Lundi 17 août
Finalement nous avons passé la nuit dans la voiture. Non pas qu’elle soit plus confortable que la tente mais il y a un inconvénient à dormir sur les berges du fleuve Okavango. A la nuit tombée, les impressionnants grognements des hippopotames parfois à moins de 50 mètres ont laissé planer un sentiment d’insécurité … et ont eu raison de notre volonté de dormir dehors ! On le sait, l’hippopotame est, avec le buffle, l’animal le plus dangereux d’Afrique, à l’origine du plus nombre de décès chez les humains. De plus c’est principalement durant la nuit que les accidents se produisent lorsque les hippopotames sortent de leur fleuve pour gambader sur les berges à la recherche de pâturages.
Réveil à 6h30, heure du Botswana mais 5h30, heure namibienne, par un concerto d’oiseaux. Plusieurs espèces donnent de la voix, certains ont un chant mélodieux, d’autres moins ce qui donne parfois l’impression d’une cacophonie !
[su_audio url=”https://www.balades-naturalistes.fr//wp-content/uploads/2016/01/Concert-matinal-Shakawe-Botswana-17-08-15.wav” autoplay=”yes”]Bananier [/su_audio]
Le soleil n’est pas encore levé que déjà nous démontons notre tente. Mais nous ne sommes pas seuls. Des vervets nous observent depuis les arbres, puis prenant petit à petit confiance, ils descendent et viennent inspecter les lieux à la recherche de tout ce qui peut être comestible. Erreur de notre part, nous avons laissé hier soir deux pommes de terre enrobées de papier alu dans les cendres en pensant les récupérer ce matin. Elles devaient nous servir de repas de midi …. Bien qu’entièrement ensevelies sous les cendres, un vervet parvient à en trouver une, la retire et s’enfuit le butin dans les dents avant que l’on ait pu réagir …
Nous gagnons la réception, non pas pour nous plaindre des vervets, mais pour rejoindre notre guide de la veille. Nous avons réservé ce matin un autre tour en bateau mais cette fois-ci pour 3 heures. On prend place et de nouveau, nous voici sur les eaux de l’Okavango. La lumière ce matin est parfaite.


De nombreux ardéidés sont rassemblés au sommet des Papyrus et se laissent photographier. Grandes Aigrettes, Aigrettes ardoisées, Aigrettes garzettes, Hérons crabiers, pourprés et même un Blongios nain. Une belle brochette !

Une fois toutes les espèces dans la boite, nous filons car l’objectif du jour est l’African Skimmer ou Bec-en-ciseaux africain. Pour cela nous devons gagner les bancs de sables situés plus en amont. Nous dépassons le spot à Chouette pêcheuse de Pel sans parvenir à la voir car elle n’est plus sur le perchoir de la veille. A l’approche de notre destination, le milieu évolue. Les vastes étendues à Papyrus du début du parcours laissent place à une roselière dégradée par le pâturage et le faucardage. Ces zones servent d’alimentation pour bon nombre d’espèces d’oiseaux qui s’y concentrent.


Nous repérons notre premier Bec-en-ciseau posé sur une vasière.

On poursuit la remontée du fleuve sur quelques centaines de mètres et atteignons le reposoir principal où 74 oiseaux dorment paisiblement. Nous nous approchons tout en maintenant une distance respectable afin de ne pas les déranger. Nous sommes surpris lorsque notre guide nous demande si nous voulons qu’il les fasse s’envoler. « NON, hors de question de les déranger !» S’il nous propose ça, c’est qu’il doit avoir l’habitude de le faire pour d’autres touristes ornithos de passage. Le Bec en ciseaux est une espèce rare sur le continent africain où la population ne dépasse pas les 10 000 ind. En Afrique australe, ce sont moins de 1 000 ind qui ont été recensés. La partie aval du fleuve Okavango est une zone à enjeu pour cette espèce car on y trouve des bancs de sables utilisés comme reposoirs et comme site de reproduction. La période allant du mois de Juin à décembre correspond à la période de reproduction pour cette espèce et il est expressément demandé de ne pas pique niquer, pêcher ou nager depuis les bancs de sables. Dans tous les cas, tout au long de l’année, il convient de garder une distance de sécurité afin de ne pas effaroucher les oiseaux. Cette sensibilisation des utilisateurs du fleuve se fait à partir de panneaux informatifs. Il y en avait près du ponton d’où nous sommes partis avec le bateau.

Notre guide dépasse le banc de sable puis coupe le moteur. Le bateau dérive lentement sous l’effet du courant. Sans un bruit, nous observons les Bec en ciseaux. Un moment vraiment excellent.



Deux oiseaux commencent à s’activer. Prennent leur envol, se pourchassent au dessus des flots puis viennent se reposer en poussant de petits cris. Les autres restent paisiblement sur le banc, la tête dans les plumes mais l’œil aux aguets.


Inéluctablement le courant nous éloigne et nous nous retrouvons sur la zone de roseaux fauchés. Spatules africaines, Tantales ibis, Bec-ouvert patrouillent au milieu des Jacanas à poitrine dorée et limicoles de chez nous (Chevaliers guignettes, aboyeurs, combattants).

En arrière plan, les Oies armées de Gambie semblent énormes en comparaison des Dendrocygnes veufs. Des Anhingas en bordure décollent à notre passage alors que nous glissons toujours au fil de l’eau.


Nous quittons la zone avec une belle observation de deux Glaréoles à collier.



La présence d’Hippopotames oblige notre guide à remettre le moteur en route pour les éviter. Quand je dis éviter, c’est longer la rive droite du fleuve quand les hippos sont côté gauche. Leur irascibilité ne doit pas être une légende !
Prochaine cible, la Loutre. A peine le temps d’en toucher deux mots à notre guide que nous voyons une tête émerger puis disparaitre aussitôt. C’est une loutre mais trop rapide pour avoir pu apprécier. Nous nous engageons sur un bras secondaire plus étroit du fleuve propice pour l’espèce. La végétation palustre est bien développée et lorsqu’un front de berge se dégage, un couple de Martin pêcheur huppé prend la pose. D’abord sur un roseau puis un individu descend dans un minuscule terrier situé à peine 5 cm au dessus du niveau des eaux. Selon les espèces, la période de reproduction s’étale tout au long de l’année. Nous sommes aussi amusés par la différence de taille avec le Martin pêcheur géant.

Une deuxième Loutre fait son apparition et se laissera un peu mieux observer avant de disparaître à son tour dans la roselière. Il s’agit probablement de la Loutre à cou tachetée, la plus petite des deux loutres présentes sur l’Okavango.

On croise régulièrement des Pygargues vocifères, des adultes et des immatures, mais ils ne sont pas les seuls rapaces à fréquenter les rives du fleuve.


Le vicariant du Busard des roseaux est en Afrique australe le Busard grenouillard. De même envergure, son plumage est un mélange de Busard des roseaux et de Busard st Martin. Le nom anglais d’Harrier lui sied parfaitement car, il passe son temps à patrouiller au dessus de son territoire à la recherche de toute proie imprudente. C’est un redoutable prédateur car à son approche, limicoles et canards prennent leur distance.


Autre habitant, le Milan à bec jaune, remplaçant africain du Milan noir de chez nous et dont les cris sont très proches.

Nous croisons également la route d’un Elanion et pour le coup, c’est le même qu’en Europe !
Un héron pourpré étire son cou et devient parfaitement mimétique dans son environnement.


Une centaine de mètres plus loin, c’est un autre ardéidé et des plus impressionnants que nous rencontrons. Son nom évoque à lui tout seul la bête. Le Héron goliath.


C’est le géant de la famille, il domine en taille tous les autres hérons du monde. Un héron cendré posé à côté de lui parait ridicule. Même une Cigogne blanche est plus petite ! Il peut vous regarder presque dans les yeux avec son mètre cinquante. La plupart des individus que nous avons rencontrés ce matin se sont montrés farouches mais celui-ci, sûr de lui, ne bronche pas au passage de notre bateau. Son bec est puissant et l’on imagine les dégâts causés par un tel bec lorsque la proie se fait transpercer. Il est capable d’attraper des poissons dépassant le kilo et demi !


Nous repassons devant le site à Chouette pêcheuse mais elle n’est toujours pas là. Des bruits dans les roseaux, c’est un Varan du Nil qui s’enfuit avant que nous le détection. Sur une petite langue de sable, un gros crocodile se fait dorer au soleil qui commence maintenant à bien réchauffer l’atmosphère.

Les reptiles sont de sortie. Un jeune crocodile, un autre Varan, il y a vraiment de quoi s’occuper dans ces chenaux.




Nous revenons vers le camping et passons devant un pan de rive constellé de trous de Guêpiers. Petite question à notre guide « Est-il possible de voir le Guêpier carmin en ce moment ? » (NDLR, il s’agit probablement d’une des plus belles espèces de guêpiers au monde). Réponse négative, pour le moment aucun n’a encore été vu pour cette saison, on est encore trop tôt. Bon ce n’est pas grave, on ne peut pas gagner à tous les coups et il y a déjà dans notre besace, bon nombre d’espèces splendides. Nous ne regrettons pas cette incursion en territoire Botswanais et sommes reconnaissants envers un ornitho belge que nous avons rencontré lors d’une sortie en mer, de nous avoir conseillé ce spot. C’est probablement l’un des meilleurs moments ornitho de notre voyage, découvrir toutes ces espèces, pouvoir les approcher dans de telles conditions et avoir ce sentiment d’être seuls sur ce fleuve avec notre petite embarcation. Une sorte de moment hors du temps.




Les 3 heures de sortie se terminent, une Hirondelle striée du haut de son papyrus nous observe.

Quelques Guêpiers nous survolent comme pour nous dire au revoir. Le temps de réagir, ils prennent de l’altitude et c’est un peu surpris que l’on se regarde. Des Guêpiers carmins ! La chance nous aura vraiment sourit jusqu’au bout. Nous cochons donc ici la dernière espèce de Guêpier qui nous manquait dans cette partie de l’Afrique.
De retour sur terre, nous effectuons un petit tour dans les jardins, et allons nous poster non loin de la colonie de guêpiers. Après 30 minutes, pas la moindre touche de carmin. La chance a ses limites !

Nous rejoignons le lodge principal afin de régler notre séjour et les sorties en bateau. La note est un peu salée mais il faut savoir se faire plaisir. Nous profitons de la connexion internet pour donner quelques nouvelles à la famille et nous voila repartis. Arrêt au kraft center un peu avant la frontière. Ici sont vendus des produits (collier, paniers…) fabriqués avec les matériaux locaux par les villageois. C’est l’occasion de revenir avec quelques souvenirs non estampillés « Made in China » et d’aider au développement des populations locales. Passage en douane, encore de la paperasse à remplir, je commence à connaitre par cœur le numéro du chassis de la voiture ainsi que le numéro du moteur… mais encore une fois, nous sommes agréablement surpris par la gentillesse des douaniers botswanais qui nous accueille avec le sourire et s’enquièrent de savoir si l’on a aimé le Botswana. La réponse va de soi …
Liste des oiseaux observés à Shakawe
Dendrocygna viduata | Dendrocygne veuf | White-faced Whistling-Duck | 300 |
Sarkidiornis melanotos | Canard à bosse | Comb Duck | 3 |
Plectropterus gambensis | Oie armée de Gambie | Spur-winged Goose | 50 |
Anas erythrorhyncha | Canard à bec rouge | Red-billed Duck | 20 |
Anastomus lamelligerus | Bec-ouvert | African Openbill | 3 |
Mycteria ibis | Tantale ibis | Yellow-billed Stork | 7 |
Phalacrocorax africanus | Cormoran africain | Long-tailed Cormorant | 100 |
Anhinga rufa | Anhinga d’Afrique | African Darter | + |
Ixobrychus minutus | Blongios nain | Little Bittern | 1 |
Ardea cinerea | Héron cendré | Grey Heron | 2 |
Ardea goliath | Héron goliath | Goliath Heron | 6 |
Ardea purpurea | Héron pourpré | Purple Heron | 15 |
Ardea alba | Grande Aigrette | Great Egret | + |
Mesophoyx intermedia | Aigrette intermédiaire | Intermediate Egret | 3 |
Egretta garzetta | Aigrette garzette | Little Egret | + |
Egretta vinaceigula | Aigrette vineuse | Slaty Egret | 1 |
Ardeola ralloides | Crabier chevelu | Squacco Heron | 40 |
Butorides striata | Héron strié | Striated Heron | 3 |
Nycticorax nycticorax | Bihoreau gris | Black-crowned Night-Heron | 5 |
Platalea alba | Spatule africaine | African Spoonbill | 2 |
Elanoides forficatus | Elanion blanc | Swallow-tailed Kite | 1 |
Circus ranivorus | Busard grenouillard | African Marsh-Harrier | 4 |
Milvus migrans parasitus | Milan à bec jaune | 1 | |
Haliaeetus vocifer | Pygargue vocifère | African Fish-Eagle | 6 |
Amaurornis flavirostra | râle à bec jaune | Black Crake | + |
Burhinus vermiculatus | Oedicnème vermiculé | Water Thick-knee | 10 |
Vanellus crassirostris | Vanneau à ailes blanches | Long-toed Lapwing | 3 |
Vanellus armatus | Vanneau armé de Gambie | Blacksmith Lapwing | + |
Actophilornis africanus | Grand Jacana | African Jacana | + |
Actitis hypoleucos | Chevalier guignette | Common Sandpiper | 1 |
Tringa nebularia | Chevalier aboyeur | Common Greenshank | 3 |
Tringa glareola | Chevalier sylvain | Wood Sandpiper | 10 |
Calidris pugnax | Combattant varié | Ruff | 15 |
Glareola pratincola | Glaréole à collier | Collared Pratincole | 6 |
Rynchops flavirostris | Bec-en-ciseaux d’Afrique | African Skimmer | 75 |
Treron calvus | Colombar à front nu | African Green-Pigeon | 5 |
Scotopelia peli | Chouette pêcheuse de Pel | Pel’s Fishing-Owl | 1 |
Corythornis cristatus | Martin pêcheur huppé | Malachite Kingfisher | 8 |
Megaceryle maxima | Martin pêcheur géant | Giant Kingfisher | 1 |
Ceryle rudis | Alcyon pie | Pied Kingfisher | 30 |
Merops bullockoides | Guêpier à front blanc | White-fronted Bee-eater | + |
Merops pusillus | Guêpier nain | Little Bee-eater | + |
Phoeniculus purpureus | Irrisor moqueur | Green Woodhoopoe | 2 |
Trachyphonus vaillantii | Barbican promepic | Crested Barbet | 1 |
Lybius torquatus | Barbican à collier | Black-collared Barbet | 1 |
Dendropicos namaquus | Pic barbu | Bearded Woodpecker | 1 |
Oriolus larvatus | Loriot masqué | African Black-headed Oriole | 1 |
Cecropis abyssinica | Hirondelle striée | Lesser Striped-Swallow | 30 |
Phyllastrephus terrestris | Bulbul jaboteur | Terrestrial Brownbul | + |
Pycnonotus barbatus layardi | Bulbul à cape noire | + | |
Cossypha heuglini | Cossyphe de Heuglin | White-browed Robin-Chat | 4 |
Ploceus xanthopterus | Tisserin à gorge brune | Southern Brown-throated Weaver | + |
Dendrocygne fauve | Fulvous Whistling-Duck | 3 |
Martinet des palmes | African Palm-Swift | 6 |
Guêpier carmin | Southern Carmine Bee-eater | 5 |
Hirondelle paludicole | Plain Martin | 10 |
Hirondelle à queue blanche | White-tailed Swallow | 4 |
Choucador à oreillons bleus | Greater Blue-eared Glossy-Starling | + |