Road-trip à la recherche des oiseaux dans l’Aude. Entre mer et montagne, l’Aude offre une mosaïque de paysages propices à une incroyable diversité avifaunistique. Des étangs littoraux balayés par les vents aux garrigues sèches de l’arrière-pays, en passant par les vignobles et les premiers reliefs pyrénéens, chaque étape de ce road-trip devient une immersion dans des écosystèmes contrastés. Au fil des kilomètres, l’observateur attentif peut croiser aussi bien des espèces méditerranéennes emblématiques que des oiseaux plus discrets, liés aux zones humides ou aux milieux ouverts.

L’Aude : un département aux multiples paysages

Situé entre Méditerranée et contreforts pyrénéens, le département de l’Aude se distingue par une remarquable diversité de milieux naturels. Le littoral, avec ses lagunes, sansouires et roselières, forme un vaste complexe humide d’importance écologique majeure, notamment autour des étangs narbonnais. En remontant vers l’intérieur des terres, les paysages s’ouvrent sur des plaines viticoles, des garrigues sèches riches en espèces méditerranéennes, puis sur les reliefs plus marqués des Corbières, où alternent falaises calcaires, maquis et forêts clairsemées.

Plus au sud et à l’ouest, les influences montagnardes se font sentir avec les forêts de feuillus et de conifères, ainsi que les prairies d’altitude des premiers contreforts des Pyrénées. Cette mosaïque paysagère s’inscrit en partie dans des territoires protégés tels que le Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée, emblématique des milieux littoraux, et le Parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes, qui valorise les paysages sauvages et préservés de l’arrière-pays. Ensemble, ils témoignent de la richesse écologique et de la variété des habitats qui font de l’Aude un territoire privilégié pour l’observation naturaliste.

La migration à Leucate

Nous commençons notre trip par une matinée au spot de migration sur les hauteurs de Leucate. Nous avons bien choisi notre journée car après des jours de vent violent nous assistons à un magnifique déblocage. Déjà, lors du trajet pour gagner le spot, les milans noirs se font particulièrement nombreux. C’est de bon augure ! Effectivement, la matinée est exceptionnelle. En quelques heures seulement, ce sont des milliers d’oiseaux qui passent sous les yeux des observateurs.

Pigeons ramiers en migration

Les hivernants sont encore nombreux avec de jolis chiffres de pinsons des arbres, pipits farlouses, tarins des aulnes, chardonnerets … Des groupes de pigeons ramiers forment des boules sur fond de Canigou, des pompes de cigognes, quelques balbuzards pêcheurs passent également au loin. Les milans semblent passer plus bas sur l’étang de façon quasi continue. Les éperviers et crécerelles passent quant à eux à notre niveau pour la plus grande joie des photographes.

D’autres oiseaux annoncent le printemps comme le coucou geai, les hirondelles, nous verrons toutes les espèces ; rousselines, rustiques, de fenêtre, de rivage. Les martinets noirs et les martinets à ventre blanc remontent également vers le nord.

Martinet à ventre blanc
Des chiffres mémorables !

Au final les spoteurs dénombreront 50 000 pinsons des arbres, 4973 pipits farlouses, 323 éperviers … Retrouvez tous les chiffres du suivi de la migration à Leucate sur Trektellen.

Le parc naturel régional des Corbières

Nous reprenons la route et traversons les corbières. Mais il fait chaud et les oiseaux calmes. Nous faisons quelques arrêts et ne contacterons que quelques fauvettes pitchous et un Monticole bleu.

Le Parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes, récemment créé, s’étend sur un vaste territoire sauvage et peu fragmenté, caractérisé par une mosaïque de garrigues, de maquis, de pelouses sèches, de falaises calcaires et de forêts méditerranéennes. Ce relief tourmenté, soumis à un climat sec et venté, favorise une biodiversité remarquable, notamment pour l’avifaune rupestre et des milieux ouverts. Parmi les espèces emblématiques, on retrouve l’imposant Aigle royal, qui niche sur les escarpements rocheux, ainsi que le discret Grand-duc d’Europe.

Les milieux de garrigue accueillent quant à eux des espèces typiquement méditerranéennes comme la Fauvette pitchou ou le Traquet oreillard. Le parc constitue également un bastion pour certains rapaces rares et menacés, à l’image du Vautour percnoptère, dont la présence témoigne de la qualité écologique de ces espaces ouverts. Ce territoire, encore préservé des grandes pressions anthropiques, apparaît ainsi comme un refuge essentiel pour de nombreuses espèces adaptées aux conditions méditerranéennes les plus exigeantes.

Observer les vautours à la falaise de Quillan

Observatoire des vautours à Quillan

Nous poursuivons la route jusqu’à Quillan pour admirer les vautours sur la falaise. Un observatoire est installé au pied du massif. Pensez à prendre une longue-vue car les oiseaux sont loin. Parmi de les vautours fauves, nous finissons par repérer un vautour percnoptère. Fraîchement arrivé de ses quartiers d’hiver. Il a finalement élu domicile ici pour nicher.

Le vautour percnoptère : un rapace migrateur

Le Vautour percnoptère est le plus petit des vautours européens, reconnaissable à sa silhouette élancée, son plumage majoritairement blanc contrastant avec les rémiges noires, et sa tête nue jaune vif chez l’adulte. Espèce migratrice, il hiverne en Afrique subsaharienne et revient au printemps nicher dans le sud de l’Europe, notamment dans les zones méditerranéennes comme les Corbières.

Il fréquente les milieux ouverts, secs et accidentés, où il trouve à la fois des falaises pour nicher et des ressources alimentaires. Charognard opportuniste, il se nourrit de carcasses, mais aussi de déchets organiques ou d’œufs qu’il est capable de briser à l’aide de pierres, un comportement rare chez les oiseaux. Classé en danger en France, le vautour percnoptère est particulièrement sensible aux perturbations, à l’empoisonnement et à la raréfaction des ressources alimentaires.

Col de Jau

Balade en fin de journée au pied des Pyrénées

Nous poursuivons la route à travers les gorges de Saint-Georges jusqu’à Counozouls où nous avons réservé un gîte. Pour terminer cette belle journée, nous faisons une balade sur les hauteurs du village.

Les cervidés sont particulièrement nombreux et plutôt coopératifs. Les femelles et leurs jeunes forment d’importantes hardes peu inquiétés par notre présence.

Le soleil décline, les sittelles poussent quelques cris dans les bosquets. Au loin scintillent les sommets enneigés des Pyrénées. Un cadre apaisant qui clôture à merveille cette première partie du road-trip.

Le col de Jau au petit matin

Au petit matin, nous gagnons le col de Jau. La route longe un ruisseau dans lequel nous surprenons un cincle. Depuis le col, la vue se dégage sur les monts enneigés et la mer. C’est exceptionnel ! C’est aussi un bon point de départ pour la randonnée. mais les neiges fraîchement tombées nous poussent à changer nos plans. Nous ne sommes pas équipés.

Col de Jau

Mais les ambiances depuis le col sont déjà sympas. Un groupe de bec-croisés des sapins s’activent. C’est l’occasion de faire quelques images. Deux venturons passent rapidement en vol, tandis que des merles à plastron s’alimentent plus haut dans les prairies. Le chant d’un bruant jaune retentit. Une ambiance montagnarde pour commencer la journée en beauté !

Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour retourner sur le littoral. Nous ne restons pas plus longtemps en montagne. Une petite esquisse du massif pyrénéen que je ne connais pas. Une invitation à revenir pourquoi pas pour un prochain voyage !

Détour par les PO à la recherche du pic de Sharpe

Sur le trajet, nous faisons un petit détour pour chercher le pic de Sharpe que je n’avais jamais vu en France. Si si, je tiens toujours ma liste de coches sur cocheurs.fr même si depuis que je suis maman j’ai moins l’opportunité de courir d’un oiseau à l’autre. Mais chercher un pic, c’est un peu chercher une aiguille dans une motte de foin ! Finalement la chance nous sourit et nous finissons par en observer un. Un peu lointain pour la photo, mais suffisant pour la coche.

Pic de Sharpe

Le Pic de Sharpe est une espèce récemment individualisée du complexe du Pic vert, présente dans le sud-ouest de l’Europe et notamment dans les Pyrénées-Orientales. Étroitement lié aux milieux boisés ouverts, il fréquente les forêts de feuillus, les mosaïques agroforestières, les vergers et les lisières, où il trouve à la fois des sites de nidification et une ressource alimentaire abondante.

Comme les autres pics du genre Picus, il se nourrit principalement de fourmis qu’il capture au sol grâce à sa longue langue spécialisée. Le Pic de Sharpe se distingue du Pic vert par des différences subtiles de plumage et de vocalisations, ces dernières étant souvent déterminantes pour son identification sur le terrain. Sa distribution en France reste encore en cours de précision, notamment dans les zones de contact avec le Pic vert

Coucher de soleil sur le massif de La Clape

Pour terminer la journée, direction le massif de La Clape pour profiter des jolies lumières du soir.

Massif de la Clape

Le Massif de la Clape constitue un ensemble calcaire singulier en bordure du littoral audois, formant une ancienne île devenue continentale par le comblement progressif des lagunes. Ce relief, culminant à plus de 200 mètres, est marqué par un climat méditerranéen sec, des sols pauvres et une forte exposition au vent, favorisant le développement d’une végétation typique de garrigue et de pinèdes à pin d’Alep.

La diversité des habitats — falaises, pelouses sèches, vallons abrités et zones humides temporaires — en fait un site d’intérêt écologique majeur. Le massif abrite une avifaune riche, avec des espèces emblématiques des milieux ouverts et rupestres comme le Circaète Jean-le-Blanc, le Engoulevent d’Europe ou encore la Fauvette mélanocéphale. Par sa position entre mer et terres intérieures, il constitue également une zone de passage et de halte pour de nombreux oiseaux migrateurs, renforçant son rôle clé dans les dynamiques écologiques régionales.

Massif de la Clape

L’étang de Pissevache

Dernière matinée de ce road-trip sur le littoral audois. Nous gagnons le vaste étang de Pissevaches.

L’Étang de Pissevaches est une lagune littorale emblématique du complexe des étangs narbonnais, située entre mer et zones humides intérieures. Alimenté par des eaux douces et salées, cet étang saumâtre présente une grande variabilité de salinité qui conditionne la richesse de ses habitats, entre sansouires, roselières et prés salés. Ce site constitue un haut lieu pour l’observation de l’avifaune, en particulier pour les limicoles et les oiseaux d’eau.

On peut y observer régulièrement des espèces comme le Flamant rose, l’Avocette élégante ou encore l’Sterne pierregarin. Les vasières découvertes selon les niveaux d’eau attirent de nombreux migrateurs en halte, tandis que certaines zones périphériques offrent des conditions favorables à la nidification.

Etang de Pissevaches
Un élanion blanc au milieu des prairies humides

Avant d’accéder à l’étang, nous traversons de grandes zones de prairies humides d’où proviennent les chants des cisticoles, bouscarles , bruants proyers … Mais au détour d’un virage, c’est bien un élanion qui est perché au sommet d’un arbre ! Observation intéressante pour cette espèce. En effet, quoique en expansion dans l’ouest de la France, il reste cependant épisodique dans l’Aude. La matinée commence bien !

Elanion blanc
Quand les migrateurs se mêlent aux hivernants

Sur l’étang, les migrateurs se mêlent aux hivernants. Les canards sont nombreux : sarcelles d’hiver, quelques sarcelles d’été, souchets, nettes rousses, chipeaux … Le cri d’une talève retentit mais elle reste invisible. Quelques limicoles mais ils sont peu nombreux car les niveaux d’eau sont haut.

Au cœur des roselières

Dans la roselière, un petit groupe de panure à moustaches se montre plutôt coopérative.
La Panure à moustaches est un petit passereau inféodé aux roselières denses et bien développées, où il évolue en couples ou en petits groupes familiaux. Espèce au dimorphisme marqué, le mâle adulte se distingue par son plumage chaudement teinté de roux orangé et sa tête gris bleuté ornée de « moustaches » noires caractéristiques, tandis que la femelle présente des tons plus discrets. Strictement liée aux zones humides palustres, elle se nourrit principalement de petits invertébrés en période de reproduction, complétés en hiver par des graines de roseaux.

La basse vallée de l’Aude

Nous poursuivons la route et traversons les vastes prairies humides de la basse vallée de l’Aude.

Basse vallée de l'Aude

La Basse vallée de l’Aude correspond au dernier tronçon du fleuve avant son embouchure en Méditerranée, formant un vaste ensemble de milieux humides d’une grande richesse écologique. Ce territoire est structuré par une mosaïque de bras morts, de roselières, de prairies inondables et de zones lagunaires en connexion avec le complexe des étangs narbonnais. Soumise à des variations hydrologiques saisonnières, cette plaine alluviale constitue un habitat privilégié pour de nombreuses espèces d’oiseaux d’eau et de milieux palustres.

On y observe notamment des hérons et aigrettes, mais aussi des espèces plus discrètes comme le Blongios nain, inféodé aux roselières denses, ou encore le Butor étoilé. Les zones ouvertes et les prairies humides accueillent quant à elles des limicoles et des espèces nicheuses comme la Échasse blanche. La basse vallée de l’Aude est également connue comme l’un des derniers bastions français où nichait autrefois la Pie-grièche à poitrine rose, aujourd’hui disparue comme nicheuse sur le territoire national.

L’étang de Vendres

Nous quittons l’Aude pour entrer dans le département de l’Hérault. En passant par le village de Lespignan où nous observons quelques faucons crécerellettes. Ce petit faucon migrateur à élu domicile dans cette zone urbaine pour nicher. Nous terminons notre séjour sur les hauteurs de l’étang de Vendres. Le site n’est pas facile d’accès et il faut se contenter d’observations lointaines. Longue-vue recommandée ! Quelques cygnes noirs ont élu domicile ici.

Quelques sternes pierregarins et des guifettes moustacs sillonnent la zone. Un cadre agréable pour clôturer ce super périple ornitho.

Etang de Vendres

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