La plaine des Maures : une faune riche et variée. Ambiance africaine au centre du Var ! J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cette réserve naturelle nationale des Maures. Elle s’étend sur 5276 ha et comprend une large mosaïque d’habitats : chênaies, dalles de grés, pelouses à orchidées, mares temporaires, ruisseaux, ripisylves, vignobles, maquis, pinèdes … Cet ensemble de paysages abrite de nombreuses espèces animales et végétales. Certaines ont une haute valeur patrimoniale comme la Tortue d’Hermann, le Lézard ocellé, le Ciste crépu. Le printemps est sans doute la meilleure période pour visiter la réserve. Les pelouses sont recouvertes d’orchidées comme la Serapia négligée.
Une faune emblématique
Le lézard ocellé
Le Lézard ocellé est le plus grand lézard d’Europe, emblématique des paysages méditerranéens du sud de la France. Reconnaissable à sa silhouette robuste et à sa livrée spectaculaire. Il arbore une coloration verte ponctuée de larges ocelles bleues cerclées de noir, particulièrement visibles chez les adultes. Les mâles, souvent plus massifs, peuvent atteindre plus de 60 cm de longueur totale, queue comprise.
Espèce thermophile, le lézard ocellé affectionne les milieux ouverts et ensoleillés. C’est le cas des garrigues, les pelouses sèches, les lisières de pinèdes. Il y trouve à la fois des abris — terriers, amas de pierres ou buissons denses — et une abondance de proies. Son régime alimentaire est varié, composé principalement d’insectes, de petits vertébrés et parfois de fruits.
Discret malgré sa taille, il reste difficile à observer, se montrant particulièrement vigilant et rapide à la fuite. La période de reproduction, au printemps, est marquée par des comportements territoriaux et des parades entre mâles. Comme de nombreuses espèces méditerranéennes, il subit les pressions liées à la fragmentation de son habitat, à l’urbanisation et aux incendies. Protégé en France, il constitue un excellent indicateur de la qualité des milieux naturels ouverts et bien préservés.

La Tortue d’Hermann
Egalement menacées, les Tortues d’Hermann (Testudo hermanni) profitent des premières heures chaudes pour s’activer. Elles finissent par se dissimuler dans les buissons où elles resteront durant les heures les plus chaudes. Tendez l’oreille, vous les entendrez peut-être se déplacer ! Vous pourrez prendre plaisir à les observer au milieu de la végétation. Mais attention, il s’agit d’une espèce protégée et vous ne devez ni la déplacer et encore moins la ramasser !
Cette espèce est en effet en voie d’extinction, victime en partie de prélèvements mais aussi des incendies, du débroussaillage ou encore des chiens. Nombreuses sont en effet les personnes possédant chez eux des tortues terrestres, mais cette détention est illégale. Malheureusement, en raison de nombreux cas d’hybridation entre les Tortues d’Hermann captives et les autres tortues terrestres, ces tortues présentes dans les jardins ne peuvent être relâchées dans la nature. Le plus prudent est alors de les confier au « Village des tortues » géré par la SOPTOM, qu’il est possible de visiter.

Comment faire la distinction entre les différentes tortues terrestres ?
- Distinguer la Tortue d’Hermann (Testudo hermanii) et la Tortue grecque (Testudo graeca). Le critère principal entre les deux espèces est la présence d’excroissances particulière : l’Hermann possède une griffe kératinisée au bout de la queue, tandis que la grecque présente deux éperons derrière les cuisses. Autre critère : la Tortue grecque présente généralement une écaille supracaudale alors que cette écaille est double chez l’Hermann. Mais attention aux hybrides …
- Distinguer les deux sous-espèces de Tortue d’Hermann : la sous-espèce occidentale, la plus petite, présente dans les Maures Testudo hermanni hermanni, et la sous-espèce orientale, la Testudo hermanni boettgeri. Notre sous-espèce occidentale est la plus menacée et est classée « en danger » par l’UICN. La sous-espèce orientale est plus grande (jusqu’à 28 cm et 4kg) et les bandes sous le plastron sont plus clairsemées.
Cistude d’Europe
Dans les rivières, une autre espèce de tortue peut être observée, il s’agit de la Cistude d’Europe (Emys orbicularis). Egalement protégée, cette tortue est présente dans les cours d’eau de la région méditerranéenne et ne doit pas être confondue avec la tortue à tempes rouges, appelée également tortue de Floride (Trachemys scripta elegans). Cette dernière largement vendue en animaleries pendant une période, a été abondamment relâchée dans les parcs et les rivières. Aujourd’hui considérée comme une espèce invasive, sa détention est illégale et des programmes d’élimination sont testés sur certains sites.

Les autres reptiles et amphibiens
D’autres reptiles fréquentent bien entendu la plaine des maures : le Lézard vert (Lacerta bilineata) (à ne pas confondre avec le Lézard ocellé), le Lézard des murailles (Podarcis muralis), mais aussi le discret Psammodrome d’Edwards, appelé aussi Psammodrome hispanique (Psammodromus hispanicus) – Fiche INPN.

Les couleuvres peuvent aussi être observées comme la Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris) ou la Couleuvre vipérine (Natris maura) qui fréquente les milieux humides.
Dans les mares temporaires de la plaine des Maures, au début du mois de juin, les têtards de Crapaud calamite (Bufo calamita) arrivent à terme : de nombreux petits crapauds miniatures se promènent alors autour des points d’eau commençant à s’assécher, condamnant à mort les larves et têtards en cours de formation.

Les oiseaux de la plaine des Maures
Les pies-grièches
Du point de vue ornitho, la plaine accueille un intéressant panel d’espèces. Trois espèces de pie-grièche y sont nicheuses : la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis), la Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator senator) (la plus représentée sur le site) et la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio). Vous pourrez les observer dans les milieux ouverts, perchées sur un buisson ou un arbuste.

Plus rare sur le site, le Bruant ortolan (Emberiza ortulana) (Fiche INPN) est aussi présent sur la réserve. Lors de notre passage, nous n’avons contacté que 2 mâles chanteurs. Parmi les plus colorés, vous pourrez observer le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus) dans les ripisylves, le Rollier d’Europe (Coracias garrulus) dans les milieux agricoles et les vignes, enfin le Guêpier d’Europe (Merops apiaster) à proximité des zones humides.
La présence du lac des Escarcets permet d’ajouter les espèces des zones humides. Depuis les roselières, s’élève le chant saccadé des Rousseroles turdoïdes, tandis que le discret Blongios nain se dissimule dans la végétation.
Les rapaces
Les rapaces ne sont pas de reste. Les Bondrées apivores (Pernis apivorus) paradent et se posent au sol au milieu du maquis à la recherche de nourriture. Les Milans noirs (Milvus migrans) attirés par la décharge toute proche, sont nombreux à survoler à la réserve. L’hiver venu, les Milans royaux (Milvus milvus) prendront la relève.

Les oiseaux nocturnes
Mais bientôt la nuit tombe sur la réserve. C’est au tour du Petit-duc scops et de l’Engoulevent d’Europe d’assurer l’ambiance, annonçant les douces soirées estivales.

Les insectes
La magicienne dentelée
Soyez attentifs, vous pourrez surprendre un autre géant de la réserve : la Magicienne dentelée (Saga pedo). Pouvant atteindre près de 15 cm, cette sauterelle sans aile est le plus grand orthoptère d’Europe. Mais ce n’est pas là sa seule caractéristique : la magicienne est également réputée pour ne compter que des individus femelles. Cette prédatrice se reproduit en effet par parthénogénèse et n’a donc pas besoin de mâle. Appelée également Langouste de Provence, elle affectionne les guarrigues et les pelouses thermophiles du sud de la France. Mais pourquoi magicienne ? Intimidée, cette sauterelle se dresse sur ces pattes postérieures en bougeant ses bras tel un magicien vous jetant un sortilège ! Malheureusement cette technique ne lui a pas permis d’échapper aux nombreuses menaces. Aussi est-elle aujourd’hui considérée comme espèce menacée. Elle est intégralement protégée.

Les libellules
Autour du lac des Escarcets, prenez le temps d’observer les libellules. De nombreuses espèces fréquentent la plaine des Maures, comme la jolie trithémis annelée, espèce tropicale en expansion.

Les papillons
La diane
La Diane, ou Zerynthia polyxena, est un papillon emblématique des milieux méditerranéens et continentaux chauds, reconnaissable à sa silhouette élégante et à ses ailes jaune pâle finement marbrées de noir, ponctuées de taches rouges caractéristiques. Appartenant à la famille des Papilionidés, elle évoque par son allure les grands porte-queues, bien qu’elle en soit dépourvue.
Espèce printanière, la Diane vole généralement entre mars et mai, fréquentant les prairies sèches, les lisières, les friches et les clairières ensoleillées, notamment dans des secteurs comme la Plaine des Maures. Sa biologie est étroitement liée à la présence des aristoloches, plantes hôtes sur lesquelles la femelle pond ses œufs et dont se nourrissent les chenilles. Ces plantes toxiques confèrent d’ailleurs au papillon une certaine protection contre les prédateurs.
Discrète mais localement bien présente, la Diane adopte un vol assez lent, souvent à faible hauteur, ce qui permet de l’observer lorsqu’elle butine ou se déplace entre deux zones favorables. Protégée en France, elle est sensible à la disparition de ses habitats et à la raréfaction de ses plantes nourricières, ce qui en fait une espèce indicatrice de milieux ouverts riches et préservés.
Une flore diversifiée
La Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures se distingue par une flore d’une richesse exceptionnelle, étroitement liée à la diversité de ses milieux et à son régime climatique méditerranéen marqué. Entre sols siliceux, dépressions temporairement inondées et zones plus sèches, la végétation offre un calendrier de floraisons particulièrement étalé, faisant de ce territoire un haut lieu botanique du sud de la France.
Les premières floraisons
Dès la fin de l’hiver et au début du printemps (février à mars), les premières floraisons apparaissent avec l’Iris nain, accompagné par des espèces précoces comme la Romulée de Provence et les premières Asphodèles. Ces plantes colonisent les pelouses sèches et profitent des sols encore humides après l’hiver.

Les orchidées
Entre mars et mai, la diversité floristique atteint son apogée avec une profusion d’orchidées sauvages. Aux côtés des Sérapias négligés, on observe différentes espèces comme l’Orchis bouc, l’Ophrys abeille ou encore l’Ophrys miroir, chacune adaptée à des micro-habitats spécifiques.

Les plantes typiques du maquis
Cette période voit également la floraison de nombreuses plantes caractéristiques du maquis, comme la Ciste de Montpellier et la Lavande des Maures, qui colorent intensément le paysage.

Les plantes des zones humides
Dans les zones humides temporaires, particulièrement riches mais éphémères, se développent des espèces rares et spécialisées. L’Isoète de Durieu occupe les mares en eau durant l’hiver et le début du printemps. À ses côtés, la Renoncule de Revelière fleurit entre fin mars et mai,. Elle est accompagnée d’autres plantes hygrophiles comme la Cicendie naine ou la Pulicaire commune, qui apparaissent lorsque l’eau se retire progressivement.
La Renoncule de Revelière
La Renoncule de Revelière est une espèce annuelle inféodée aux mares temporaires oligotrophes sur substrats siliceux, caractérisées par un régime hydrique très contrasté. Sa répartition, strictement limitée à quelques stations méditerranéennes, en fait un taxon à forte valeur patrimoniale. La Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures constitue aujourd’hui l’un de ses principaux noyaux de population en France. Son cycle biologique, extrêmement court, est étroitement synchronisé avec l’assèchement progressif des dépressions saisonnières, ce qui la rend particulièrement sensible aux modifications hydrologiques et aux perturbations de ces habitats spécialisés.

L’isoète de Durieu
L’Isoète de Durieu est une plante aquatique très rare, appartenant au groupe des isoètes, relictuelles des milieux humides méditerranéens. Elle se développe exclusivement dans les mares temporaires et les petites dépressions inondées, où l’eau reste présente durant l’hiver et le début du printemps. Sa répartition est extrêmement restreinte et fragmentée, la Plaine des Maures constituant l’un de ses principaux sites de conservation en France. Son cycle de vie, parfaitement adapté à l’assèchement estival, lui permet de produire spores avant que les milieux ne disparaissent temporairement. L’espèce est très sensible aux modifications hydrologiques et à l’altération de ses habitats, faisant d’elle un indicateur précieux de la qualité écologique des mares temporaires.

Cette succession de floraisons, du cœur de l’hiver jusqu’au début de l’été, illustre parfaitement l’adaptation des plantes aux conditions contrastées de la plaine. Elle confère à la Plaine des Maures un intérêt botanique majeur, où cohabitent espèces communes et raretés patrimoniales dans un équilibre fragile, intimement dépendant du maintien de ces milieux naturels.
Idée de randonnée pour découvrir la plaine des Maures : le tour du lac des Escarcet

Au fil du sentier, le regard se perd entre les étendues d’eau bordées de roseaux, les collines douces et les reliefs des Maures en arrière-plan. Ce site remarquable, intégré à la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, constitue un véritable refuge pour une biodiversité exceptionnelle, notamment pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de reptiles et d’insectes rares.
Cette balade autour du lac des Escarcets est ainsi une immersion dans un écosystème fragile et fascinant, où chaque saison révèle une ambiance différente, entre lumières changeantes, floraisons discrètes et vie sauvage omniprésente.
Itinéraire
Ascent/Descent: | Distance: 6.10 km |
A ne pas rater dans la plaine des Maures : les cascades de l'Aille
Les Cascades de l’Aille sont un joyau naturel niché au cœur de la Plaine des Maures. Ces chutes d’eau, petites mais pittoresques, se déversent le long de ruisseaux clairs et sinueux. Leur environnement, encore préservé, offre un contraste saisissant entre la fraîcheur des eaux et la chaleur du soleil sur les collines environnantes.
Accessibles par la route. Les cascades de l’Aille offrent un cadre idéal pour l’observation de la faune et de la flore locales. La promenade autour des cascades permet ainsi de combiner le plaisir d’un parcours agréable et la découverte d’un écosystème méditerranéen rare et fragile, marqué par la coexistence de milieux secs et humides à quelques pas l’un de l’autre.
