportunités d’observation à l’automne et en hiver.

Observation et itinéraires naturalistes
  • Raimat, Soses et Alcarràs : prairies ouvertes et cultures extensives pour le faucon crécerellette et le pipit rousseline.
  • Jachères périphériques et friches : nidification de l’outarde canepetière et du cochevis huppé.
  • Haies et bosquets : corridors pour les passereaux migrateurs et refuge pour micromammifères.
Conseils pratiques
  • Jumelles 8×42 ou 10×42, longue-vue pour observer les oiseaux au loin.
  • Guide d’identification et carnet de notes.
  • Vêtements discrets, chapeau et protection solaire.
  • Téléobjectif 300 mm minimum pour les photos.
  • Respect des zones cultivées et des sentiers, surtout pendant la nidification.

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