Issues de l’exploitation ancienne des alluvions de la Durance, les gravières du Puy-Sainte-Réparade forment aujourd’hui un ensemble de plans d’eau et de zones humides à forte valeur écologique. En marge des axes de circulation et des espaces urbanisés, ces milieux artificiels ont progressivement été colonisés par une faune et une flore riches, faisant des gravières un site d’observation privilégié pour les naturalistes. Plans d’eau ouverts, berges végétalisées et îlots offrent des habitats variés, particulièrement favorables à l’avifaune, qu’elle soit nicheuse, migratrice ou hivernante. Cette page propose de découvrir les gravières du Puy-Sainte-Réparade à travers des balades naturalistes, des conseils d’observation et la présentation des espèces emblématiques qui illustrent la capacité de la nature à se réapproprier ces paysages façonnés par l’homme.

Accès

Accès : en partant d’Aix en Provence, aller vers le Nord en prenant l’A51 et sortir à Pertuis (n°15). Au stop après le péage prendre la route en face. Passez sous un étroit portique (les voitures passent mais pas les véhicules plus larges) et roulez jusqu’à ce que les premières gravières apparaissent sur votre gauche. De là, soit vous continuez la balade en voiture soit vous décidez de profiter au maximum de l’ambiance en partant à pied. Continuez plein ouest sur la route goudronnée qui devient piste cent mètres avant la dernière gravière.

Les roselières : un habitat sensible

Les roselières bordant les gravières regorgent de vie. Les Phragmites des joncs (Acrocephalus schoenobaenus), Lusciniole à moustache (Acrocephalus melanopogon), gorgebleue (Luscinia svecica) qui migrent en mars-avril laissent place aux nicheurs : Rousserolles turdoïde (Acrocephalus arundinaceus) et effarvatte (A. scirpaceus)(densité importante). Les Marouettes poussins (Porzana parva) et ponctuées (P. porzana) sont annuelles et peu craintives. Le cordon de roseaux de la première gravière est souvent fréquenté par ces dernières entre fin mars et début avril. Ne pas oublier les adorables boules de plumes que sont les Grèbes castagneux (Tachybaptus ruficollis) (toute l’année) .

Le lit de la Durance

Le lit de la Durance a subi de considérables bouleversements depuis la création d’un barrage hydroélectrique en amont et de l’exploitation de la grave de son lit depuis des décennies. Aujourd’hui cette pratique est interdite. C’est en raison du dangereux enfoncement du lit de la Durance à cet endroit que des digues ont été construites transformant totalement l’aspect du cours d’eau. Glaréole, Alouette calandre, Ganga cata faisaient autrefois partie des habitants. Aujourd’hui, ces oiseaux ont déserté les sites, seules les Sternes pierregarins (Sterna hirundo) (0-10 couples selon les années). Les Mouettes rieuses (Larus ridibundus) se reproduisent avec une très faible productivité.

Dès mars, les rares vasières de la Durance sont assaillies de limicoles en tout genre : tous les chevaliersbécasseaux [dont le Temminck  ainsi que les gravelotséchasses (Himantopus himantopus). Les laro-limicoles ne sont pas en reste : Guifettes noiremoustac et leucoptère sont annuelles et accompagnent les sternes dans leur chasse. Si le temps est favorable, des nuées de Martinets noir (Apus apus) et à ventre blanc (A. melba) ainsi que 3 espèces d’hirondelles (Hirundo/Delichon) survolent les gravières. N’hésitez pas à prendre le temps d’y chercher une Hirondelle rousseline (Hirundo daurica) en particulier sur la gravière n°4. Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est lui aussi un hôte régulier au passage.

La gravière N°5 : la plus sauvage

La dernière gravière est très probablement la plus riche à toutes saisons. L’hiver, Butor étoilé (Botaurus stellaris), Hérons gardes-bœufs (Bulbucus ibis), canards de surface et plongeurs (Anas et Aythia), Bécassine des marais (Gallinago gallinago) et sourde (Lymnocryptes minimus) (rare et discrète), rémiz (Remiz pendulina), Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) fréquentent cette réserve de chasse. Le printemps venu, c’est la « cohue ». Les guifettes (Chlidonias sp), Bécasseaux variables (Calidris alpina) (dépend du niveau d’eau), bécassines (Gallinago sp) et les troupes d’hirondelles (Hirundo sp) cohabitent avec les autochtones. Les passereaux font partie du spectacle avec 4 espèces de fauvettes aquatiques, les Hypolaïs polyglottes (Hippolais polyglotta), les pouillots (Phylloscopus sp) et fauvettes.

Gravière du Puy-sainte-Réparade
Gravière du Puy-sainte-Réparade

Au niveau rareté, Mouette tridactyle (Rissa tridactyla), Océanite tempête (Oceanita pelagicus), Aigrette des récifs (Egretta gularis), Aigle criard (Aquila clanga)[décembre 2000], Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) ont déjà pu être contactés.

Le royaume des castors
Gravière du Puy-sainte-Réparade

a présence du Castor d’Europe aux gravières du Puy-Sainte-Réparade illustre parfaitement la fonctionnalité écologique de ce complexe alluvial en lien direct avec la Durance. Espèce strictement protégée, le castor a recolonisé progressivement le cours moyen de la Durance et ses annexes hydrauliques, dont les gravières constituent aujourd’hui des habitats secondaires favorables.

Un milieu propice mais discret

Les gravières offrent au castor une combinaison recherchée de plans d’eau calmes, de berges meubles et de végétation rivulaire abondante (saules, peupliers, frênes). Contrairement aux secteurs de rivière à courant marqué, ces milieux lentiques permettent une installation discrète, souvent matérialisée par des terriers creusés dans les berges plutôt que par des huttes visibles.

Castor sur la rive est de la Vistule

Indices de présence

L’observation directe du castor reste rare et exige patience et conditions favorables. En revanche, les indices indirects sont fréquents et constituent le meilleur moyen de confirmer sa présence :

Branche écorcée par un castor
  • troncs et branches de saules nettement écorcés ou sectionnés en biseau,
  • coulées régulières dans la végétation rivulaire,
  • terriers actifs au niveau de la ligne d’eau,
  • empreintes palmées visibles sur les berges vaseuses lors des périodes de basses eaux.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon article consacré à comment reconnaître les mammifère semi-aquatiques

Périodes et conditions d’observation

Le castor est principalement crépusculaire et nocturne. Les meilleures chances d’observation directe se situent :

  • au printemps et en été, lorsque l’activité alimentaire est intense,
  • en fin de journée, à partir du coucher du soleil,
  • par temps calme, sans vent, depuis un point fixe et discret.

L’utilisation de jumelles à faible grossissement ou d’une longue-vue à courte distance est recommandée, en privilégiant une approche statique.

Rôle écologique

En modifiant localement la structure des berges et de la ripisylve, le castor agit comme un ingénieur de l’écosystème. Ses activités favorisent la diversification des habitats, la création de micro-zones humides et l’installation d’une faune associée (odonates, amphibiens, avifaune paludicole). Aux gravières, cette dynamique contribue à renforcer la naturalité de milieux d’origine anthropique.

Éthique d’observation
  • Ne jamais rechercher activement les terriers ou tenter de provoquer une sortie.
  • Éviter toute observation à la lampe ou à l’aide de sources lumineuses directes.
  • Respecter une distance suffisante avec les berges occupées.
Diversité des sites et des milieux

Les gravières du Puy-Sainte-Réparade forment un ensemble de plans d’eau issus de l’extraction alluviale de la Durance. Abandonnées ou réaménagées, elles présentent aujourd’hui des stades écologiques variés, offrant une grande diversité d’habitats pour la faune, en particulier l’avifaune.

Les grandes gravières ouvertes

Ces plans d’eau profonds, aux berges relativement dégagées, sont les plus visibles du site. Leur surface libre importante attire surtout les oiseaux d’eau plongeurs et nageurs.

  • Milieux : eau libre, berges minérales, îlots parfois présents.
  • Intérêt naturaliste : hivernage et halte migratoire.
  • Espèces typiques : grèbe huppé, grèbe à cou noir, fuligule morillon, nettes rousses, canards de surface, plongeons occasionnels en hiver.
  • À noter : ces gravières sont idéales pour l’observation à la longue-vue, notamment en période hivernale.
Les gravières à roselières développées

Certaines gravières, plus anciennes ou moins profondes, ont vu l’installation de roselières denses et de végétation palustre.

  • Milieux : roselières, jonchaies, berges végétalisées.
  • Intérêt naturaliste : reproduction et refuge pour les espèces discrètes.
  • Espèces typiques : rousserolle effarvatte, lusciniole à moustache, gallinule poule-d’eau, foulque macroule, grèbe castagneux, parfois marouette ponctuée.
  • À noter : zones sensibles, à observer uniquement depuis les chemins périphériques.
Les gravières peu profondes et vasières temporaires

Selon les niveaux d’eau et la saison, certaines gravières présentent des zones exondées, créant des vasières temporaires très attractives.

  • Milieux : vasières, bancs de graviers, zones inondées peu profondes.
  • Intérêt naturaliste : haltes migratoires au printemps et à l’automne.
  • Espèces typiques : chevaliers (gambette, guignette), bécasseaux, petit gravelot, échasse blanche occasionnelle.
  • À noter : ces milieux sont très variables et dépendent fortement de la gestion hydraulique.
Les gravières boisées et en voie de fermeture

Certaines gravières plus anciennes sont partiellement colonisées par des saules, peupliers et buissons, formant des zones semi-boisées.

  • Milieux : boisement humide, lisières, fourrés.
  • Intérêt naturaliste : passereaux et rapaces.
  • Espèces typiques : fauvette mélanocéphale, pic épeiche, loriot d’Europe, épervier d’Europe, chouette hulotte.
  • À noter : ces gravières jouent un rôle de corridor écologique entre la Durance et les milieux agricoles.
Les gravières en lien direct avec la Durance

Certaines gravières communiquent encore ponctuellement avec la Durance lors des crues ou par des chenaux secondaires.

  • Milieux : eaux semi-lotique, berges alluviales, boisements rivulaires.
  • Intérêt naturaliste : dynamique fluviale et diversité écologique.
  • Espèces typiques : martin-pêcheur d’Europe, héron cendré, castor d’Europe, guêpier d’Europe sur les talus sableux.
  • À noter : ces gravières sont particulièrement intéressantes pour comprendre le fonctionnement des milieux alluviaux.

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