Situées dans les montagnes de Corse, les pozzines du Val d’Ese constituent l’un des paysages les plus étonnants de l’île. Ces formations naturelles se présentent sous la forme de petites pelouses vertes parsemées de mares circulaires, donnant au plateau un aspect presque irréel au cœur des reliefs granitiques corses.
Les pozzines sont en réalité des zones humides d’altitude formées par l’accumulation d’eau dans des sols tourbeux. Elles se développent dans des dépressions où l’eau de fonte des neiges et les pluies stagnent, favorisant la croissance d’une végétation rase composée de mousses, de joncs et de graminées. Ces milieux fragiles abritent une biodiversité spécifique et jouent un rôle important dans la régulation de l’eau en montagne.
Facilement accessibles depuis la station du Val d’Ese, ces pozzines offrent un cadre idéal pour la randonnée et la découverte de la nature. Elles constituent également un paysage caractéristique du Parc naturel régional de Corse, où l’on peut observer des troupeaux en estive et profiter de vastes panoramas sur les sommets environnants.
Après avoir déposé les amis mauriciens à Ajaccio, direction la station du Val d’Ese où nous arrivons le soir. Installation de la tente et petite nuit en mode camping sauvage pour pouvoir profiter des bonnes heures au petit matin.
Le venturon corse : une espèce endémique
Alors que le soleil se lève, les oiseaux s’activent dans les pelouses autour des quelques baraques de la station. Venturons corses et linottes se posent tour à tour dans les chardons, occasion rêvée pour faire une petite série de photos, la lumière et les couleurs sont encore douces.
Le Venturon corse est un petit passereau granivore appartenant à la famille des Fringillidés. Long d’environ 11 à 12 cm pour un poids d’une dizaine de grammes, il présente un plumage discret dominé par des tons verdâtres et gris. Le mâle se distingue par des nuances jaune-vert plus marquées sur la tête, la poitrine et le croupion, tandis que la femelle affiche des couleurs plus ternes et davantage striées, ce qui lui permet de se fondre facilement dans la végétation.
Espèce endémique des îles de Corse et de Sardaigne, le venturon corse a longtemps été considéré comme une sous-espèce du Venturon montagnard, avant d’être reconnu comme une espèce à part entière. En Corse, il fréquente principalement les milieux montagnards, notamment les forêts de pins laricio, les lisières forestières, les clairières et les zones ouvertes parsemées d’arbustes, généralement entre 900 et 2 000 mètres d’altitude.
Régime alimentaire
Son régime alimentaire est essentiellement granivore. Il se nourrit de graines de plantes herbacées et d’arbustes, mais consomme aussi des insectes pendant la période de reproduction afin d’apporter des protéines aux jeunes. Le nid, construit par la femelle dans un conifère ou un arbuste, accueille généralement 3 à 4 œufs.
Plutôt discret, le venturon corse se repère souvent grâce à son chant rapide et musical, constitué de trilles et de notes aiguës. Il est le plus facile à observer au printemps et en été, lorsque les mâles chantent depuis la cime des arbres pour défendre leur territoire.
Montée à travers les zones de pâture
C’est parti pour cette rando qui permet de faire une boucle en passant par les fameuses pozzines. Comptez environ 5h pour ce parcours.
Le sentier grimpe le long du remonte-pente. Vaches et chevaux pâturent paisiblement, attirant insectes et oiseaux. C’est le cas de ce jeune gobemouche gris.
Les oiseaux sont particulièrement actifs, les groupes de venturons et de pinsons décollent à notre approche tandis que les pipits spioncelles se postent au sommet des blocs de granite.
Punta di Rota
Au bout de 45 mn de marche, nous arrivons à Punta di Rota, un petit plateau d’où nous jouissons d’une vue magnifique sur les alentours et le village de Bastelica au fond de la vallée. Un troupeau de chèvres traverse le paysage, escaladant les blocs granitiques.
La crête de Scaldasole
Le sentier suit désormais la crête de Scaldasole pour rejoindre le col éponyme à 1955m. Les pipits spioncelles sont nombreux sur cette portion, alternant avec les traquets motteux dont les jeunes de l’année sont déjà volants.
Nous apercevons en contre-bas, tel un oasis au milieu du désert, les fameuses pozzines formant des figures étranges assez photogéniques vues d’en haut.
Au milieu des pozzines
Le chemin descend tranquillement jusqu’aux formations. Le terme de « pozzine » vient de la contraction de 2 termes « pozzi » qui signifie « trou » et le « ine » de « alpine ». Il est inventé par le botaniste John Briquet en 1910 : « Les localités alpines où la tourbière est trouée de mares profondes sont désignées par les habitants sous le nom de pozzi (puits); nous avons tiré de ce dernier terme le mot pozzine par contraction : pozz[i formation alp]ine. Mais il va sans dire que les pozzines se trouvent aussi en l’absence de pozzi ». Une pozzine est donc un secteur de tourbière parsemé de trous d’eau plus ou moins profonds. Elles se trouvent au milieu de grandes pelouses traversées par des chenaux formés par la fonte des neiges.
On peut trouver ces pozzines dans d’autres endroits en Corse, notamment sur le plateau de Coscione mais également dans d’autres massifs comme dans les Pyrénées, en Afrique du nord et en Asie centrale.
Ces chenaux accueillent une faune et une flore originales comme la fameuse truite à grosses taches Salmo trutta macrostigma, sous-espèce de la truite commune européenne.
Quelques libellules volent encore autour des trous d’eau bien que la période touche à sa fin.
Le pipit spioncelle
Nous passons un bon moment à balader autour des différents trous d’eau, cherchant insectes, amphibiens et oiseaux. Les pipits spioncelles sont nombreux dans les pelouses. Un jeune se livre à sa toilette. Je m’approche discrètement et fais quelques images camouflée derrière un bloc de granite.
Cet adulte quant à lui profite d’un trou asséché pour récupérer des insectes.
L’heure avance et il est temps de reprendre la route. Le sentier descend jusqu’à la petite bergerie des Pozzi.
La vallée de Marmano
Nous suivons le sentier qui descend dans la vallée de Marmano au milieu d’une forêt de hêtres au formes biscornues.
Le Lézard de Bedriagga
Quelques lézard profitent de la température agréable pour prendre le soleil, parmi eux, nous repérons une espèce endémique : le Lézard de Bedriagga
Le Lézard de Bedriaga est un petit reptile endémique de la Corse, où il occupe principalement les zones rocheuses de montagne. Ce lézard discret appartient à la famille des Lacertidés et mesure généralement 10 à 13 cm de longueur totale, dont une grande partie pour la queue. Son corps élancé présente une coloration brun grisâtre à verdâtre, souvent marquée de taches sombres et de motifs réticulés qui lui assurent un excellent camouflage sur les rochers et les éboulis.
Où vit le lézard de Bedriaga
Espèce strictement insulaire, le lézard de Bedriaga se rencontre surtout dans les massifs montagneux corses, où il fréquente les milieux rocheux bien exposés : falaises, pierriers, blocs granitiques et murets. On peut l’observer depuis les étages montagnard et subalpin, parfois jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude, ce qui en fait l’un des reptiles les mieux adaptés aux conditions climatiques fraîches de l’île.
Quand voir le lézard de Bedriaga
Actif principalement de mars à octobre, il profite de l’ensoleillement pour se thermoréguler sur les pierres. Très agile, il se réfugie rapidement dans les fissures ou sous les rochers au moindre danger. Son régime alimentaire est essentiellement insectivore : il capture de petits arthropodes tels que des coléoptères, des araignées ou encore des fourmis.
La reproduction a lieu au printemps, et la femelle pond généralement 2 à 5 œufs, déposés dans une cavité abritée du sol. Les jeunes naissent durant l’été et ressemblent déjà beaucoup aux adultes, bien que leur coloration soit souvent plus contrastée.
Euprocte corse
Nous rejoignons une nouvelle prairie humide traversée par un cours d’eau. C’est une dernière occasion de chercher les amphibiens … bingo, nous trouvons un euprocte corse !
Ces animaux de la famille des salamandres sont endémiques à la Corse où ils fréquentent les cours d’eau lents des petites rivières. On peut également les rencontrer dans les lacs de montagne. Ils sont présents du niveau de la mer jusqu’à 2260 m d’altitude.
Retour à la station
Nous terminons la balade dans ce cadre magnifique pour rejoindre petite station du Val d’Ese où nous sirotons une boisson fraiche bien méritée.















































