Les fous de Carry-le-Rouet. La petite ville de Carry-le-Rouet bénéficie ainsi d’un cadre paisible qui en fait sa réputation auprès des touristes. Mais dans le cercle naturaliste, ce port est connu pour abriter les uniques Fous de Bassan de la région.
Un événement ornithologique exceptionnel : la nidification du Fou de Bassan à Carry-le-Rouet
Le Fou de Bassan (Morus bassanus) est un grand oiseau marin pélagique originaire de l’Atlantique Nord, où il niche en colonies denses sur des falaises et îlots rocheux (Écosse, Bretagne, Islande, Canada). En France, la seule véritable colonie se situe en Bretagne dans l’archipel des sept îles. En Méditerranée, en revanche, il est habituellement présent en tant qu’hivernant ou migrateur, sans reproduction locale significative. Les sites naturels favorables à la reproduction (falaises abruptes, îlots isolés) ne sont en effet pas présents dans le bassin méditerranéen.
À Carry-le-Rouet, sur la Côte Bleue, la situation est donc rare — et scientifiquement remarquable. Elle perdure depuis le début des années 2000 : le couple (puis parfois deux couples) de Fou de Bassan nichent régulièrement dans le port. Les oiseaux utilisent notamment des structures artificielles comme digues et radeaux pour installer leurs nids. Ce cas constitue à ce jour le seul exemple confirmé de reproduction régulière en Méditerranée occidentale. Il est bien loin des sites naturels atlantiques habituels !
Historique de la nidification
En 2004, un premier couple reproducteur est noté à Sausset-les-pins. Depuis 2006 et suite à des travaux dans le port, les fous se sont reportés à Carry-le-Rouet. Le couple mène à terme sa reproduction et le jeune bagué prend son envol en septembre. Depuis, un couple se reproduit chaque année auquel vient se rajouter un second en 2014. La nidification des fous est suivie par la LPO PACA qui organise parfois des journées portes-ouvertes pour sensibiliser le public et permettre au grand public d’observer ces oiseaux. En 2025, un à deux couples sont toujours présents et leurs jeunes sont bagués. Cela fait 20 ans maintenant que cette coutume est installée.

Zones de nidification habituelles pour le Fou de Bassan
À l’échelle globale, le Fou de Bassan nidifie presque exclusivement sur des falaises côtières escarpées ou des îlots isolés dans l’Atlantique Nord et la mer du Nord. Parmi les principaux sites de reproduction figurent :
- les îles Britanniques et l’Écosse (Bass Rock, St Kilda), Vous pouvez lire mon article sur les îles Skellig en Irlande, une colonie vraiment magnifiqur.
- l’islande,
- la Norvège, Vous pouvez par exemple observer une colonie facilement sur l’île de Runde
- le Canada (Terre-Neuve, Gaspésie),
- la Réserve naturelle nationale des Sept-Îles en Bretagne, qui constitue le principal site en France métropolitaine avec des dizaines de milliers de couples.

Ces colonies rassemblent des effectifs très importants (de plusieurs milliers jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de couples) et sont caractérisées par un milieu naturel, isolé, favorable à la reproduction en colonie serrée.
Observer le Fou de Bassan à Carry-le-Rouet sans déranger
La nidification de cette espèce au cœur d’un port est une opportunité rare pour l’ornithologue, mais elle nécessite un comportement respectueux pour ne pas compromettre le succès reproducteur des oiseaux. Voici quelques conseils pratiques :
Quand observer
- Période de reproduction : avril à septembre — période où les oiseaux construisent le nid, couvent et élèvent le poussin.
- Moments calmes : tôt le matin ou en fin d’après-midi pour minimiser le dérangement.
À éviter
- Approcher trop près des nids ou se positionner sur les quais à hauteur des oiseaux : cela peut interrompre l’incubation ou provoquer l’abandon des nids.
- Manipuler ou toucher les structures de nidification (radeaux, pontons).
- Utiliser du flash ou faire du bruit près des oiseaux.
Bonnes pratiques
- Se placer à distance avec jumelles ou longues-vues depuis les quais accessibles au public.
- Respecter les panneaux et zones indiquées par la capitainerie ou les associations locales.
- Participer aux journées d’information organisées par les groupes naturalistes.
- Ne pas nourrir les oiseaux et minimiser les perturbations humaines (bruit, mouvements brusques).

