Les Steppes arides de El Planeron. Situées au sud de Saragosse, la réserve de El Planeron s’étend au milieu de vastes steppes arides abritant une faune et une flore originales présentant d’importants enjeux de conservation dans un cadre digne du Colorado. Le printemps est la période la plus propice pour visiter le site : les migrateurs nicheurs s’installent et sont plus actifs.
- Découverte de la réserve de El Planeron
- La réserve de El Planeron
- Le ganga unibande
- Le Sirli de Dupond : une espèce emblématique
- Autour des points d’eau
- Le plateau de la Lomaza
- Les salines de Mediana
- Autour du village de Codo
- Espèces phares de la réserve d’El Planerón et périodes de présence
- A ne pas manquer lors de votre séjour : le village de Belchite
- Le traquet rieur — une espèce aujourd’hui disparue de la région
Découverte de la réserve de El Planeron
Parmi les espèces remarquables, nous pouvons noter le traquet oreillard, l’alouette pispolette, le ganga unibande, le ganga cata et le rare sirli de Dupont. C’est également un bon site pour l’observation des rapaces comme les vautours et l’aigle royal.
El Planeron est dominé par le vaste plateau de La Lomaza où les mêmes espèces peuvent être observées. Ce plateau présente cependant un intérêt du point de vue herpétologique. Outre le psammodrome algire, on peut également y observer l’acanthodactyle d’Europe.
Vous pouvez également faire un petit tour aux salines de Mediana, au nord de Belchite, le long de l’A-222. Le ganga cata peut être facilement observé ici.
Prenez le temps de visiter les ruines du village de Belchite détruit lors de la guerre d’Espagne. Une opération militaire fut menée par les troupes républicaines espagnoles contre les forces nationalistes, entre le 24 août et le 6 septembre 1937. D’un point de vue naturaliste, c’est l’un des sites où le traquet rieur nichait. Mais cette en régression sur l’ensemble de son aire de répartition est désormais observé ici de façon très occasionnelle.
Carnet de voyage : Petite virée en Aragon du lundi 22 au jeudi 25 avril 2013
La réserve de El Planeron
Dès notre arrivée dans la réserve d’El Planeron, nous pouvons observer un peu partout sur le site des Alouettes calandres, pispolettes et calandrelles dont les chants nous accompagneront au long de ces quelques jours.
Le ganga unibande
Nous ne tardons pas non plus à voir nos premiers gangas du séjour, un petit groupe de 5 unibandes en vol au-dessus des terres ocres dans la lumière du soleil couchant.
Le ganga unibande (Pterocles orientalis) est l’un des oiseaux les plus emblématiques des milieux steppiques arides de la péninsule Ibérique. Grand oiseau trapu au vol puissant, il se reconnaît à sa silhouette compacte, ses ailes longues et pointues, et surtout à la large bande noire transversale qui barre la poitrine du mâle, caractéristique de l’espèce. Son plumage sable et ocre lui assure un camouflage parfait dans les paysages pierreux, semi-désertiques et les plaines ouvertes. Espèce essentiellement terrestre, le ganga unibande passe la majorité de son temps au sol, se déplaçant en petits groupes et ne prenant son envol qu’en cas de danger.
Répartition
En Espagne, le ganga unibande est principalement présent dans les grandes zones steppiques intérieures, notamment dans la vallée de l’Èbre (Aragon, Navarre), les plateaux de Castille-et-León, la Castille-La Manche (La Mancha), ainsi que dans certaines régions arides d’Andalousie orientale. Il fréquente les plaines céréalières extensives, friches sèches, steppes pierreuses et pâturages ouverts, évitant les zones boisées et les paysages intensivement cultivés. L’Espagne abrite l’une des plus importantes populations européennes, mais celles-ci sont en déclin continu, principalement en raison de la transformation des steppes en cultures intensives, de la fragmentation des habitats et de la pression des infrastructures.
Hors d’Espagne, le ganga unibande possède une vaste répartition eurasiatique et nord-africaine. Il est présent en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), au Moyen-Orient, jusqu’en Asie centrale, occupant des steppes arides, des plateaux désertiques et des zones semi-désertiques. En Europe, ses populations sont très localisées et fragmentées, ce qui fait de la péninsule Ibérique son principal bastion occidental. Espèce fortement dépendante des paysages ouverts traditionnels, le ganga unibande est aujourd’hui considéré comme un excellent indicateur de la dégradation des écosystèmes steppiques, au même titre que l’outarde barbue, le Sirli de Dupont ou le ganga cata.
Le Sirli de Dupond : une espèce emblématique
Nous contactons également de nombreux sirlis chanteurs, oiseaux très discrets au chant si puissant … mais il faudra attendre le dernier jour, le jeudi matin, sous une pluie fine, pour observer deux individus, tantôt se pourchassant, tantôt se perchant sur un arbuste ou un rocher pour pousser leur douce mélodie. Une coche pour moi !
Le Sirli de Dupont (Chersophilus duponti) est l’un des passereaux les plus rares et les plus discrets d’Europe, étroitement lié aux milieux steppiques semi-arides. De taille modeste, au plumage brun sable finement strié, il se distingue surtout par son chant flûté, mélancolique et très puissant, souvent émis de nuit ou à l’aube, ce qui en fait un oiseau plus souvent entendu qu’observé. Extrêmement farouche, il se déplace presque exclusivement au sol, profitant de la végétation basse pour rester invisible.
En Espagne, le Sirli de Dupont abrite l’essentiel de la population européenne. Il est principalement présent dans les steppes continentales de la vallée de l’Èbre (Aragon, Navarre), sur les plateaux de Castille-et-León, en Castille-La Manche (La Mancha) et dans certaines zones arides de l’Andalousie orientale. Ces populations sont très fragmentées et en fort déclin, en raison de la perte d’habitat liée à l’intensification agricole, aux infrastructures et aux projets énergétiques. On estime que l’Espagne accueille encore quelques milliers d’individus, faisant du pays un acteur clé de la conservation de l’espèce.
Le sirli en dehors de l’Espagne
Hors d’Espagne, le Sirli de Dupont possède une répartition très morcelée. De petites populations subsistent en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), où l’espèce occupe également des steppes arides et plateaux pierreux. En Europe, l’espèce a pratiquement disparu de nombreux pays où elle était autrefois présente, comme la France, où elle est aujourd’hui considérée comme éteinte. Ce recul généralisé fait du Sirli de Dupont un véritable indicateur de la santé des écosystèmes steppiques, et l’un des oiseaux les plus menacés du continent européen.
Autour des points d’eau
Parmi les autres oiseaux nichant sur le site, nous avons également noté deux couples de Pie-grièches méridionales et un couple d’oreillard.
Le mardi matin les tamaris autour du point d’eau de l’observatoire sont visités par de nombreux passereaux : fitis, Rougequeues à front blanc, Fauvettes grisettes et passerinettes, Bergeronnettes des ruisseaux, Traquets motteux, Tariers des prés … mais ils auront quitté le site dès le lendemain.
C’est également au petit matin que les groupes de gangas catas ou unibandes filent haut dans le ciel pour gagner les points d’eau, se trahissant seulement par leurs cris.
La matinée avançant, l’activité des passereaux diminue. C’est au tour des rapaces de prendre le relai. Aux alentours de 10h, les Vautours fauves perchés dans la sierra au Nord de la réserve prennent un à un leur envol.
Espèces observées dans la réserve de El Planeron :
Aigrette garzette (1), Héron cendré (1), Canard colvert (>3), Vautour fauve (45), Aigle royal (1), Milan royal (1), Milan noir (>5), Busard des roseaux (3), Faucon crécerelle (>2), Faucon crécerellette (2), Perdrix rouge (>5), Caille des blés (1), Râle d’eau (1), Echasse blanche (2), Oedicnème criard (3), Ganga unibande (8), Ganga cata (>10), Pigeon ramier (2), Tourterelle turque (2), Chouette chevêche (3), Martinet noir (++), Huppe fasciée (>3), Guêpier d’Europe (>10), Cochevis huppé (+), Alouette calandrelle (+), Alouette pispolette (+), Alouette calandre (>10), Sirli de Dupont (>10), Hirondelle rustique (>10), Hirondelle de fenêtre (1), Pipit rousseline (2), Bergeronnette printanière (1), Rougequeue à front blanc (3), Traquet motteux (3), Traquet oreillard (>3), Tarier des prés (>10), Fauvette grisette (2), Fauvette à lunettes (2), Fauvette passerinette (1), Hypolaïs polyglotte (1), Pouillot fitis (>4), Gobemouche noir (1), Pie-grièche à tête rousse (1), Pie-grièche méridionale (2 couples), Pie bavarde (>5), Crave à bec rouge (>2), Grand corbeau (2), Etourneau unicolore (>3), Moineau soulcie (3), Pinson des arbres (2), Chardonneret élégant (>2), Bruant proyer (+).
Autres : Psammodrome algire (>4), Renard (1)
Le plateau de la Lomaza
Le soleil s’intensifie et la langueur gagne le paysage et ses habitants. Profitant des heures chaudes pour explorer de nouveaux sites, nous gagnons le plateau de La Lomaza. Ici encore, sirlis et alouettes sont nombreux.
Un oreillard chante perché sur un arbuste en bordure du plateau survolé par un Aigle botté houspillé par un petit groupe de craves. Le soleil est au beau fixe : les Acanthodactyles d’Europe et les Psammodromes algires, dissimulés au pied des buissons, rechargent les batteries.
Espèces observées sur La Lomaza
Alouette calandrelle (>10), Traquet oreillard (1), Sirli de Dupont (4), Vautour fauve (>3), Huppe fasciée (3), Aigle botté (1 clair), Alouette pispolette (>10), Faucon crécerelle (1), Fauvette à lunettes (1), Cochevis huppé (+), Hirondelle rustique (+5), Crave à bec rouge (6)
Autres : Psammodrome algire (>5), Ancanthodactyle d’Europe (>10).
Les salines de Mediana
Plus à l’ouest : les salinas de Mediana. Nouveau paysage offrant un point de vue imprenable sur les sierras plus au nord et La Lomaza à l’ouest. La dépression salée, n’attire pas les oiseaux, ni limicoles ni anatidés ne fréquentent les abords du point d’eau. Mais le panorama vaut le détour et offre de nouvelles occasions de contacter alouettes, sirlis et gangas.
Salines de Mediana :
Ganga cata (2), Alouette calandre (>5), Alouette pispolette(>10), Alouette calandrelle (>5), Cochevis huppé (+), Crave à bec rouge (2), Etourneau unicolore (>10)
Autour du village de Codo
Le soleil décline et nous regagnons El Planeron. Sur le chemin du retour, nous traversons les oliveraies de Codo. Quelques migrateurs trouvent refuge dans ce rare espace ombragé : Tourterelles des bois, Gobemouches noirs, guêpiers. Il n’est pas rare de croiser une Pie-grièche à tête rousse, perchée au bord de la route, qui sera l’occasion de ramener un joli cliché.
Oliveraie de Codo :
Rossignole philomèle (>2), Gobemouche noir (1), Chardonneret élégant (1), Serin cini (>3), Pie-grièche à tête rousse (2), Guêpier dEurope (>10), Cochevis huppé (1), Merle noir (1), Poule d’eau (2), Tourterelle des bois (>2).
En bref, quelques jours très dépaysants et même si la diversité spécifique n’est pas très importante, il s’agit d’espèces peu habituelles qu’il est très sympa de pouvoir observer !
Espèces phares de la réserve d’El Planerón et périodes de présence
| Espèce | Nom scientifique | Statut à El Planerón | Période de présence | Habitat principal |
|---|---|---|---|---|
| Sirli de Dupont | Chersophilus duponti | Résident | Toute l’année (chant surtout fév.–juin) | Steppe semi-aride à végétation rase |
| Ganga unibande | Pterocles orientalis | Résident | Toute l’année (plus visible avr.–juil.) | Plateaux pierreux, steppes ouvertes |
| Ganga cata | Pterocles alchata | Résident localisé | Toute l’année (activité max. printemps–été) | Steppes ouvertes, cultures extensives |
| Alouette calandrelle | Calandrella brachydactyla | Migratrice estivale | Mars – septembre | Sols nus, steppes ouvertes |
| Alouette pispolette | Alaudala sp. | Résidente | Toute l’année (plus active au printemps) | Zones très sèches, sols salins |
| Traquet oreillard | Oenanthe hispanica | Migrateur estival | Avril – septembre | Secteurs pierreux et ouverts |
| Faucon crécerellette | Falco naumanni | Migrateur nicheur | Avril – août | Cultures extensives, steppes |
| Œdicnème criard | Burhinus oedicnemus | Résident | Toute l’année (activité nocturne) | Sols caillouteux, plaines ouvertes |
| Busard cendré | Circus pygargus | Migrateur nicheur | Avril – septembre | Céréales, friches steppiques |
A ne pas manquer lors de votre séjour : le village de Belchite

Le village de Belchite, situé en Aragon (province de Saragosse), est l’un des lieux les plus emblématiques de l’histoire moderne espagnole. Durant la Guerre civile espagnole (1936–1939), il fut le théâtre de combats féroces entre forces républicaines et franquistes, notamment lors de la bataille de Belchite en 1937. Après sa capture par les forces franquistes, le village fut presque entièrement détruit.
Plutôt que de le reconstruire, le régime de Franco décida de laisser les ruines en l’état, symbole des sacrifices et des destructions causés par la guerre. À quelques centaines de mètres fut édifié un nouveau Belchite, où la population se réinstalla progressivement. Le vieux village, quant à lui, resta figé dans le temps, avec ses façades effondrées, ses rues désertes et ses bâtiments éventrés, et devint un lieu de mémoire, de recueillement et de témoignage des ravages du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, les ruines de Belchite sont accessibles au public : les visiteurs y déambulent entre les restes d’églises, maisons et places désertées, témoignant d’une page dramatique de l’histoire espagnole.
Dans ces ruines, on pouvait autrefois observer le discret traquet rieur, aujourd’hui disparu de cette zone.
Le traquet rieur — une espèce aujourd’hui disparue de la région
Dans les steppes, les friches et les zones agricoles ouvertes autour de Belchite, la faune aviaire a longtemps été remarquable par sa diversité. Parmi les espèces qui y vivaient autrefois figure le traquet rieur (Oenanthe leucura), un petit passereau typique des milieux rocailleux et arides du sud de l’Europe et du nord de l’Afrique.
Autrefois, cette espèce fréquentait occasionnellement les paysages semi-arides de la province de Saragosse, notamment les zones de coteaux caillouteux et les friches steppiques proches de Belchite, où elle trouvait des insectes et des petits invertébrés à chasser. Sa présence était considérée comme un indicateur de la qualité des habitats ouverts et rocheux, souvent associés à une mosaïque de milieux steppiques.
Cependant, au fil des décennies, la combinaison de modifications agricoles, de l’intensification des pratiques culturales, de la reforestation de certaines parcelles abandonnées, et de l’urbanisation diffuse des abords des villages historiques, a conduit à la disparition locale du traquet rieur. L’espèce n’est plus régulièrement observée autour de Belchite depuis plusieurs décennies, malgré des observations sporadiques dans des habitats similaires un peu plus au sud et à l’est de l’Aragon.
Cette disparition locale illustre une dynamique plus large affectant les passereaux steppiques en Europe occidentale, soumise à la perte d’habitats ouverts et à la fragmentation des paysages. Elle met en lumière la nécessité de préserver et restaurer les mosaïques steppiques naturelles — non seulement pour les espèces encore présentes (comme les gangas ou l’outarde), mais aussi pour celles qui ont déjà quitté ces terres, dont le traquet rieur fut une des voix discrètes.




















